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La face cache de la hausse de l’endettement occidental et des crises ptrolires et alimentaires. Pronostic 2023-2025


 D’emblée doit-on dire, que la crise pétrolière est une affaire économique et financière. Il y a cette pensée stratégique quelque part dans le monde : « on veut un pétrole bon marché » comme « on a voulu un pétrole cher les années passées », avant la mi-juillet 2014. Et aujourd’hui, avec la guerre en Ukraine, depuis l’invasion par la Russie, le 24 février 2022, on veut plafonner le prix du pétrole russe entre 40 et 60 dollars le baril. 

 Le problème c’est qu’il y a forcément des raisons impérieuses, et celles-ci ne s’embarrassent pas des conséquences qui vont suivre, et peuvent être très graves tant pour l’Occident que pour le reste du monde. Mais bon, passons. Tout d’abord regardons les récessions passées. Prenons la période qui a suivi janvier 2001 où les États-Unis sont entrés en récession et que les attentats du 11 septembre sont venus corser la situation économique de la superpuissance déjà affaiblie.
 

  1. Une formidable monétisation des déficits courants et publics par les États-Unis et l’Europe pour s’inscrire dans la croissance

 On a bien vu qu’entre 2001 et 2008 ou entre 2008 et 2014, le processus a été le même. Déverser des milliards de dollars pour la première période pour soutenir l’économie américaine et l’effort de guerre, la crise arrivée, de nouveau déverser des milliards de dollars pour la sauver cette fois de la crise des «  subprimes ». Deux phases historiques qui ont évolué de manière absolument corollaire, pour ainsi dire « mathématique », et en maintenant le même état d’esprit que le fut la première. « On guérissait le mal par le mal », l’excès d’argent qui a causé la crise spéculative par encore de l’excès d’argent. C’était finalement ce processus ou le chaos. En fait, on doit le mal, mais il faut relativiser ce mal qu’est l’argent ; il a permis durant la première période de doper l’économie mondiale, puisque l’Occident comme les pays du reste du monde ont gagné, la deuxième période, après 2008, c’est bien l’argent massivement injecté, les « quantitatives easing » des Banques centrales qui ont sauvé, qui ont remis sur pied leurs économies, et ce faisant, ils ont dopé les pays du reste monde, du moins les pays émergents et exportateurs de pétrole, jusqu’en 2014.

De plus, il faut le souligner, c’est la conjoncture mondiale qui l’a commandé ; il n’y avait pas d’alternative ; ni la Banque centrale américaine ni européennes n’y pouvaient rien ; elles devaient corriger le tir durant la deuxième période. Bien sûr, les économies américaines et européennes sont certes reparties, et c’est une vérité, mais « sur fond d’endettement ». 

 « Le problème pour les Américains est qu’ils doivent rembourser. » Ils n’ont pas le choix. Ils ont consommé plus qu’ils n’en avaient le droit. Beaucoup croient que la dette américaine n’est pas remboursable. Ils se trompent, les Américains doivent rembourser leurs dettes au reste du monde, sauf que le remboursement se fait selon les règles habituelles entre créancier et débiteur. Et surtout, et il ne faut pas perdre cette règle première de vue, « les États-Unis n’obligent pas les pays européens et les pays du reste du monde à investir dans leur économie, comme à acheter les titres de dettes publiques (bons de Trésor de différentes maturités en dollars) émis par le Trésor américain. De même les pays d’Europe n’obligent pas les pays du reste du monde à acheter des bons de Trésor européens en euros. Il y a une confiance entre les pays émetteurs de monnaies internationales et les pays du reste du monde, la grande majorité et qui ont besoin des monnaies internationales, aujourd’hui principalement le dollar US, l’euro et le yuan chinois, et accessoirement la livre sterling et le yen japonais.

 Cependant, aujourd’hui, le monde n’est plus aux années 1980 lorsque Paul Volcker a relevé le taux d’intérêt directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed) de 10% à 20%. Et brusquement le monde s’est trouvé comme par magie endetté. Nous connaissons la suite et les conséquences qui ont suivi, un endettement mondial qui a mis à genou les économies des pays en développement. Même l’Union soviétique endettée a été effacée de l’histoire, elle a cessé d’exister en 1991. Et sa périphérie européenne (pays de l’Europe centrale et orientale) est allée renforcer l’Europe de l’Ouest au point qu’aujourd’hui il n’y a plus d’Europe de l’Ouest mais d’Europe tout court et qui cherche même à s’agrandir de l’autre Europe voire même de la Russie (sait-on jamais ?). Et d’ailleurs cette expansion est à l’origine de la guerre en Ukraine, en 2022.

 Aussi donnons quelques chiffres pour connaître la situation financière de la première puissance économique du monde. Scindons la période 2001-2014 en trois phases pour comprendre le déroulement des événements. Comme on l’a dit, l’entrée en guerre des États-Unis, après le 11 septembre 2001, a été particulièrement nourrie par les liquidités monétaires déversées par la Fed. C’est ainsi que les déficits courants américains ont explosé, passant de -395 milliards de dollars en 2001 à -687 milliards de dollars en 2008. Le pic a été atteint en 2006, avec un total de -807 milliards de dollars – au plus fort de la guerre en Irak ; les tensions étaient extrêmes et les États-Unis menaçaient d’étendre la guerre à l’Iran. Ce n’est qu’à partir de 2007 lorsque la crise immobilière a fait son apparition aux États-Unis que le déficit de la balance des paiements courants a commencé à diminuer. A -719 milliards de dollars en 2007, -687 M$ en 2008, avec 1 M$ = un milliard de dollars. (1)

 Le déficit public américain, annulé en 1999, puis positif en 2000, à +0,8% du PIB américain (sous la présidence Clinton), a de nouveau augmenté. Il passe en 2001, à -1,4% du PIB, en 2002 à -4,8% du PIB, en 2003 à -5,9% du PIB… pour atteindre en 2008, -7,2% du PIB (-1042,416 M$).

 Quant à la dette publique américaine, sous la présidence de Bill Clinton, elle passe de 70,6% du PIB en 1993 à 48,1% du PIB (4646,941 M$) en 2000 ; elle a fortement baissé, de plus de 20%. Sous la présidence Bush, la dette publique a au contraire augmenté, passant de 50,7% du PIB (5214,495 M$) en 2001 à 78,1% du PIB (11307,318 M$) en 2008. (1)

Ces chiffres donnent une idée de l’évolution de la dette publique américaine. Après l’éclatement de la crise immobilière et financière en 2007-2008, commencent les programmes de quantitative easing. Mis en œuvre durant la crise (QE1), d’autres programmes de quantitative easing vont suivre après 2008. Le dernier programme (QE3) se termine en octobre 2014. Le déficit courant américain baisse fortement avec la récession en 2009 et passe à -381 milliards de dollars ; il atteint en 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, respectivement -444 M$, -459 M$, -461 M$, -400 M$, -411 M$. En 2015, le déficit courant est de -410 M$. Si les déficits courants diminuent, en revanche, les déficits publics explosent.

 En 2009, le déficit public américain est à -12,8% du PIB, soit 1884,032 milliards de dollars. Bien qu’il baisse en 2010, 2011, et 2012, il reste néanmoins élevé, et se compte respectivement à -12,2% du PIB, -10,7% du PIB, -9,0% du PIB. Ce n’est qu’en 2013 qu’il descend à -5,7% du PIB, soit -921,291M$. En 2014, le déficit public est à -5% du PIB.

 Quant à la dette publique, elle augmente mécaniquement. De 78,1% du PIB (11307,318 milliards de dollars) en 2008 à 92,5% du PIB (13615,075 M$) en 2009. En 2010, 2011, 2012, la dette publique américaine augmente encore et s’établit respectivement à 101,8%, 107,7% et 110,5% du PIB. En 2014, la dette publique s’établit à 110,1% du PIB, soit 18461,568 M$. (1)

 Que constatons-nous pour les deux périodes, c’est-à-dire celle des « subprimes » et celle des « quantitative easing » (QE1, 2, 3) qui ont suivi ? Que sous la présidence Bush et Obama, la dette américaine a plus que doublé en une décennie et demie. On est loin de la situation financière laissée par le président Clinton. Au vu de cette dégradation économique, force de dire que l’économie américaine a vécu une situation d’extrême faiblesse qui a nécessité une formidable monétisation des déficits courants et publics pour s’inscrire dans la croissance. Et le reste de l’Occident, dont l’Europe a suivi le processus avec aussi un endettement en hausse. Une question cependant : « Qui a profité aussi de ses déficits jumeaux ? »
 

  1. « Qui mène le jeu mondial, l’Occident ou le reste du monde ? », il va de soi que c’est l’Occident nonobstant l’endettement de l’Occident

 Les déficits de la balance courante et publics américains ont été colossaux, et se sont traduits par des pertes financières tout aussi colossales. Et donc un endettement extérieur américain colossal. La Chine en premier a profité de la guerre menée par les États-Unis au Moyen-Orient et son corollaire, son endettement qui a accompagné les dépenses militaires et la forte consommation intérieure. 

 En 2000, les réserves de changes de la Chine s’établissaient à 165,574 M$. En 2005, ses réserves de change quintuplent pour atteindre 818, 872 M$. En 2008, ses réserves de change ont été multipliées par 12 pour atteindre 1 966,200 M$. (1)

 Précisément, après la crise financière, les États-Unis entrent dans les fameux programmes de « quantitative easing ». Cette politique monétaire américaine non conventionnelle fait gagner la Chine près de 500 M$ d’excédents commerciaux, en 2009, alors que l’Occident est en récession. Certes, le taux de croissance de la Chine qui était de 14,2% en 2007, s’est abaissé en 2008 et 2009, mais il est resté toujours élevé, respectivement 9,6% et 9,2% du PIB. En 2010, de nouveau la Chine engrange près de 500 M$, ses réserves passent à 2914,154 M$. Ce n’est qu’en 2012, que le taux de croissance a chuté, il est à 7,8% du PIB (pratiquement de moitié du record qu’elle a battu en 2007). (2) Ses réserves de change continuent d’augmenter, et en 2014, elles s’établissent à 3 952,130 M$. (1)

 La Russie, pays exportateur de pétrole et de gaz, a aussi vu ses réserves passer de quelques dizaines de milliards de dollars en 2000 à 124,541 M$, en 2004. A la fin de la première période, les réserves de changes de la Russie ont presque quadruplé, elles s’établissent à 427,080 M$. Lors de la deuxième phase, elles culminent, en 2012, à 537,618 M$.

 L’Arabie Saoudite, premier producteur et premier exportateur des pays de l’OPEP, a vu ses réserves de change s’accroître. Elles s’établissent à 743 M$ en 2014. Les autres pétromonarchies arabes ont tous vu leurs réserves de change augmenter.

 L’Algérie, disposant de réserves de change minimes, et de surcroît endettée, redoutait même en 1998-1999 un nouveau programme d’ajustement structurel (PAS). Elle a déjà subi un PAS en 1994 et qui a mis 3 ou 400 000 travailleurs au chômage. Un nouveau PAS serait une véritable tragédie pour l’économie algérienne. Le baril de pétrole en 1998, il faut rappeler, est tombé très bas, à 10 dollars. Un minikrach pétrolier à l’époque, suite aux crises en cascades entre 1997 et 1998 (crise asiatique en 1997, crise brésilienne et russe en 1998).

 La première phase a été miraculeuse pour son économie. Ses réserves de change ont atteint 77,781 M$ en 2006. L’année suivante, elles passaient à 110,180 M$. Quant à la dette extérieure, elle a été en grande partie remboursée. De 58,3% en 1999, elle passait à 34,2% en 2003. Elle ne représentait plus que 3,6% du PIB en 2007. (3) Un record grâce à la hausse des cours pétroliers.

 Les réserves de change augmentaient encore en 2008, et à la fin de l’année, atteignaient 143,102 M$. Fin décembre 2009, elles augmentaient et passaient à 148,95 M$. A la fin de la deuxième phase, c’est-à-dire fin juin 2014, l’encours des réserves de change de l’Algérie s’élevait à 193,269 milliards de dollars, et la dette extérieure était très basse à 3,719 milliards de dollars. (3)

 Les réserves de change des pays émergents et des pays exportateurs de pétrole ont fortement augmenté durant les deux phases historiques en ce début de XXIème siècle, et similairement les dettes publiques et les déficits courants et publics aux États-Unis et en Europe ont fortement augmenté. Ce qui nous fait dire, par conséquent, que le reste du monde par les réserves de change qu’il détient, détient une partie importante de la dette publique et privée occidentale. Toutes ces réserves de change sont donc de la dette extérieure américaine et européenne émises par leurs Banques centrales occidentales.

Dès lors que les pays du reste du monde placent ses réserves de change aux États-Unis et pour des raisons de diversification en Europe, il rend les États-Unis et l’Europe débiteurs. Et le reste du monde devient de facto son créditeur, son bailleur de fonds ; mais il faut relativiser la situation du bailleur du fond qui est l’étranger. En effet, si le reste du monde peut aussi prélever des richesses de l’Occident en contrepartie de ses réserves de change, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ce reste du monde dépend des liquidités monétaires injectées par l’Occident. En fait : « Qui mène le jeu mondial, l’Occident ou le reste du monde », il va de soi que c’est l’Occident nonobstant l’endettement en hausse de l’Occident.

 Mais cette dette que détient le reste du monde sur les États-Unis et l’Europe est considérable, la question qui se pose : « ces deux grands pôles économiques du monde pourront-ils payer, pourront-ils rembourser leurs dettes au reste du monde ? » C’est là la problématique. Il ne s’agit pas de dettes publiques ou privées intérieures, mais de la dette extérieure ou position extérieure nette. On sait très bien qu’un Etat endetté sur le plan intérieur ne fait jamais faillite. Il a les pouvoirs financiers et monétaires, et malgré son endettement, il peut toujours faire reculer la dette en émettant d’autres emprunts – l’emprunt rembourse l’emprunt et l’inflation. Le Japon a une dette publique qui dépasse les 200%, dont 90% de la dette est détenue par les citoyens du Japon. La dette extérieure est très faible, et il est le deuxième détenteur de réserves de changes du monde après la Chine.

 Mais concernant la dette extérieure, tout Etat devient un obligé, il doit rembourser la dette car il y va de sa crédibilité, il doit donc rembourser ce qu’il doit. Un Etat en développement ou un Etat émergent ne poserait pas de problèmes pour le remboursement de la dette extérieure. S’il ne remboursait pas, il serait rapidement confronté à une situation extrêmement grave, qui deviendrait intenable. Son « isolement » – le pays refuse de payer – par les marchés financiers internationaux le mettrait dans l’alternative soit de payer, soit (s’il n’a pas les moyens) de « rééchelonner sa dette » et l’octroi d’un prêt financier en échange de conditionnalités (ouverture de son économie, privatisation, etc. qui constituent de véritables oukases, l’économie est dirigée de l’extérieur comme la Grèce aujourd’hui), soit s’il refuse de payer, le pays est poussé dans le chaos (sans argent, le pays s’installerait dans une guerre civile).

 La Malaisie lors de la crise asiatique en 1997 a pu se passer du FMI. Elle a procédé elle-même à des réformes sans l’appui du FMI, sans aide financière, mais sa dette vis-à-vis de l’extérieur a été honorée. Il ne pouvait être autrement sinon les marchés financiers se fermeraient. 
 

  1. Débat entre Jacques Attali et Jean-Luc Mélenchon sur la dette de la France et, par extension, la dette américaine

Pour un pays détenteur de monnaie internationale comme les États-Unis, l’Europe, le Royaume-Uni et le Japon, leurs dettes extérieures libellées en leurs monnaies ne les exemptent pas de rembourser, sinon le système monétaire international bâti sur leurs monnaies perdrait de sens.

 Dans une émission-débat (4) « Des paroles et des Actes entre Jean-Luc Mélenchon et Jacques Attali », les deux participants débattaient de la dette de la France.

Attali : « Si nous menaçons de cesser de payer notre dette, d’abord il faut se souvenir que à peu près la moitié de la dette de l’Etat français est détenue par des Français, donc on devra menacer aussi les épargnants français. (…) La moitié de la dette appartient à des Français, l’autre moitié appartient à des Européens et à des non-Européens. Voilà (…) Si nous décidions de cela. Pour qu’une menace de ne pas payer, il faut qu’elle soit crédible. (…) Si la France menace de ne pas payer, il faut que la France soit crédible. (…) parce que ce n’est pas crédible, Mr Mélenchon. Une menace qui ne peut pas être exécutée n’est pas crédible. Pourquoi elle ne peut pas être exécutée ? Parce que qu’elle est la première victime ? Parce que si on le fait, la première victime immédiatement c’est la France. Bien avant les autres. Bien avant les autres. (2 fois répétées) Mélenchon : « Pourquoi ? » Attali : « Parce que les taux d’intérêt augmenteront et on sera mort. »

 Mélenchon : « Cette dette (de la France) ne sera jamais remboursée, Mr Attali. Osez dire le contraire devant les spectateurs. (…) A aucun moment jamais dans l’histoire, des dettes de cette ampleur n’ont été payées. De la même manière que jamais les États-Unis d’Amérique ne solderont la masse de dollars qu’ils ont mis en circulation et qui ne correspondent à aucune valeur matérielle. Par conséquent, le monde entier est menacé par ce fait là. » Attali : « Absolument » Mélenchon : « A l’intérieur duquel se penche la politique des Français et la politique de l’Europe. Cette dette ne sera jamais payée, Mr ! Plus on essaie de payer cette date et moins on y arrivera. (…) Attali : « Ce qui veut dire que vous allez ruiner ceux qui ont prêté à l’Etat, y compris la moitié des Français. » Mélenchon : « De quelle manière peut-on solder une dette de cette importance ? Attali : « Par la croissance, par la guerre, par l’inflation. Voilà les trois façons. » Mélenchon : « Et vous oubliez un cas, c’est curieux vous ne l’avez pas prévu. Remboursez en faisant une politique d’austérité. C’est ce qu’il faut ». (…) Mélenchon : « Si la crise dure, c’est parce que nous refusons d’admettre cette évidence. Et vous Jacques Attali, vous le savez comme moi. Il y a donc quatre manières d’en sortir. Une qui est la mauvaise, c’est celle qu’on applique (l’austérité). Qu’est-ce qui reste ? La guerre ni vous ni moi ne la souhaitons. Qu’est-ce qui nous reste ? » Attali : « L’inflation ». Mélenchon : « C’est l’inflation qui m’intéresse. » Attali : « Alors, voyons, l’inflation, très bien, c’est une solution. » Mélenchon : « Vous préférez l’inflation ou la mort ? Je préfère l’inflation. » Attali : « Parfait » Mélenchon : « Chiffrez cette inflation. Menez le total des dettes européennes, monétisez par la Banque centrale européenne, combien d’inflation ? Quatre à cinq points. Et bien vive les quatre à cinq points et rendez-nous notre boulot, permettez-nous de vivre. Arrêtez nous de faire payer une dette que personne ne remboursera jamais. » David Pujadas : « Possible ou impossible, Jacques Attali » Attali : « J’ai beaucoup écrit sur cette question… » Mélenchon : « J’ai raison ou j’ai tort ? » Attali : « Vous avez raison à l’échelle européenne pas à l’échelle nationale… si vous faîtes ça en France (monétisation de la dette), vous condamnez la France à sortir de l’euro, ça ne marchera pas… Moi aussi, je suis favorable à un peu plus d’inflation mais faut avoir conscience de ce que ça signifie…. L’inflation, c’est un impôt sur les pauvres, sur les retraites des pauvres. Je dis que ça serait pire. C’est pour ça que l’inflation est bonne pour les jeunes et mauvaise pour les personnes de 40 ans parce qu’eux ont une épargne. Dès que vous avez une épargne, l’inflation est mauvaise. C’est pour ça qu’aujourd’hui dans la société occidentale en général, qui est une société qui a vieilli, le pouvoir a été pris par les seignors de plus de 40 ans. Et c’est pour ça que l’inflation est impossible aujourd’hui. » Mélenchon : « allemand » Attali : « pas seulement allemand, mondialement, et au Japon en particulier. » Pujadas : « Jacques Attali, impossible mais souhaitable d’après vous cette politique de l’inflation ? » Attali : « A l’échelle européenne, c’est une politique tout à fait possible » Attali : « L’inflation est jouable qu’à l’échelle européenne. » Mélenchon : « Nous sommes d’accord. Alors comment on peut s’y prendre ? » (…) Pujadas (au terme du débat) : « Jacques Attali, est-ce qu’on peut connaître votre méthode à vous si vous en avez une pour tenter d’y arriver. Puisque vous avez des objectifs communs. » Attali : « Je pense qu’il faut discuter très sévèrement avec les Allemands et proposer aux Allemands un plan très cohérent qui soit, un : se doter au niveau de l’Eurozone d’un pouvoir fédéral ayant les moyens d’emprunter et on peut emprunter 1500 milliards pour investir demain matin. Ça on peut le proposer. Je pense que ça n’a pas de sens si on ne fait pas en même temps une avancée politique et pour ça, je propose de séparer le parlement en deux, un parlement à 27, il est à Bruxelles, il doit y avoir un parlement à 17. » Mélenchon : « Ça ne m’a pas l’air plus rapide que ma méthode votre affaire. On peut emprunter 14 000 milliards d’euros parce que c’est le PIB annuel de l’Europe  » Attali : « Mais ça c’est ce qu’on emprunte déjà par les nations, on ne peut pas le compter deux fois. » Mélenchon : « Les États-Unis d’Amérique, combien de fois ont-ils gagé leurs PIB, Mr Attali ? » Attali : « Exactement une fois puisque la dette publique américaine est 100%, (Attali corrige) 110%, donc une seule fois. » Mélenchon : « C’est bien ce que je vous dis. » Attali : « Oui, mais nous, on l’a déjà fait au niveau des États. » Mélenchon : « Mais non, vous n’y êtes pas. L’organisme qui s’appelle l’Union européenne doit zéro euro. Donc vous transportez l’emprunt par l’Union européenne. Pour l’argent, il me suffit d’aller prendre n’importe laquelle des banques françaises et lui faire un emprunt forcé parce qu’elle emprunte un emprunt à zéro pour cent à la Banque centrale européenne. (…) Parce que sinon on pourrait emprunter autant que l’on voulait, et à 1%, et il ne l’a pas fait. » Pujadas : « Un dernier mot, Jacques Attali. » Attali : « je voudrais seulement préciser que pour moi tout ce qui a été dit est inapplicable si ce n’est pas au moins à l’échelle européenne. Mais j’espère qu’on le fera à l’échelle européenne, mais à l’échelle nationale, ça nous conduira à la Corée du Nord. »
 

  1. Attali et Jean-Luc Mélenchon, prémonitoires sur l’endettement de l’Occident et l’inflation

 

 Que peut-on dire de ce débat entre Jacques Attali et Jean-Luc Mélenchon ? Si on les écoute, puisque ce n’est pas possible à l’échelle nationale, mais possible à l’échelle européenne, et les deux participants sont d’accord, Jean-Luc Mélenchon propose de transporter l’emprunt à l’Union européenne, quelles conséquences vont-ils surgir ?

 En supposant même comme le dit Attali, que « l’Eurozone se dote d’un pouvoir fédéral ayant les moyens d’emprunter et on peut emprunter 1500 milliards pour investir demain matin », ou comme le dit aussi Mélenchon, « l’Union européenne pris dans son ensemble est une entité supranationale qui n’est pas endettée », ce qui est pratiquement le même raisonnement sauf qu’il est énoncé autrement, les conséquences seraient terribles pour l’Europe, pour les États-Unis, et pour l’Occident tout entier. 

 Que se passerait-il passé sur le plan mondial, si ce raisonnement était appliqué par la Banque centrale européenne (BCE) ? Et donc des liquidités en euros massivement injectées dans l’économie de la zone euro. Une monétisation en quelque sorte progressive des dettes publiques des pays membres de la zone euro en fonction des besoins de leurs économies. Il est évident que si l’Europe émettait 1500 milliards d’euros du jour au lendemain ou même échelonné dans le temps, le premier couac : « la monnaie européenne va fortement se déprécier sur les marchés financiers ». Que vont faire les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon lorsqu’ils verront leurs monnaies (dollar, livre sterling, yen) s’apprécier, entraînant de facto une perte de compétitivité dans les échanges commerciaux internationaux ? La riposte est forcée. Ils injecteront massivement des liquidités pour dégonfler cette appréciation monétaire qui les désavantage dans le commerce mondial. La Chine dont le yuan est aussi une monnaie internationale (monnaie qui compte dans le DTS du FMI depuis septembre 2016), agirait de même ; elle injecterait plus de yuans dans le système monétaire chinois, et la masse des yuans en plus injectés viendront sur les marchés monétaires mondiaux dégonfler le yuan ou renminbi et donc par, la dépréciation, donner plus de vigueur aux exportations de la Chine.

 Au bout du compte, cette masse de liquidités injectées par les grandes Banques centrales occidentales amènerait, et c’est ce qu’il faut souligner, « les excédents des pays émergents et des pays exportateurs de pétrole à exploser ». Nous aurons alors la Chine qui va voir ses excédents commerciaux annuels bondir. Emettre donc demain 1500 milliards d’euros qui seraient fatalement suivis par de fortes émissions monétaire américaine, britannique et japonaise, ne fera qu’augmenter les réserves de changes des pays émergents et exportateurs de pétrole. Et c’est ce qui s’est passé entre 2003 et 2014.

 Proposer un parlement de la zone euro ou créer un pouvoir fédéral en zone euro ne changerait rien à la donne sur le plan monétaire. Tout ce qu’il pourrait apporter une meilleure maîtrise budgétaire entre les pays membres de la zone euro, ce qui influerait positivement sur les déficits publics, et partiellement en politique monétaire. Et encore faudrait-il que ces pays membres aient à peu près la même compétitivité que l’Allemagne. Ou du moins se rapprocheraient. Le solde des dépenses et recettes publiques n’étant pas les mêmes. 

 Donc, dans le fond, créer de l’argent à partir de rien, « sans valeur matérielle », aiderait certes l’Europe mais n’apporterait pas de compétitivité face aux pays émergents qui ont un formidable réservoir de main-d’œuvre à faible coût. Et surtout « il augmenterait les déséquilibres extérieurs qui seraient redoutables pour la zone euro par la suite ». Pour preuve, les États-Unis qui ont un pouvoir fédéral, et de plus bénéficient du dollar qui est la monnaie de facturation du pétrole des pays d’OPEP et pour la plupart des matières premières, que n’ont ni la zone euro, ni le Royaume-Uni ni le Japon, « ont des difficultés aujourd’hui avec leur principal créancier, la Chine ».

 Dotés d’un « droit seigneurial » écrasant et unique au monde, les États-Unis n’arrivent pas, malgré la reprise économique et la baisse du taux de chômage (divisé par trois entre 2010 et aujourd’hui, passant de 10% à 3,5%), à se libérer de l’emprise de la Chine. Malgré le pouvoir du droit exorbitant du dollar qu’ont les États-Unis, la Chine a accumulé près de 4000 milliards de dollars en 2014, certes ils ont diminué, en 2021, elles se situaient à 3250 milliards de dollars, en octobre 2022, elles ont diminué, se fixant à 3030 milliards de dollars.

Si l’Europe était doté d’un pouvoir fédéral et créait 2000 milliards d’euros et qu’il faudrait multiplier au moins par quatre puisque les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon feront de même. En effet, c’est ce qui s’est passé dès mars 2020, avec la pandémie Covid-19, les États-Unis, à eux seuls, ont injecté, entre 2020 et 2021, environ 5500 milliards de dollars. Attali et Jean-Luc Mélenchon ont été dans un certain prémonitoire. La pandémie a réalisé leurs dires.

 Le problème majeur, ce sont les conséquences qui résultent des injections massives de liquidités en corollaire avec la hausse de l’endettement occidental. Le centre du problème avec tous les effets négatifs qui suivent est l’inflation, elle a pratiquement bondi partout dans le monde avec la hausse du prix de l’énergie et des matières premières, en particulier alimentaires. Et la situation en Occident a été catastrophique.

Le taux d’inflation aux États-Unis était de 1,371% en septembre 2020, il est passé à 5,390% en septembre 2021 et à 8,202% en septembre 2022. En Allemagne, le taux d’inflation était négatif en 2020, à -0,189%, il est passé à 4,064% en 2021 et à 9,991% en septembre 2022, presque à 10%. Et cette situation de forte inflation s’est généralisée à tout l’Occident, une situation qui rappelle les années 1970 avec les deux chocs pétroliers (1973 et 1979). (5)

C’est dire l’importance des politiques monétaires des Banques centrales occidentales qui aujourd’hui utilisent massivement les politiques monétaires non conventionnelles ou quantitative easing en anglais. Les politiques monétaires classiques sont abandonnées du fait qu’elles ne créent plus d’effet compte tenu de l’entrée massive des pays émergents notamment la Chine dans le commerce mondial.
 

  1. Pronostic pour l’économie mondiale 2023-2025

 

 On comprend pourquoi le prix de pétrole a été porté au sommet en 2022, et il reste toujours élevé ; il en est allé de même pour les prix des matières premières qui ont causé une formidable crise alimentaire dans le monde. La crise alimentaire, on l’attribue à l’embargo des céréales, en réalité, ce sont les injections massives des liquidités américaines par la Banque centrale américaine qui ont besoin de contreparties productives que, en grande partie, ce sont les pays du reste du monde qui le produisent. Et ces contreparties productives sont l’énergie (pétrole, gaz et produits pétroliers) et les produits de base (agricole, minerais, etc.).

 Aujourd’hui, les Banques centrales occidentales ont toutes relevé fortement leur taux d’intérêt, mis à part la Banque centrale du Japon qui l’a maintenu à -01%. Et la forte hausse du taux d’intérêt aux États-Unis suivie par les pays d’Europe mènera très probablement en 2023 à une récession mondiale, comme ce qui s’est passé lors de crise financière de 2008, les taux d’intérêt de la Banque centrale américaine et européenne étaient respectivement, au plus haut de la crise, 5,25% en 2007 et 4,25% en 2008. Qu’en sera-t-il en 2023 ? Avec le plafonnement du prix du pétrole que les Banquiers centraux occidentaux ainsi que les commissaires européens ont programmé entre 40 et 60 dollars aura des répercussions graves sur les pays OPEP et aussi sur la Russie. Cependant, si les produits de l’énergie et des produits de base vont fortement baisser, avec une demande mondiale morose et une récession mondiale, le monde va entrer en dépression.

Quelle sera alors la riposte des Banquiers centraux si la récession va fortement augmenter le chômage en Europe et aux États-Unis. De nouveau, l’histoire se répète. Injection massive de liquidités dans un contexte de quantitatives easing menés par les Banques centrales occidentales. Corollaire : de nouveau hausse de l’endettement des États-Unis, de l’Angleterre, de la zone euro, du Canada, de la Suède…, hausse des prix de pétrole et alimentaires et matières premières pour absorber les injections massives monétaires, sinon l’inflation en Occident monterait en flèche.

En 2022, la hausse des prix de l’énergie et des autres produits de base n’a absorbé qu’en partie les injections monétaires occidentales durant la « pandémie » tant celles-ci étaient massives pour répondre, sur le plan économique et financier, à la crise sanitaire mondiale. Ce qui explique la forte hausse de l’inflation. En revanche, les prochaines injections monétaires par les Banques américaine, européennes… qui seront massives, probablement en 2024-2025, seront beaucoup moindres par rapport à ce qui s’est passé durant la pandémie en 2020-2021. L’inflation aura faibli en 2023, et le sera encore après les mesures financières et monétaires pour la relance des économies occidentales. A moins que de nouveau une autre pandémie survienne et de même gravité que la précédente.

Aussi se pose la question : « Pourquoi l’Occident n’essaie pas de sortir de ces cycles économiques, d’une manière plus assurée, plus stable ? » Réponse : « Il faudrait qu’il y ait moins de guerres, plus du dialogue. Et probablement, il n’y aura pas de dialogue connaissant l’Occident complexe et dominant, tout au plus un dialogue forcé.

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

Notes :

1. États-Unis, Chine, Russie, Japon. Balance des paiements courants-Déficit/surplus public-Dette publique-taux de chômage-Réserves de change-Taux de chômage-PIB en milliards de dollars
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/etats-unis/balance-des-paiements-courants.html
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/etats-unis/deficitsurplus-public.html
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/etats-unis/dette-publique.html
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/chine/reserves-de-change.html
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/russie/reserves-de-change.html
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/etats-unis/taux-de-chomage.html
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/etats-unis/pib.html
http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/japon/dette-publique.html

2. La croissance chinoise au plus bas depuis 13 ans. 18 janvier 2013 http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/01/18/20002-20130118ARTFIG00299-la-croissance-chinoise-au-plus-bas-depuis-13-ans.php 

3. Tendances monétaires et financières au second semestre 2007-au second semestre 2008- au second semestre de 2009-au premier semestre 2014-au premier semestre 2015
http://www.bank-of-algeria.dz/html/notes7.htm
http://www.bank-of-algeria.dz/html/notes5.htm
http://www.bank-of-algeria.dz/html/notes1.htm
http://www.bank-of-algeria.dz/pdf/notedeconjoncture_n45.pdf
http://www.bank-of-algeria.dz/pdf/nc49.pdf

4. Jean-Luc Mélenchon assène la vérité à Jacques Attali – « La dette ne sera jamais remboursée ! » 20 août 2013
http://youtube-downloader-mp3.com/watch-jean-luc-mlenchon-assne-la-vrit—jacques-attali-quot-la-dette-ne-sera-jamais-rembourse-quot-id-KN5hNoUeYGY.html

5. Global-rates.com. Inflation
https://www.global-rates.com/fr/statistiques-economiques/inflation/indice-des-prix-a-la-consommation/ipc/allemagne.aspx





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