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L’Italie baisse la clim’ dans ses bâtiments publics



L'Italie baisse la clim’ dans ses bâtiments publics

Pas moins de 25°C ! En Italie, c’est la température minimale de la climatisation autorisée dans les administrations et autres bâtiments publics (écoles, collectivités locales), à l’exception des hôpitaux et autres locaux dédiés à la santé publique. La température recommandée est de 27°C.

Quant au chauffage, il ne devra pas dépasser 21°C en hiver et, de préférence, être réglé sur 19°C. De nouvelles règles introduites par un amendement parlementaire à la nouvelle loi sur l’usage de l’énergie, adoptée au printemps. Elles s’appliqueront dans la péninsule jusqu’au 31 mars 2023.

Economies substantielles

Objectif : réduire les consommations d’énergie alors que les prix flambent. L’enjeu est crucial dans un pays friand de clim’ et très dépendant des importations d’hydrocarbures. Le gaz naturel représentait en 2020 plus de 40 % du mix électrique italien et le pétrole autour de 5 %, d’après l’Agence internationale de l’énergie. Circonstance aggravante, 40 % du gaz provenait de Russie en 2021, mais une politique active de diversification menée par le gouvernement de Mario Draghi au cours des derniers mois pourrait diminuer cette part de moitié.

« S’il fait 30°C dehors et que la climatisation était jusqu’alors réglée à 22°C, le fait de la remonter à 25°C représente une baisse de 38 % de la consommation d’électricité » – Olivier Sidler, négaWatt

Les économies attendues ne sont pas négligeables. « S’il fait 30°C dehors et que la climatisation était jusqu’alors réglée à 22°C, le fait de la remonter à 25°C représente une baisse de 38 % de la consommation d’électricité », estime Olivier Sidler, porte-parole de l’association négaWatt, connue pour son scénario ambitieux de transition énergétique. Et en hiver, « en maintenant la température du chauffage à 19°C, au lieu d’une moyenne habituelle à 21°C, vous économisez 16 % sur les consommations de gaz et de fuel », précise l’expert.

D’autres effets majeurs sont attendus : la baisse des émissions de gaz à effets de serre et, pour la climatisation, la réduction de la chaleur émise par les appareils à l’extérieur. Encore faut-il que l’application des nouvelles règles soit accompagnée et contrôlée.

En France, dans tous les locaux, publics ou privés, où est installé un système de refroidissement, « celui-ci ne doit être mis ou maintenu en fonctionnement que lorsque la température intérieure des locaux dépasse 26°C », d’après l’article R 241-30 du code de l’énergie. Et cela, depuis le 1er janvier 2016. Mais, selon Olivier Sidler, rien n’a été mis en place pour faire respecter cette réglementation. Pourtant, en plus de campagnes d’information, « il pourrait y avoir des contrôles inopinés », suggère-t-il, et des sanctions à la clé.

Exemple japonais

D’après Lorenzo Pagliano, professeur à l’école polytechnique de Milan, spécialiste des bâtiments à basse consommation et à énergie positive, le Japon a fait mieux. Depuis 2005, le ministère de l’Environnement incite à régler la climatisation à 28°C sur les lieux de travail et à s’y rendre avec des vêtements légers, à manches courtes, et pour les hommes, sans veste et sans cravate. Intitulée « campagne Cool Biz », ces recommandations ont d’abord été appliquées aux administrations, puis étendues au secteur privé.

Résultat : une réduction des émissions de CO2 d’1,4 million de tonnes pour la seule année 2006, soit l’équivalent des émissions de 2,5 millions de ménages pendant un mois, selon le ministère de l’Environnement.

Après le tsunami de 2011, qui a réduit la capacité du secteur nucléaire et entraîné par la suite des coupures d’énergie, le gouvernement japonais a lancé une campagne « super Cool Biz » pour populariser plus largement des codes vestimentaires adaptés aux fortes chaleurs, au travail et à la maison. Avant l’épidémie de Covid, il recommandait même le « cool share », le partage des lieux aux températures plus fraîches, notamment en se rendant dans des lieux publics climatisés.

L’aération ou la ventilation nocturne des bâtiments contribue à les rafraîchir

Un habillement léger, adapté à la chaleur, à l’intérieur des bâtiments, est aussi l’un des moyens préconisés par Lorenzo Pagliano et d’autres chercheurs qui participent au projet ABC21 (Africa-Europe bioclimatic buildings for 21th century), pour éviter la climatisation et réduire au minimum les consommations d’énergie tout en permettant de travailler dans de bonnes conditions.

Leurs études montrent qu’une ventilation individuelle ou installée au plafond, à une vitesse de 0,8 m/s, permet un réel confort thermique, même avec des températures extérieures élevées. Par ailleurs, l’aération ou la ventilation nocturne des bâtiments contribue à les rafraîchir.

Cette approche bioclimatique s’inspire des pratiques et techniques de rafraichissement, à basse énergie, observées en Afrique, ainsi que de l’utilisation de matériaux locaux pour la construction sur ce continent. L’équipe du projet ABC21 les étudie pour les adapter aux pays européens où les périodes de forte chaleur se multiplient… et où, déjà, baisser la clim’ ne suffit plus.





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