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Dcryptage de la novlangue nolibrale n°3


« Les mots ne sont jamais anodins. Ils portent toujours en eux une histoire, des connotations, des présupposés qui influencent notre manière de penser. Et quand un mot nouveau s’impose, ça n’est jamais de manière évidente. Il le fait souvent en éclipsant d’autres concepts qui, souvent, étaient le support de propositions concurrentes. Gagner la bataille des mots, c’est déjà prendre l’ascendant dans la bataille des idées. » (Clément Viktorovich)

Compétition pour la vie, concurrence  : La théorie de Darwin fut combattue comme toute théorie naissante, mais fut aussi l’objet d’interprétations les plus diverses. Dès sa publication, l’Origine des espèces a été lue à travers des prismes déformants.

Le principal fut Herbert Spencer (1820-1903), l’inventeur du « darwinisme social », une idée rejetée par Charles Darwin. Elle déforme sa pensée, en écartant tout ce qu’il dit sur la coopération dans la nature et en ne retenant que la compétition. Ce travestissement de la pensée de Darwin fut et est encore très utile aux idéologues : du nazisme au néolibéralisme en passant par le capitalisme. En effet, cette trahison de la théorie des espèces permet de rejeter sur les faibles et les exploités la responsabilité de leur sort. Lippmann, le théoricien du néolibéralisme, s’en est servi pour justifier le retard de l’espèce sur l’ère industrielle puis de son incapacité à accomplir ses devoirs de citoyens retirant ainsi la souveraineté au peuple.

La concurrence est devenue le leitmotiv du capitalisme. Le néolibéralisme la généralise comme modèle de relation entre les gens. Dès l’école tout est mis en place pour faire le tri entre ceux qui ont de la mémoire et sont assez souples pour se laisser formater au contraire des autres, les artistes et ceux qui ne sont pas aidés par leur milieu social. Les quelques-uns qui s’en sortiront seront montrés comme exemples aux autres qui n’ont que ce qu’ils méritent. La compétition pour la vie laisse les faibles sur le carreau. Ce que le néolibéralisme a bien assimilé en démolissant méthodiquement l’État réellement social.

Si Darwin a parlé de la compétition pour survivre, son idée était surtout celle-ci : « Si une tribu compte beaucoup de membres qui sont toujours prêts à s’entraider et à se sacrifier au bien commun, elle doit évidemment l’emporter sur la plupart des autres tribus. Ceci constitue aussi un cas de sélection naturelle. » Ceci constitue aussi le moyen par lequel le peuple peut se reconstituer, se fortifier et faire face à ceux qui manipulent le monde aux fins de leurs intérêts.

 

Croissance  : Si on vise une croissance de 3 % l’an, au bout de 10 ans, nous aurons une croissance de 30 %, dans 100 ans : 300 %.

N’y aurait-il pas un problème avec la nécessaire réduction des consommations des ressources naturelles ?

Il est vrai que la technologie nous sauvera et que pour créer nos innovations, il suffit d’utiliser de la technologie. C’est tellement simple : il suffit de continuer à puiser dans les ressources naturelles comme les métaux rares, à faire travailler les enfants et à détruire l’environnement.

Et puis, régler les problèmes de la nature avec de la technologie, ne serait-ce pas se prendre pour des démiurges ?

En fait, la vraie croissance n’a rien à voir avec l’économie. Elle s’applique au vivant. Les enfants croissent. Nous croissons en connaissances, en humanité, en fraternité, en liberté, en égalité de droits, etc. 

Le mot croissance a été repris par le capitalisme parce que c’est un terme extraordinairement positif. Nous espérons toujours croître. Il a donc un pouvoir d’influence nous empêchant d’être contre la croissance même quand elle est économique.

II est donc difficile de défendre la décroissance car en faisant cela, on pense se battre contre nous même.

Mais quand on y réfléchit bien, c’est quoi cette croissance du PIB sinon celle d’une destruction de nos ressources naturelles les faisant ainsi décroître et rendre l’habitabilité de la planète décroissante. Alors que la véritable croissance est celle qui nous permet d’être en plus en symbiose avec notre environnement et la nature.

Alors il faut juste nommer un chat un chat et dire que la croissance économique actuelle est une décroissance de l’humanité et de la nature, qu’elle est la dégénérescence du bon sens commun et de notre civilisation et qu’elle conduit le vivant et notre espèce à leur disparition.

L’école républicaine et l’éducation  : le néolibéralisme veut un État faible, mais pas totalement comme l’ultralibéralisme. En effet, cette idéologie veut un État qui réforme de telle manière que le marché soit libre et non faussé par la dérégulation et les privatisations. Mais elle veut aussi que l’État « éduque » les individus de telle manière qu’ils répondent parfaitement aux besoins du marché et qu’ils consentent à ne plus être des citoyens actifs tout en leur donnant l’impression qu’ils sont libres. À l’école, l’Éducation nationale améliorera le système éducatif en visant à faire des élèves de futurs adultes employables, flexibles et souples voués au Saint Marché.

« C’est là, toute la tâche non résolue d’éduquer les grandes populations, d’équiper les hommes pour une vie dans laquelle ils doivent se spécialiser, et pourtant être capables de changer de spécialité. L’économie de la division du travail exige ce que l’économie classique présuppose : une population dans laquelle ces problèmes d’eugénisme et d’éducation soient effectivement traités. » (Walter Lippmann)

Et si les capitaux doivent être libres de circuler, il n’en va pas de même pour les individus : « Les courants de population doivent se déplacer lentement si l’on veut éviter que l’émigration inassimilable submerge les nouvelles. Le but de la politique devrait être, par conséquent, d’atténuer ce mal humain prenant des mesures de contrôle social qui incitent le capital inanimé, plutôt que les hommes, à acquérir au degré de mobilité. Le but de la politique éducative devrait être de rendre la plupart des hommes polyvalents et adaptables à l’endroit où ils sont nés, et celui de la politique économique devrait être de rendre le capital mobile. » (WL)

Après le vote des lois constitutionnelles en 1875, les républicains pensent que la consolidation de la République passe par l’école. Il s’agit de laïciser l’école afin d’affranchir les consciences de l’emprise de l’Église et de fortifier la patrie en formant des citoyens. Ce sont là les fondements de l’école de la République : former la jeunesse à leurs devoirs de citoyen et donc, à la démocratie. Le système éducatif était à mille lieues de former les élèves à devenir de futurs adultes employables, flexibles et souples voués au marché. D’autant que si l’on considère que Walter Lippmann considérait que les gens ne pouvaient pas remplir leurs devoirs civiques puisqu’accaparés par le travail , les loisirs et les contingences du quotidien, la mission de l’école néolibérale devient donc un formatage anti-républicain puisqu’elle forme les élèves de manière à les rendre employables.

Santé  : L’idéologie du néolibéralisme veut aussi un État qui s’occupe de la santé. Sous le couvert d’améliorer la santé d’une population, il commencera par « responsabiliser » les individus en abaissant les remboursements de la sécurité sociale (vouée à la destruction), donc en augmentant le coût des soins. Le principe sur le postulat que les gens aiment bien s’enfiler des produits chimiques, séjourner à l’hôpital et suivre des protocoles thérapeutiques à qui mieux mieux. Cette responsabilisation ne va pourtant pas jusqu’à laisser aux individus le droit d’exercer pleinement leur choix éclairé, car il s’agira de saisir la moindre occasion pour mettre en place des mesures collectives sous la contrainte déguisée en peur. Par ailleurs, il soutiendra l’industrie pharmaceutique en la laissant déroger aux périodes d’essai de certains médicaments comme nous l’avons vu lors de la mise sur le commerce des vaccins ARN dont la technologie n’avait encore jamais été éprouvée en traitement sur l’espèce humaine. Il fera en sorte que toutes les médecines ancestrales dites douces relevant de la médecine alternative (pourquoi puisque c’est la plus ancienne ?), sous couvert que s’y cachent des officines véritablement douteuses, soient exclues des soins et médicaments remboursés par la sécurité sociale. L’idée est de, sans arrêt, mettre au point de nouvelles molécules et de nouvelles technologies qui permettent l’établissement de brevets générant d’immenses profits et de délaisser des molécules ayant fait la preuve de leur efficacité, mais ne rapportant plus rien, puisque passées dans le domaine public.

La santé néolibérale, c’est aussi l’eugénisme pour améliorer l’espèce humaine et la rendre compatible avec les besoins du marché. Voici ce que dit Barbara Stiegler des mots employés par Walter Lippmann. « Le premier objectif de toute politique de santé publique, doit d’abord consister à lutter contre le handicap. « Il y a ceux qui sont nés handicapés ; par la détérioration de la souche d’où ils proviennent, ils n’ont pas la capacité de faire leur chemin. » Pour Lippmann, la qualité de la souche doit s’entendre clairement ici en un sens génétique, et c’est ce qui justifie à ses yeux que la santé publique assume une politique ambitieuse en matière d’eugénisme : « L‘économie de la division du travail exige […] une population dans laquelle les problèmes d’eugénisme […] sont effectivement traité ». Mais l’amélioration génétique ne doit pas se contenter de viser l’élimination des anomalies héréditaires qui créent des handicaps et biaise l’égalité des chances . Elle ne doit pas seulement remettre tous les individus à égalité sur la même ligne de départ , afin de lutter contre les inégalités liées à l’héritage qu’il soit biologique ou social, en vue de dégager les inégalités intrinsèques que les individus ne devraient qu’à eux-mêmes. Elle doit aussi corriger la mauvaise qualité de la souche humaine en général et tenter de contribuer à l’amélioration continue de l’espèce humaine : « L‘économie exige non seulement que la qualité de la souche humaine , l’équipement des hommes pour la vie , soit maintenue à un niveau minimum d’efficacité, mais que cette qualité soit progressivement améliorée. »

Un système de santé ou système de soins de santé décrit les moyens organisationnels et stratégiques mis en place afin d’assurer une continuité et une qualité des prestations de santé médicale. Avec la création de la sécurité sociale, ce système devait assurer la santé pour tous, y compris les plus pauvres. Désormais, l’État néolibéral casse la sécurité sociale et tend à créer une santé à deux vitesses : celles des gens aisés qui peuvent se payer tous les soins ; et celle des plus démunis qui se contenteront des soins de base dans un hôpital privé de personnel.

Sobriété énergétique : on pourrait parler d’effort, de responsabilité, de modération, de pondération, de parcimonie, d’économie, mais c’est le mot sobriété qui s’est imposé et il ne vient pas de nulle part. La sobriété c’est un idéal qui émerge dans ma sphère altermondialiste au début du XXIe s. L’idée est qu’on pourrait vivre en prélevant moins de ressources dans l’environnement, et pas seulement en matière d’énergie, il s’agit d’utiliser moins de plastique, moins de vêtements, d’artificialiser moins de sols, de se déplacer moins loin… Vivre avec moins, mais en étant plus heureux.

La sobriété est l’un des leviers mis en avant par les scientifiques du GIEC pour répondre à la crise climatique. Et leur définition est directement reliée à l’origine de ce terme. Pour eux, la sobriété c’est un ensemble de pratiques qui « permettent d’éviter des demandes en énergie ». Éviter des demandes, ça veut dire concrètement, se passer de certaines choses, remplacer des lignes d’avions par des lignes de train, abandonner les voitures individuelles en ville, éventuellement, faire une croix sur certaines innovations technologiques énergivores, la 5G, le streaming vidéo en ultra HD, les cryptomonnaies, etc. Tout ça, c’est de la sobriété énergétique selon le GIEC. Est-ce que c’est ce qu’a en tête le gouvernement quand il propose in grand plan de sobriété, eh bien on peut en douter. Et celui qui en parle le mieux, c’est sans doute le président de la République, début octobre, lors du salon des entrepreneurs organisé par la BPI. « La sobriété, ça veut pas dire produire moins. J’ai pas changé d’opinion là-dessus. Tout ce qu’on peut faire pour produire mieux de la meilleure qualité, produire encore davantage, mais en dépensant moins, il faut accélérer l’effort sur l’énergie. La sobriété, ça veut juste dire, gagner en efficacité. »

Il ne s’agit donc pas du tout de réduire les demandes, mais juste d’utiliser moins d’énergie pour satisfaire aux mêmes usages. Et ça, pour le GIEC, ça porte un nom : l’efficacité énergétique. Et d’ailleurs, Emmanuel Macron le dit lui-même dans une phrase qui est merveilleuse de confusion : « a sobriété, ça veut juste dire, gagner en efficacité. » Eh bien non, gagner en efficacité, c’est faire de l’efficacité et donc pas du tout faire de la sobriété.

Emmanuel Macron sait exactement ce qu’il fait. Dans cette guerre des mots, les concepts ne se contentent pas de perdre ou de gagner. Ils peuvent aussi être capturés, réinvestis, redéfinis. EM est en train de réaliser un hold-up sur le mot sobriété. Il l’a trouvé chez ses adversaires, l’a vidé de son sens, en a changé le contenu et lui a fait perdre toute sa force de subversion. Et d’ailleurs, c’est loin d’être la première fois : revenu universel, planification écologique, révolution… Il a en fait passé son temps à priver ses adversaires de leurs armes rhétoriques. Alors, bien sûr, c’est une stratégie risquée. Le sens réel du mot ne disparaît jamais totalement derrière la redéfinition et il y a toujours le risque que ce sens originel resurgisse par la suite. Est-ce que la stratégie d’EM participera, in fine, à populariser l’objectif de sobriété défendu par le GIEC ? C’est possible. En attendant le Président de la République a remporté une victoire sur le lexique et ça n’est pas le moindre des atouts politiques. » (Clément Viktorovich)

Start-up nation : le leitmotiv de notre président bien-aimé Macron durant sa première campagne présidentielle et qu’il a plus ou moins laissé de côté tellement ce terme est porteur de subversion à l’endroit de démocratie. Cependant, même si le terme est passé de mode, il n’en demeure pas moins qu’il a été porteur de valeurs, concepts, idées qui perdurent en même temps que Macron occupe la place. L’idée générale était d’afficher la volonté d’un gouvernement à même de créer les conditions d’un pays prospère. La start-up se définit comme une entreprise innovante dans le domaine technologique et numérique. Elle est temporaire, présente une innovation industrialisable et reproductible, elle dispose d’un potentiel de croissance exponentielle. Si on ajoute la nation, cela donne un pays innovant dans le domaine de la technologie et le numérique (mis à part « Tous anti Covid » qu’y a-t-il d’autre ?), temporaire (la France existe depuis l’an 843), et dispose d’un potentiel de croissance qu’on ne cesse de casser puisque la France se désindustrialise sans discontinuer, Macron s’évertuant à vendre les entreprises françaises qui rapportent.

La prospérité nous l’avons vue à travers la succession de crises : la France n’est souveraine en rien et s’enfonce dans le déni de la catastrophe écologique en poursuivant son idée fixe de faire grimper la croissance du PIB comme d’autres chassent la licorne.

En fait, ce qu’il reste de la start-up nation, c’est le côté aventureux de la bande de copains qui se lancent dans un projet prometteur sans savoir si cela va marcher. On ne se paye pas, on ne cotise pas, on travaille comme des forcenés pour une hypothétique réussite. Et c’est bien cela qui nous reste avec Macron : précarité , salaires à la baisse, casse de la sécurité sociale, etc.

 

Cet article fait partie d’une série en cours. Vous pouvez retrouver le n°1 ici et le n° 2 ici.

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