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Le mythe du grand retour des exilés fiscaux et 4 autres infographies à ne pas rater



Le mythe du grand retour des exilés fiscaux et 4 autres infographies à ne pas rater

Alternatives Economiques a sélectionné pour vous les meilleurs graphiques de la semaine. Pour ce nouveau graphorama, nous faisons le point sur le mythe du grand retour des exilés fiscaux en France, les émissions mondiales de CO2, la politique risquée de la Banque centrale européenne, les multiples visages de l’immigration à la campagne et le blues des personnels de l’Education nationale.

1/ Suppression de l’ISF : objectif manqué !

A chaque fois qu’un rapport se penche sur les conséquences de la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) et sa transformation en impôt sur la fortune immobilière (IFI) en 2017, c’est le même refrain : les libéraux se félicitent du retour des exilés fiscaux qui auraient auparavant quitté la France pour échapper à des impôts insupportablement hauts.

Dans le dernier document publié par France Stratégie le 20 octobre sur le sujet, on apprend, il est vrai, que davantage de redevables de l’IFI sont rentrés en France en 2020 qu’au cours des années précédentes. Et que les départs, eux, ont diminué.

Mais la focalisation sur ces indicateurs fait perdre le sens des proportions. Sur très exactement 143 337 foyers qui ont payé un impôt sur la fortune immobilière en 2020, on dénombre 220 départs (au lieu de 290 en 2019, et 270 en 2018). Cela représente … 0,15 % des ménages assujettis à l’IFI. On compte également 340 retours (après 380 en 2019 et 250 en 2018), ce qui représente une proportion tout aussi faible (0,24 %).

Pour le reste, « l’évolution des grandes variables économiques – croissance, investissement, flux de placements financiers des ménages etc. – avant et après les réformes ne suffit pas pour conclure sur l’effet réel de ces réformes, explique France Stratégie. En particulier, il n’est pas possible d’estimer par ce seul moyen si la suppression de l’ISF a permis une réorientation de l’épargne des contribuables concernés vers le financement des entreprises ». Dommage, car c’était pourtant l’objectif.

Aude Martin

 

2/ Vers un record d’émissions de CO2 en 2022… et un pic en 2025 ?

Les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) liées à la combustion d’énergie – c’est-à-dire à l’utilisation de charbon, de pétrole et de gaz – devraient croître d’environ 1 % en 2022, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Avec 300 millions de tonnes en plus émises par rapport à l’année dernière, les émissions mondiales atteindraient 33,8 milliards de tonnes en 2022, ce qui constituerait un record historique. Ces émissions avaient déjà rebondi très fortement en 2021 (+ 2 milliards de tonnes) après leur chute de 2020, dépassant leur niveau d’avant-Covid.

L’évaluation de l’AIE n’inclut pas les autres sources d’émission de CO2, comme les processus industriels, les déchets et le changement d’usage des sols, ni les autres gaz à effet de serre, notamment le méthane. Mais ces autres facteurs étant minoritaires, il est peu probable qu’ils annulent la hausse des émissions de CO2.

Selon l’AIE, cette augmentation est tirée par une forte demande de charbon, causée par l’envolée du prix du gaz ainsi que la reprise de l’aviation. Mais cette hausse aurait pu être trois fois plus importante sans le déploiement massif d’énergies renouvelables et de véhicules électriques qui a eu lieu en 2022. Si bien que l’intensité carbone de la croissance a légèrement diminué cette année, après une légère augmentation en 2021.

Les émissions de CO2 devraient poursuivre leur croissance quelques années encore, craint l’AIE. Dans son rapport annuel, l’organisation anticipe pour la première fois qu’un pic de la demande d’énergie fossile serait atteint en 2025 dans tous les scénarios étudiés. La raison : une réorientation profonde des marchés de l’énergie, avec la chute des exportations russes d’énergie, la baisse de la consommation de charbon ainsi que le développement des renouvelables.

Matthieu Jublin

 

3/ La banque centrale européenne poursuit sa stratégie risquée

Pour la troisième fois en l’espace de quelques mois, la Banque centrale européenne (BCE) vient de rehausser son principal taux directeur (de 1,25 % à 2 %). De ce fait, les banques commerciales vont désormais payer plus cher pour emprunter de l’argent à la BCE.

En bout de chaîne, cela augmentera les taux d’emprunt payés par les ménages et les entreprises. L’objectif de l’institution monétaire est clair : freiner la demande pour casser la hausse des prix et ramener l’inflation proche de 2 % (alors qu’elle s’élève à 9,9 % en zone euro). De prochaines hausses de taux sont encore à prévoir, a averti sa présidente, Christine Lagarde.

Certains économistes interrogent toutefois la pertinence d’une telle stratégie face à une inflation qui n’est pas liée à une demande excessive mais davantage à la crise énergétique et à la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales, sur lesquelles la BCE n’a aucune prise. « La hausse de taux décidée par la BCE nous rapproche de la récession », estime ainsi Stanislas Jourdan, de l’ONG Positive Money Europe. Focalisée sur son objectif de stabilité des prix, la BCE applique un remède qui pourrait avoir des conséquences encore plus dramatiques que le mal initial.

Aude Martin

 

4/ Les multiples visages de l’immigration à la campagne

« Ils sont racistes alors qu’ils n’ont jamais vu un immigré ! ». Pour se moquer des ruraux qui se tournent vers le Rassemblement national, les élites – surtout urbaines – utilisent parfois cet adage bien connu. Bien sûr, il y a plus d’immigrés en banlieue parisienne que dans le Massif central.

Mais les campagnes françaises ne sont pas demeurées isolées du reste du pays et ont suivi les mêmes tendances que l’ensemble du territoire, montre la géographe Julie Fromentin dans sa thèse. A savoir « une croissance importante de la population immigrée jusqu’au milieu des années 1970, puis une période de ralentissement suite à la suspension de l’immigration de travail, avant une nouvelle reprise au tournant des années 2000 ».

Espagnols, Italiens et Polonais essentiellement hier, Portugais, Algériens, Tunisiens, Marocains, Turques, Hollandais, Britanniques, Allemands ou Suisses aujourd’hui… les campagnes françaises accueillent des nationalités variées, à l’image des villes. Logique, car une partie de ces arrivées s’explique simplement par la périurbanisation, c’est-à-dire l’étalement des aires urbaines dans les campagnes environnantes.

Au global, la carte des immigrés ruraux offre un tableau complexe, tant les différentes vagues migratoires l’ont en permanence remodelé. Immigration du début du XXe siècle dans les campagnes agricoles et industrielles (Italie, Pologne, Belgique), périurbanisation dès les années 1960 (Portugal, Algérie puis plus tard Turquie, Maroc, Tunisie), vague de néo-ruraux retraités aisés (Royaume-Uni, Pays-Bas, Suisse, Allemagne…), puis arrivée de travailleurs prêts à combler les métiers en tension (Roumanie, Madagascar…) : le cliché du campagnard qui n’a jamais croisé un immigré ne correspond plus à rien, si ce n’est à une mauvaise blague.

Vincent Grimault

 

5/ L’Education nationale a le moral dans les chaussettes

Les personnels de l’Education nationale, enseignants en première ligne, sont mécontents de leur situation, et ça se voit. Les résultats du premier baromètre du bien-être au travail des personnels de l’Education nationale, que vient de publier le service des études du ministère, révèle en tout cas la profondeur du malaise.

Nettement moins satisfaits au travail que l’ensemble des Français, ils souffrent notamment d’un niveau de rémunération et de perspectives de carrières jugés très insatisfaisants. Leur sentiment d’épuisement est élevé, même si leur satisfaction dans la vie et le sentiment que ce qu’ils font (au travail ou ailleurs) a du sens restent proches de ceux du reste de la population.

Les personnels de l’Education nationale restent par ailleurs plutôt heureux de travailler dans leur établissement ; une large majorité d’entre eux (près de 70 %) déclare en particulier pouvoir compter sans problème sur le soutien de leurs collègues en cas de difficulté. Une proportion hélas divisée par deux pour ce qui concerne le soutien de la hiérarchie… Pap Ndiaye, leur ministre, sait ce qu’il lui reste à faire s’il veut remonter le moral des troupes.

Xavier Molénat





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