fbpx

Macron : super menteur dans une impasse


Jeudi dernier, l’auto-proclamé « évènement » de l’interview par une journaliste de sa suffisance, qui avait pris le soin de choisir une interlocutrice pas trop féroce, n’a pas été un grand succès d’audience. Il faut dire que le résident de l’Elysée pouvait dérouler son discours sans guère de contradiction. Et son « en même temps » totalement déconnecté de la réalité, souvent mensonger et trop calibré par ses communicants, n’avait guère d’intérêt, comme l’a bien pointé Arnaud Benedetti dans le FigaroVox.


Macron : super menteur dans une impasse

 

Communiquant grossier dans un monde parallèle

Macron n’a été élu que par défaut : les Français lui ont bien fait sentir lors des élections législatives qui ne lui ont donné qu’une majorité relative, qui lui impose de passer par le 49-3 pour passer ses budgets. Pire, face à l’impasse des politiques oligarchistes dont il est sans doute le promoteur le plus zelé et le moins complexé, il est incapable de se remettre véritablement en question. Bien sûr, il emploie de temps en temps des mots qui pourraient faire penser à un réalignement idéologique, notamment quand il partle de souveraineté ou de réindustrialisation. Mais il s’agit uniquement de postures pour aller dans le sens de l’opinion, sans la moindre traduction concrète vis-à-vis de sa ligne politique. Nous en avons encore eu plusieurs jeudi soir, qui font que le jeu du résident de l’Elysée sonne de plus en plus faux.

Faux son discours sur le patriotisme économique au sujet de la voiture électrique. Macron, qui vient de porter le bonus à 7000 euros, y compris pour les véhicules étatsuniens ou chinois, alors que Washington ira jusqu’à le réserver aux véhicules dont les composants sont nationaux et que Pékin a toujours vérouillé son marché, rebondit en promettant de discuter d’une préférence européenne. Si Caroline Roux avait fait son travail, elle aurait pu lui dire qu’il subventionne sans discrimination d’origine depuis 2015 et que seulement vouloir discuter d’une préférence en 2022, c’est très tard, et donne peu d’espoir à un vrai changement. Sa promesse n’est absolument pas crédible et ne sera pas tenue. Tout le monde prévient depuis des années du risque de submersion du marché par la Chine, jusqu’à Carlos Tavares il y a peu, et aucune digue n’est construite, alors même que celles de l’Empire du milieu sont très hautes.

La France produisait plus de 3 millions de véhicules il y a 20 ans. Aujourd’hui, à peine 1,3 millions sortent de nos usines. Bien sûr, l’ambition de revenir à 2 millions est souhaitable, mais sans protection du marché européen, au contraire de l’Asie et des USA, le continent risque une sévère déconvenue. Ce ne sont pas les usines de batterie ou même une mine de lithium qui suffiront : il faut bien d’autres métaux et l’Asie sait parfaitement casser les prix pour détruire la concurrence européenne. C’est ce qu’ils ont fait sur les panneaux solaires, industrie dominée par les pays européens il y a 20 ans, que les fabricants asiatiques ont anéanti en quelques années. Macron pouvait parfaitement réserver le bonus aux véhicules européens, et même le renforcer pour ceux fabriqués en France. Mais il refuse de remettre en cause ses dogmes, certes inscrits sur les bouts de papier de l’UE, mais qu’il est possible d’ignorer.

Faux également son discours sur les Obligations de Quitter le Territoire Français. Il y a quelques jours, Olivier Véran, super menteur également, avait osé affirmer que la France était le pays qui en pratiquait le plus, chiffres à l’appui, sur un échantillon limité, et arrangeant, de pays. Jeudi soir, Macron a vanté son action et a même osé annoncer un objectif de 100% pour les plus dangereux. Mais pour qui se penche un peu sur les chiffres, il est aisé de trouver des pays qui expulsent davantage que nous, notamment l’Allemagne, malgré un nombre bien moindre d’obligations. Pire, alors que certains pays éxécutent 40 à 90% de ces obligations, nous ne parvenons même pas à atteindre 20% en 2021, même si le chiffre est en progression. En réalité, notre pays est une passoire incapable d’expulser des étrangers dangereux qui n’ont plus le droit de rester chez nous, comme le montre si cruellement le cas de Lola.

Faux également son discours sur les retraites. Le COR n’a en aucun cas justifié sa volonté de porter l’âge de départ à 65 ans. Ses dernières analyses démontrent au contraire que le régime est proche de l’équilibre et qu’une faible hausse des cotisations l’équilibrerait, comme l’a bien décrypté Michaël Zemmour sur Alternatives Economiques, pour qui « le COR permet aussi de souligner que les choix en matière de retraite ne sont pas univoques, mais sont le fruit d’arbitrages politiques  ». En effet, ici, il s’agit seulement d’une posture purement politicienne. Parce qu’il n’a plus rien à défendre, Macron fait de cette réforme un totem de son action réformiste anti-sociale, d’autant plus qu’il sait que c’est un sujet où LR ne pourra pas s’opposer à lui. C’est autant une posture qu’un moyen de financer de nouvelles baisses d’impôt pour les entreprises alors même ces dernières n’ont jamais montré la moindre efficacité. Même Philippe Aghion, qui avait travaillé sur son programme en 2017 affirme que ce serait « injuste et inefficace ».

Faux également son discours sur la baisse du chômage de 9 à 7%, qui n’est que le résultat d’une manipulation statistique réalisée sous Hollande (avec l’utilisation de chiffres issus d’une enquête statistique et non du décompte officiel), alors qu’un chômage de masse se maintient. Dans la réalité, sur le décompte de Pôle Emploi, nous restons à 3 millions de chômeurs de catégorie A et 5 millions en catégorie A, B et C, moins que les sommets du COVID, mais plus qu’en 2012… Faux également son discours apppuyé par un graphique sur le niveau des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires, qui suggère un poids trop lourd de l’Etat en France. D’abord, on peut noter que Macron n’a pas mentionné les pays scandinaves, au modèle plus proche du nôtre, et dont la santé économique n’en est pas moins bonne. Ensuite, il oublie, comme Caroline Roux, si absente pendant l’interview, que nous comparons des choux et des carottes : le périmètre des services publics est très différent entre les pays, notamment du fait des choix de mode de financement des retraites. Ainsi, une comparaison sans cette mise en perspective n’a guère de sens et même l’OCDE reconnaît qu’à périmètre équivalent, les chiffres sont proches.

Totalement faux également sa prétendue colère sur le vote par le RN de la motion de censure de la NUPES, tout aussi ridicule que l’effroi que cela a suscité dans une partie de la gauche. Une motion de censure, c’est juste dire non à un exécutif, sur un sujet particulier. Si le RN et la NUPES sont contre le budget, pour des raisons pas toujours alignées, mais qui le sont en partie, n’est-il pas logique qu’ils votent ensemble ? Ne pas vouloir que le RN vote une motion de censure, c’est vouloir l’échec de cette motion de censure… Dans une démocratie, il est parfaitement légitime que des partis d’opposition très différents, s’ils s’opposent au même projet de l’exécutif votent ensemble pour dire non à ce projet. Un tel vote n’est pas une alliance de circonstance, c’est juste l’expression d’un même refus, pour des raisons pas forcément toutes identiques, de ce que fait Macron. Mais cet énervement surjoué de Jupiter / Vulcain montre sans doute qu’il n’est pas si serein sur l’issue d’une dissolution, et devrait pousser les vraies oppositions à s’unir pour faire tomber cet exécutif qui fait tant de mal au pas, dans tant de domaines.

Mais heureusement pour lui, il avait la trop polie et conformiste Caroline Roux, qui s’était déjà illustrée comme un passe-plat efficace le 14 juillet. Si elle pose quelques questions un peu gênantes, elle en oublie beaucoup (les OATi par exemple, ou le potentiel rachat d’une nouvelle pépite industrielle française, Exellia, qui fournit Dassault et Airbus), et ne relance presque jamais, laissant Macron dérouler son discours hors sol et mensonger sans véritable opposition. Même si Anne-Sophie Lapix et Léa Salamé sont très conformistes, on peut au moins leur reconnaître une certaine pugnacité qui ne permet pas toujours à leurs invités de dérouler aussi facilement leur discours que ce qu’a pu faire le président jeudi dernier. D’ailleurs, le simple fait que le prince puisse aussi facilement choisir ses interlocuteurs, et en choisissent de bien tendres, en dit long sur son sens démocratique et son impasse intellectuelle. S’il était sûr de lui, il laisserait les médias choisir ses interlocuteurs, y compris parmi les interviewers les plus durs…

Et que dire quand il évoque l’investissement dans la santé et l’éducation, lui qui continue à abîmer ce qui étaient des services publics admirés dans le monde entier, et dont l’état est de plus en plus calamiteux. Bien sûr, il essaie de s’abriter derrière des mesurettes, mais elles ne cachent pas la forêt des lits supprimés, du niveau qui baisse, des soins qui ne sont pas portés, ou des rémunérations de plus en plus minimalistes. Macron est dans une impasse, mais il est plus simble pour lui de continuer comme avant plutôt que de se remettre en question : les Français prendront le mur, mais lui pense y échapper…





Lire la suite
www.agoravox.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.