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Christian Perronne, le vaccin et le pangolin : prenons le temps de la vrification


L’infectiologue Christian Perronne tient des propos controversés depuis le début de la pandémie de Covid-19. Il n’est pas ici question d’en discuter. Le sujet est trop vaste. Plus modestement, nous allons examiner deux de ses récentes déclarations. Pour la première, nous relaierons le travail d’un anti-complotiste de compétition, 5ème Dan en matière de debunkage. Pour la seconde, nous livrerons notre propre analyse.


Christian Perronne, le vaccin et le pangolin : prenons le temps de la vrification

La loi de Brandolini ou principe d’asymétrie des baratins est un adage énonçant que « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ». Pour le dire simplement : s’il est facile de créer une fausse information, sur le fond et la forme, en quelques minutes, il faudra probablement plusieurs heures pour démonter chaque point et montrer ainsi la fausseté de l’ensemble.

Face à un discours rempli de contre-vérités, le démystificateur ne peut que se concentrer sur un point précis, patiemment, et, seulement plus tard, lorsque la première désinformation aura été établie, s’attaquer à un deuxième point, puis à un troisième, etc., en prenant à chaque fois un temps important.

De son côté, le désinformateur peut prétexter d’un manque de temps pour écouter son contradicteur, ou, se désintéressant du point en train d’être vérifié, passer subitement à un autre sujet (tactique bien connue des adeptes des théories du complot), ou encore juger que le point en train d’être réfuté n’est pas très important par rapport au reste de son discours.

On voit à quel point le debunker a toujours un ou plusieurs trains de retard sur le mystificateur. Les deux ne vont pas au même rythme. L’un balance en une seconde une ânerie, l’autre doit passer des heures pour démontrer avec rigueur qu’il s’agit d’une ânerie. Le combat peut sembler perdu d’avance pour le démystificateur…

Christian Perronne vs Rudy Reichstadt : le match !

Pourtant, il est des moines soldats qui vouent leur vie, ou une partie non négligeable de celle-ci, à ce vain et noble combat, à l’instar de Rudy Reichstadt. Souvent raillé, subissant une pluie d’injures quotidienne, il se bat comme un beau diable sur les réseaux souvent asociaux, comme lors de son dernier assaut, le 30 octobre, face au professeur Christian Perronne.

Perronne était interviewé, de manière fort complaisante, par Éric Morillot dans son émission « Les Incorrectibles  ». Il est, notons-le en passant, désolant de voir les médias alternatifs, farouchement anti-système, reproduire scrupuleusement les tares dudit système, en l’occurence ici les interviews ultra complaisantes, sans le moindre début d’esprit critique et de mordant, je n’ose dire de hargne, face à l’invité. On se brosse gentiment dans le sens du poil, on se passe de la pommade, copains comme cochons.

Christian Perronne affirme que, dans des documents internes de Pfizer qui ont été rendus publics, il existerait une étude sur 28 femmes enceintes vaccinées et que 27 d’entre elles ont fait une fausse couche. Une information incroyable, sensationnelle, choquante… qui mérite à ce titre d’être très sérieusement vérifiée. Et c’est Rudy qui s’y colle.

On aimerait que Christian Perronne prenne la peine de répondre à cette question : dispose-t-il d’un autre document attestant ses dires ?

Sans surprise, Éric Morillot, ancien de Sud Radio et CNews, passé sur la web-télé d’extrême droite TV Libertés, réagit en ces termes :

Enfin la réaction de @conspiration ! Travail d’une rigueur et réactivité remarquables. Les fausses couches c’était en effet le sujet principal merci. En revanche je cherche encore le thread sur Pfizer ou un petit tweet sur @JulienPain

Au lieu de dire s’il soutient encore les propos de Christian Perronne, ou s’il admet, suite au debunkage de Reichstadt, qu’il raconte n’importe quoi, Morillot se défile, botte en touche, refuse de se prononcer sur le seul sujet dont il était ici question, et relativise l’importance de celui-ci.

On comprend, avec cet exemple, pourquoi le dialogue constructif entre les complotistes et leurs contempteurs est impossible, l’envie de dialoguer avec sincérité ne se trouvant que d’un seul côté (tantôt d’un côté, tantôt de l’autre).

Et pour ceux qui s’agaceraient de l’utilisation du terme « complotiste » pour désigner Perronne, qu’ils écoutent ceci :

1min35 de propos douteux, là encore, qui demanderait des heures de debunkage. Comme l’a fait Reichstadt, je vais me concentrer moi aussi sur un seul point, qui suffira pour se faire une idée du sérieux du personnage.

La couverture de The Economist et le pangolin

Perronne affirme l’existence d’un complot mondial, dans la mesure où le virus aurait été fabriqué à l’avance (avant le début de la pandémie). En guise de preuve, il évoque notamment la couverture de The Economist de janvier 2019, « qui annonçait la pandémie avec le pangolin. Il y avait tous les symboles de la pandémie, le QR code, l’ADN injecté dans le bras ou l’ARN, c’était déjà annoncé à l’avance… »

Passons sur le QR code et l’ADN, qui ne renvoient pas spécifiquement à la pandémie et peuvent être rattachés à bien d’autres sujets d’actualité. Le plus frappant, pour la plupart des observateurs, c’est la présence du pangolin.


Christian Perronne, le vaccin et le pangolin : prenons le temps de la vrification

Sur AgoraVox, un rédacteur, commentant la couverture de The Economist, posait cette question :

On remarque de suite en bas à gauche le dessin d’un… PANGOLIN ? En janvier 2019 combien de personnes savaient ce qu’était un pangolin avant l’arrivée d’un certain COVID 19 ?

Sur un autre site, même perplexité :

En bas à gauche, au dessus du prix du magazine hors-série, figure un pangolin. Alors qu’une très large majorité des habitants de la terre ne connaissait pas cet animal préhistorique, The Economist le dessine sur sa Une ! Et un an plus tard, on explique à la population que l’origine de la pandémie du COVID-19 proviendrait du Pangolin ! Un troublant concours de circonstance…

Je ne jette la pierre à personne, tout le monde peut être troublé en voyant sur la couverture cet animal, considéré début 2020 comme « un élément déterminant dans l’émergence du Covid-19 », avant d’être disculpé par la science à la fin de cette même année.

Mais ce qu’on peut reprocher à ceux qui se contentent de s’étonner et de formuler à l’occasion des théories du complot, c’est de ne pas entreprendre de recherches pour voir s’il n’y aurait pas une autre explication possible à la présence du pangolin sur cette couverture.

La recherche en question est pourtant basique. Vous tapez « The Economist pangolin  » dans Google, et sur la première page de résultats, vous tombez sur ce tweet :

Le tweet, émanant de The Economist, date du 17 août 2019, soit avant le début de la pandémie (le 16 novembre 2019), et nous dit ceci :

« Les pangolins sont l’un des animaux les plus trafiqués au monde, mais la sensibilisation à ces mammifères timides est lacunaire. Leur protection est à l’ordre du jour du sommet CITES de cette semaine à Genève. »

Dans la vidéo de The Economist, on apprend que la star de cinéma Jackie Chan a fait un clip pour dénoncer le braconnage des pangolins. Le clip date du 21 août 2017.

La vidéo de Jackie Chan remise en contexte :

En poursuivant la recherche, on trouve un article de National Geographic du 6 octobre 2017 intitulé : « Le pangolin d’Afrique est le mammifère le plus braconné du monde  ».


Christian Perronne, le vaccin et le pangolin : prenons le temps de la vrification

Même s’il était peu connu du grand public, il y avait donc de bonnes raisons de s’intéresser au pangolin avant la pandémie de Covid-19, en tant qu’animal le plus braconné du monde.

En début de pandémie, d’autres articles évoquent le pangolin en des termes semblables. Dans La Croix du 12 mars 2020, on le présente ainsi comme « l’espèce la plus menacée au monde  » :

Le pangolin reste en effet bien installé au premier rang mondial des mammifères victimes de trafic, loin devant d’autres espèces bien plus connues comme l’éléphant ou le rhinocéros.

Notons que, sur la couverture de The Economist, on distingue un éléphant et un panda, deux autres espèces particulièrement menacées.

Le pangolin pourrait donc être l’un des symboles de l’anthropocène, nouvelle époque géologique qui se caractérise par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, marquée notamment par une perte drastique de biodiversité.

Un examen rétrospectif de la couverture de The Economist peut être trompeur. On oublie ce que le pangolin pouvait symboliser avant 2019, pour ne retenir que ce qu’il a pu symboliser à partir de 2020. La perte du contexte va de pair avec la perte du sens.

On en revient finalement toujours au même dans ces histoires de désinformation et de théories du complot : une accumulation d’informations tronquées, sorties de leur contexte, mal interprétées, trop vite lues, survolées en réalité, et un empressement à tirer des conclusions orientées dans un sens prédéfini.

Le web et les réseaux sociaux nous poussent à réfléchir dans l’urgence et donc à mal penser, car la pensée rapide met en action tous nos biais cognitifs, utiles parfois mais souvent piégeux. Bien penser (rationnellement) requiert du temps, du calme, de la lenteur. Un certain détachement vis-à-vis de nos croyances aussi, qui permet d’en changer aisément. Et la capacité à écouter un debunkage d’où qu’il vienne, sans s’arrêter à la personne qui le mène.





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