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Comprendre le nudge en BD


Même les économistes commencent à s’en apercevoir : nous ne sommes pas (toujours) des homo œconomicus. Autrement dit, le comportement des femmes et des hommes n’obéit pas forcément à des motivations rationnelles. Comme les sondages, il peut réserver pas mal de surprises et déjouer les calculs et prédictions des experts. Nous sommes plutôt des Docteur Jekyll et Mister Hyde, bien en peine de canaliser impulsions irréfléchies et réactions mûrement soupesées.

Problème, à l’heure de l’urgence climatique et des crises sanitaires, comment résister à l’achat d’un petit top à 1 euro, d’un voyage en avion à Barcelone à 20 euros, ou adopter les bons gestes barrière pour ne pas attraper le dernier variant du Covid ? Et surtout, comment orienter les décisions des individus sans en passer par des régulations contraignantes, voire coercitives ?

Nutri-score et mouche dans l’urinoir

C’est là qu’intervient l’économie comportementale. Popularisés par l’ouvrage phare des économistes Richard Thaler et Cass Sunstein (Nudge. La méthode douce pour inspirer la bonne décision, Vuibert, 2010), les travaux de l’Israélien Daniel Kahneman, prix de la Banque de Suède en 2002, ont fait émerger une nouvelle doctrine : le nudge ou le paternalisme « libertarien », voire « bienveillant ». Ce concept, qu’on peut traduire par « pousser quelqu’un du coude pour l’inciter à faire quelque chose », a donné lieu depuis une quarantaine d’années à toutes sortes d’expériences plutôt concluantes, dont l’enseignement central est qu’il faut aider les gens à faire le bon choix – sans leur interdire de faire le mauvais.

Exemple banal : celui de l’imprimante réglée par défaut sur recto-verso. Libre à chacun de gaspiller des pages de papier ! Mais il faudra pour cela faire une petite manip’. Autre nudge, abondamment cité : la mouche dessinée au fond des urinoirs à Amsterdam pour inviter les hommes à viser juste. Au niveau des Etats, ouvrir automatiquement des droits comme le versement d’allocations – qu’on peut tout à fait refuser – est également une façon d’éviter le non-recours.

Les économistes comportementalistes savent aussi que l’ordre des choix proposés et leur mise en scène comptent beaucoup : signaler les produits les plus sains à la cantine ou afficher des Nutri-score sur les aliments dans les rayons induit des changements de comportement.

Coincée entre les tenants de la régulation chère aux keynésiens et les partisans du libre marché, cette troisième voie du nudge joue des coudes pour trouver sa place. Il n’est pas sûr qu’elle puisse suffire à modifier en profondeur le comportement des Etats, des entreprises ou des foyers pour, au hasard, faire baisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Mais en tout cas, elle ne peut pas faire de mal.

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