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Pnurie de matriaux | Tout savoir avant d’engager des travaux


 

Comme tous les Français, les confinements successifs et le développement du télétravail vous ont contraints à passer beaucoup plus de temps chez vous au cours des deux dernières années. La crise sanitaire a certainement changé vos habitudes de vie. Et vous êtes nombreux à songer à des travaux afin de réaménager votre logement : améliorer le confort, refaire la décoration, agencer la cuisine, créer un espace de travail, etc. Les plus ambitieux vont même jusqu’à la construction d’une nouvelle maison. Mais, les chantiers se heurtent actuellement à un grave problème : la pénurie de matériaux de construction. Quelles en sont les causes et quels sont les matériaux les plus impactés par les difficultés d’approvisionnement ? Dans quelle mesure le manque de matières premières va-t-il perturber vos projets ? Si vous envisagez d’engager des travaux de rénovation ou de construction dans les prochains mois, voici ce à quoi vous devez vous attendre.


Pnurie de matriaux | Tout savoir avant d'engager des travaux

 

La pandémie et la guerre en Ukraine créent les conditions de la pénurie

Si elle a de lourdes conséquences aujourd’hui, la pénurie de matériaux de construction ne date pas d’hier. Depuis le printemps 2020, plusieurs facteurs ont interagi à l’échelle mondiale pour perturber les chaînes de fabrication et d’approvisionnement.

Découvrez comment la pandémie de covid-19 puis le déclenchement de la guerre en Ukraine ont créé toutes les conditions nécessaires au développement de cette crise.

La crise sanitaire stoppe la production de matériaux de construction

17 mars 2020 : la France se fige.

Cette date marque le début du premier confinement destiné à lutter contre la pandémie de covid-19.

Tous les secteurs économiques sont touchés. Et le monde du bâtiment n’est pas épargné. Les chantiers s’arrêtent et la production de matériaux de construction est ralentie, voire complètement stoppée, durant plusieurs mois.

Un an plus tard, l’optimisme est de mise et l’économie semble amorcer une reprise. La demande en matières premières explose alors littéralement sur les marchés internationaux. Et, la politique agressive de relance menée par la Chine et les États-Unis ne fait qu’accentuer ce phénomène.

Or, le redémarrage des usines est très progressif et les délais de transport sont considérablement allongés.

Une fois les stocks épuisés, toutes les conditions sont réunies pour créer une pénurie de matériaux de construction.

La guerre en Ukraine bouleverse des filières de production fragiles

Début 2022, la situation reste tendue, mais les acteurs du BTP pensent voir le bout du tunnel.

Cet optimisme retombe comme un soufflé le 24 février.

Le conflit russo-ukrainien bouleverse à nouveau des filières de production et d’approvisionnement déjà fortement fragilisées. L’invasion russe contraint la majeure partie des usines ukrainiennes à l’arrêt. Et l’Union européenne décrète des sanctions économiques contre la Russie (interdiction des importations).

Or, ces deux pays sont de gros producteurs de matières premières exportées vers les chantiers du monde entier. La Russie et l’Ukraine sont notamment les deux principaux fournisseurs d’acier de l’U.E.

Et les Européens ne tardent pas à découvrir une nouvelle conséquence du conflit. L’embargo sur le gaz et le pétrole russes alimente la flambée du prix des énergies amorcée en début d’année.

Le bilan est terrible pour les entreprises du bâtiment : une recrudescence des pénuries de matériaux de construction accentuée par une explosion du prix des transports et des coûts de production.

Tous les matériaux sont concernés par la pénurie

Si vous envisagez de faire des travaux prochainement, vous vous demandez certainement quels sont les matériaux concernés par la pénurie actuelle.

La réponse est simple.

Tous ou presque : bois, acier, aluminium, briques, tuiles, carrelage, PVC, matières plastiques, polyuréthane, polystyrène, vitrages, cuivre, ciment, plaques de plâtre, peinture, etc. La liste est longue.

Voici quelques exemples représentatifs.

Le marché du bois est sous haute tension

Le marché du bois de construction est particulièrement sous tension à cause de l’appétit féroce de deux puissances économiques : la Chine et les États-Unis.

D’une part, les Chinois protègent leurs ressources nationales. Depuis 2017, ils préservent leurs forêts et ils s’approvisionnent massivement sur les marchés mondiaux.

Et, d’autre part, les Américains sont en conflit commercial avec leur fournisseur historique canadien. Ils se tournent désormais vers l’Europe pour alimenter leur forte demande en logements (la construction en bois est prédominante aux États-Unis).

La route de l’acier est coupée

Le secteur du bâtiment est un gros consommateur d’acier. Ce matériau est notamment utilisé pour la mise en œuvre du béton armé, pour la fabrication de charpentes métalliques ou pour la construction d’engins de chantier.

Les entreprises françaises se fournissent essentiellement auprès d’industriels italiens et turques, eux-mêmes alimentés par des usines russes et ukrainiennes.

La guerre en Ukraine a coupé cette voie d’approvisionnement et, à l’heure actuelle, il n’existe aucun chemin alternatif.

L’aluminium et la brique sont victimes de la crise énergétique

D’autres matériaux subissent de plein fouet la crise énergétique.

Sont notamment concernés :

  • l’argile constituant le carrelage,

  • l’aluminium utilisé pour la fabrication de menuiseries extérieures,

  • la terre cuite entrant dans la composition des briques et des tuiles.

La transformation de ces matières premières requiert énormément d’énergie. Et ces filières sont totalement dépendantes de l’électricité et du gaz. Face à la forte augmentation de leur coût en Europe, certains industriels ont pris une décision radicale : réduire ou stopper leur production faute de rentabilité.

En conséquence, certaines marchandises ne sont plus disponibles !

La pénurie de matériaux de construction est lourde de conséquences

Le prix des matériaux flambe

Le marché mondial des matériaux de construction est régi par la loi de l’offre et de la demande. Par conséquent, la raréfaction des produits entraîne automatiquement une augmentation de leur prix.

Et, actuellement, le phénomène est vraiment spectaculaire !

La Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (C.A.P.E.B.) a récemment tiré la sonnette d’alarme. Suite à une enquête menée auprès des entreprises adhérentes, elle révèle que la hausse moyenne du prix des matériaux atteint 18 % au 1er trimestre 2022 soit l’équivalent de l’inflation pour l’ensemble de l’année 2021.

La Cellule économique régionale de la construction (C.E.R.C.) confirme cette augmentation historique dans une étude réalisée dans la région Centre – Val de Loire.

Et elle précise que cette inflation n’épargne aucune matière première.

Au 1er trimestre 2022, l’acier et le zinc (+ 33 %) arrivent en tête du classement des matériaux les plus impactés par cette hausse des prix. Suivent de près le bois (+ 31 %), l’aluminium (+ 29 %), les tuiles et les ardoises (+ 28 %).

Le montant des devis explose

Jusqu’à présent, les entreprises du bâtiment ont largement amorti la hausse des prix des matériaux de construction. Mais, ces augmentations incessantes sont devenues insupportables pour leur situation économique.

Elles les répercutent désormais en tout ou partie sur le montant de leurs devis.

La conséquente est immédiate. Aujourd’hui, le coût d’un chantier serait 15 à 25 % plus élevé qu’en décembre 2020 selon Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment (F.F.B.).

Pour l’Institut national de la statistique et des études économiques (I.N.S.E.E.), cela se traduit clairement au niveau de l’indice du coût de la construction (I.C.C.*). Au 1er trimestre 2022, cet indicateur est en hausse de 6,92 % sur un an. Pour comparaison, son évolution annuelle était de + 2,43 % au 1er trimestre 2020.

Par ailleurs, non contente de faire bondir le montant des devis, l’inflation en réduit également la durée de validité (1 mois voire moins au lieu de 3 habituellement). Et ces documents contractuels sont désormais susceptibles d’inclure une clause de révision de prix. Leur valeur initiale peut donc varier en fonction des conditions économiques du marché.

Aussi, je vous conseille de bien lire les devis avant de les signer !

Malgré un budget bien étudié, il semble aujourd’hui bien difficile de prévoir le coût final des travaux engagés.

(*) L’I.C.C. est un indice trimestriel mesurant l’évolution du prix de production dans la construction des bâtiments neufs à usage principal d’habitation non communautaire en France Métropolitaine.

Les difficultés d’approvisionnement bloquent les chantiers

Vous avez passé l’étape des devis et vous pensez être tiré d’affaire ? Détrompez-vous !

Alors que le secteur du bâtiment affiche une dynamique encourageante, les entreprises sont prises en étau entre la hausse du prix des matériaux de construction et leur raréfaction.

Les stocks ont fondu, les délais d’approvisionnement s’allongent et certains produits sont tout simplement indisponibles pour une durée indéterminée.

Les conséquences sont immédiates pour les entreprises : problèmes d’organisation, ralentissement de l’activité et difficultés financières s’enchaînent.

Quant aux chantiers, ils accumulent énormément de retard. Et certains finissent même par s’arrêter faute de matières premières. D’après une enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (C.R.É.D.O.C.) réalisée pour le Conseil national de l’ordre des architectes (C.N.O.A.) en novembre 2021, les délais des trois quarts des chantiers sont perturbés, voire très perturbés par le manque de matériaux. 

Les alternatives sont minces

Le secteur du bâtiment semble véritablement s’embourber dans une situation de pénurie de matériaux, dont 2022 ne signera sans doute pas la fin.

Cette crise durable menace tout un pan de l’économie. Et elle aura vraisemblablement de lourdes conséquences sur vos projets de travaux.

Quelle décision prendrez-vous face aux dépassements de budget et aux retards constatés sur les chantiers ?

Dans ce contexte compliqué, l’enquête du CRÉDOC révèle que :

  • 45 % des maîtres d’ouvrages modifient leur projet afin de réduire les coûts ;

  • 22 % le mettent en veille ou l’abandonnent purement et simplement ;

  • 32 % poursuivent l’aventure malgré ces incertitudes.

Pour les clients comme pour les entreprises, les alternatives semblent aujourd’hui bien minces.

Tous les acteurs du bâtiment vont devoir entamer un profond travail d’adaptation. Il s’agira notamment de réduire leur dépendance vis-à-vis des industries étrangères tout en développant une économie circulaire basée sur des filières locales plus vertueuses.

Frédéric CANET

 

Sources :

Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (C.A.P.E.B.) : Note de conjoncture (12 mai 2022).

Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (C.A.P.E.B.) : Hausse des prix et difficultés d’approvisionnement chez les artisans du bâtiment (avril 2022).

Cellule économique régionale de la construction Centre – Val de Loire (C.E.R.C.) : Focus sur la hausse du coût des matériaux – 3e trimestre 2021 (janvier 2022).

France info : Interview d’Olivier Salleron, président de la FFB (11 Janvier 2022).

Institut national de la statistique et des études économiques (I.N.S.E.E.) : Statistiques et études.

Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (C.R.É.D.O.C.) : Note de conjoncture sur la crise des matériaux dans le domaine de construction de bâtiment (6 avril 2022).

Conseil national de l’ordre des architectes : La pénurie de matériaux pèse sur les agences d’architecture (4 janvier 2022).

Sénat : Pénurie de matériaux de construction.

Fédération française du bâtiment : Focus sur la hausse du coût des matériaux / 1er trimestre 2022 (juin 2022).

Le Moniteur : Les prix des matériaux flambent (1er avril 2022).





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