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Est-ce déjà la fin de l’ère Biden ?



Est-ce déjà la fin de l’ère Biden ?

Le mois de novembre risque de bouleverser l’équilibre des pouvoirs aux Etats-Unis. Mardi 8, deux ans quasiment jour pour jour après l’élection de Joe Biden, les Américains sont appelés aux urnes pour les élections de mi-mandat (les « midterms »), à l’issue desquelles un tiers des mandats des sénateurs et tous ceux des députés siégeant à la Chambre des représentants seront renouvelés.

Le Parti démocrate du président pourrait perdre la courte majorité qu’il détient à la Chambre des représentants (221 députés, contre 212 pour les républicains). Au Sénat, où les deux partis font jeu égal (avec 50 sénateurs chacun), l’issue est plus incertaine.

« La cote de popularité de Joe Biden est remontée de 9 points depuis le début de l’été », détaille toutefois Jonathon Holler, ancien président des Democrats Abroad-France, l’instance qui représente le Parti démocrate à l’étranger .

« Plusieurs succès »

Les démocrates bénéficient depuis quelques semaines de la baisse du prix de l’essence. Mais c’était sans compter sur la décision des principaux pays producteurs réunis au sein de l’Opep+, qui ont annoncé début octobre une baisse de la production de pétrole. Pour éviter une éventuelle hausse des prix à la pompe, la Maison Blanche envisage, comme elle l’a fait il y a quelques mois, de mobiliser une partie des réserves stratégiques d’or noir du pays.

Malgré une configuration politique peu avantageuse au Congrès, « le président Biden a réussi à engranger plusieurs succès au cours des derniers mois », ajoute Laurence Nardon, responsable du programme Amérique du Nord à l’Institut français des relations internationales (Ifri) . Parmi ces succès, figure l’adoption d’un plan massif de réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) à la mi-août.

« Il ne faut pas se laisser tromper par le nom de ce texte budgétaire, estiment toutefois Anton Brender et Florence Pisani, économistes chez Candriam et spécialistes des Etats-Unis. Même s’il est présenté comme tel par les démocrates dans la perspective des élections, son objectif n’est pas de réduire l’inflation à court terme, mais de limiter pour la prochaine décennie la hausse des prix des médicaments, et surtout de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique. »

Sur ce volet, estime Laurence Nardon, le plan dévoile « les mesures les plus ambitieuses jamais adoptées par les Etats-Unis (…). Engageant 369 milliards de dollars de dépenses publiques et de crédits d’impôt pour l’efficacité énergétique dans l’industrie et dans l’habitat, les énergies renouvelables et la voiture électrique, cette loi pourrait permettre aux Etats-Unis de respecter leurs engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris ».

« Sur le plan climatique, il y avait déjà eu des progrès sous l’administration Obama, mais uniquement au travers de mesures prises par le pouvoir exécutif qui ont été, pour certaines, effacées sous Donald Trump. Cette fois-ci, les progrès sont inscrits dans des mesures législatives sur lesquelles il est moins facile de revenir », assure Jonathon Holler.

Critiqué sur l’inflation

Les républicains fustigent un surcroît de dépenses engagé par les démocrates au pouvoir, qui contribuerait, selon eux, à alimenter l’inflation. « Tout le monde savait que les dépenses inutiles de Washington allaient alimenter l’inflation », assure le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy.

L’allègement de la dette étudiante (qui s’élève au total dans le pays à 1 748 milliards de dollars), consenti par l’administration Biden, fait partie des mesures prises pour cible. « S’il n’est pas faux de dire que l’Inflation Reduction Act de Biden ne s’attaque pas à la hausse des prix, il ne l’attise pas non plus », nuancent Florence Pisani et Anton Brender.

La Fed accepte le risque de récession, car sa priorité est la lutte contre l’inflation, explique en substance l’institution

Aux Etats-Unis, l’inflation s’est établie à 8,3 % en août, après 8,5 % en juillet et 9,1 % en juin. « La critique formulée par les républicains me semble d’autant plus infondée que le plan est financé », estime pour sa part Christophe Blot, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Entre autres grâce à la mise en place d’une taxe sur les rachats d’actions et l’instauration d’un seuil minimum d’imposition sur les bénéfices des grandes entreprises. Fixé à 15 %, ce seuil doit éviter qu’elles n’obtiennent, par des jeux d’optimisation, un taux effectif d’imposition très bas. L’interprétation des républicains structure la réponse qu’ils prônent face à l’inflation.

« Pour limiter l’envolée des prix, les républicains veulent une politique budgétaire plus restrictive. S’ils se retrouvent en position de force au Congrès, ils feront probablement pression pour réduire les dépenses dans les deux prochaines années », estime Christophe Blot.

Et cela irait dans le sens de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, qui a remonté à plusieurs reprises son taux d’intérêt depuis le mois de mai. Son objectif : renchérir le coût du crédit pour les ménages et les entreprises, et ainsi freiner l’activité économique, donc l’inflation.

« Personne ne sait si ce processus conduira à une récession et, si oui, quelle en sera l’ampleur », a admis le président de la banque centrale américaine Jerome Powell, fin septembre. La Fed accepte le risque, car sa priorité est la lutte contre l’inflation, explique en substance l’institution.

Une économie en surchauffe

Contrairement à l’Union européenne, laquelle subit une inflation surtout liée aux contraintes qui pèsent sur l’appareil productif (ruptures d’approvisionnement, hausse des prix énergétiques, etc.), « il n’y a plus assez de main-d’œuvre disponible aux Etats-Unis pour répondre à la demande. Cela alimente la hausse des salaires, et par ce biais, l’inflation », compare Anton Brender. Cela explique aussi pourquoi il n’a pas été mis en place, aux Etats-Unis, de dispositifs visant à soutenir le pouvoir d’achat des ménages face à la hausse des prix.

Le taux de chômage outre-Atlantique s’élève à seulement 3,5 % pour le mois de septembre, période au cours de laquelle l’économie américaine a créé plus de 260 000 emplois. Et le niveau de l’emploi dans le secteur privé a désormais dépassé celui qui prévalait avant la crise sanitaire (+ 0,9 %).

Dans le secteur public toutefois, les effectifs restent inférieurs à ceux d’avant la crise (– 3 %), note la chercheuse à l’Economic Policy Institute Elise Gould, qui attribue cet écart aux conditions salariales peu avantageuses proposées par l’Etat fédéral et les gouvernements locaux.

Dans le secteur privé au contraire, les salaires ont tendance à augmenter.

« En Europe, pendant la crise sanitaire, on a mis en place des dispositifs de chômage partiel. Aux Etats-Unis, cela n’a pas été fait. Résultat, les entreprises ont licencié près de 30 millions de salariés ! Les emplois à bas salaires du secteur des services ont été les premiers touchés. La reprise de l’activité a créé un appel d’air. Les entreprises ont dû retrouver très rapidement des employés : des hausses de salaires ont été nécessaires pour les convaincre de revenir vite, explique Florence Pisani. Aujourd’hui, cette dynamique très particulière touche à son terme. Ce sont maintenant les salaires les plus élevés qui augmentent, ce qui fait craindre à la Fed l’amorce d’une boucle prix-salaires. »

« Le problème n’est pas que les salaires et l’emploi soient trop élevés, c’est que les entreprises réalisent des profits records en augmentant leurs prix », conteste toutefois Bernie Sanders, ancien candidat démocrate à la présidentielle, qui propose de taxer les profits exceptionnels des entreprises pour lutter contre l’inflation.

Le budget en attente

Il est assez fréquent aux Etats-Unis que les équilibres politiques soient chamboulés lors des élections de mi-mandat. « Vu la courte majorité dont disposaient les démocrates à la Chambre des représentants depuis deux ans, il n’est pas certain que le passage à une courte majorité républicaine change grand-chose », relativise Christophe Blot.

Le Président Biden a en effet dû mettre de l’eau dans son vin à plusieurs reprises pour obtenir le soutien de tous les élus de son propre parti, à commencer par celui de Joe Manchin, le sénateur de Virginie-Occidentale, considéré comme l’un des plus droitiers du Parti démocrate.

Au-delà des débats économiques, les résultats des midterms se joueront probablement beaucoup sur la question du droit à l’avortement

Après un plan massif de relance post-Covid de 1 900 milliards de dollars adopté au printemps 2021, un plan d’infrastructures de 1 200 milliards de dollars adopté quelques mois plus tard en novembre, l’Inflation Reduction Act est en fait le troisième volet du plan massif (Build Back Better) que Joe Biden défend depuis son élection à la Maison Blanche. Joe Manchin, qui refusait de voter cette dernière loi, a fini, à la surprise générale, par donner son accord, permettant de justesse l’adoption du texte au Sénat au cours de l’été. Mais dans une version réduite.

« Si les démocrates perdent du terrain, cela risque de compliquer l’adoption du budget de l’année fiscale qui a commencé en octobre », prévoit toutefois Florence Pisani. Le Congrès actuel a acté son incapacité à dégager la majorité nécessaire à l’adoption d’un budget avant les midterms, et voté en conséquence une résolution permettant de prolonger le financement, selon les équilibres actuels, du gouvernement fédéral jusqu’au 16 décembre.

« C’est le nouveau Congrès qui aura la charge d’adopter un budget et selon le résultat des élections, la tâche sera plus ou moins aisée… », anticipe l’économiste.

Au-delà des débats économiques, les résultats des midterms se joueront probablement beaucoup sur la question du droit à l’avortement. Sur ce point, le conservatisme dont la Cour suprême américaine a fait preuve – après que sa composition a été fortement modifiée par les trois nominations réalisées par Donald Trump au cours de son mandat – en revenant en juin dernier sur la protection de ce droit instaurée au niveau fédéral par l’arrêt Roe vs Wade joue en faveur des démocrates.

Les marges de manœuvre de Joe Biden pour les deux années à venir seront, on l’a vu, fortement liées à la répartition des sièges entre républi­cains et démocrates qui émanera des urnes début novembre. Mais également au profil des sénateurs et députés républicains élus pour cette nouvelle mandature.

« Seront-ils principalement pro-Trump, et donc très conservateurs sur les questions sociales et sociétales ? Ou issus de l’aile plus modérée du parti, laissant entrevoir des possibilités de compromis ? », s’interroge Christophe Blot.

Malgré ses affaires judiciaires en cours, « l’emprise de l’ancien président sur le Parti républicain reste écrasante, estime Laurence Nardon. Son soutien officiel à près de 200 candidats dans les primaires ré­publicaines a été ­efficace ». 





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