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Propagande de guerre, guerre de propagande (2)


La « question russe » a émergé comme une nouvelle ligne de fracture dans la société française, depuis surtout la dernière décennie. C’est un sujet de prédilection pour les opérateurs de la « guerre de l’information », qui est la formule polie pour nommer la manipulation des masses, de manière coordonnée et centralisée, c’était l’objet de la première partie de cet article. Je rappelle que ceci est public, et parfaitement admis par les représentants des institutions les plus officielles. N’en déplaise à Rudy Reichstadt et son orchestre…

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La manipulation passe évidemment par l’injection massive de propagande dans toutes les formes de médias, au sens le plus large, et celle-ci doit être adaptée à sa cible : à sa psychologie, à son univers culturel, à sa perception de la réalité. D’autre part, l’efficacité de la propagande est fonction de sa visibilité : la propagande la plus efficace est la plus insidieuse. Comme disait Jean Giraudoux : « La propagande est le contraire de l’artillerie : plus elle est lourde, moins elle porte ». 

Ceci implique plusieurs choses. La première est un simple principe d’économie de moyens. Pour faciliter le travail de la propagande et son efficacité, à moindre coût, il faut modifier la psychologie des individus, normaliser leur culture et contrôler leur perception de la réalité, en tirant tout ça vers le bas.

La deuxième conséquence, c’est qu’il ne faut pas rechercher de la propagande uniquement dans des articles de presse, mais bien dans toutes les productions socio-culturelles, et qu’il ne faut pas la limiter à l’apologie ou au dénigrement d’un camp, d’un parti ou que sais-je. Il ya une couche de propagande qui ne vise pas à changer les pensés des gens, mais à charger leur façon de penser, leur façon d’être.


La troisième conséquence me permet de répondre à un commentateur d’un de mes précédents articles, qui me disait (me reprochait) : « vous ne parlez jamais de la propagande russe ». Ma réponse, c’est « on ne tire pas sur une ambulance ». Y a-t-il une quelconque équivalence entre le « soft-power » des Etats-Unis et celui de la Russie en France ? Combien de films russes avez-vous regardé cette année ? Bien sûr, les Russes ont investi dans le domaine médiatique (RT, qui a cartonné à peu près partout), mais ceci n’agit que sur la surface des individus. Nous y reviendrons, mais en guise de conclusion provisoire, quand on parle de propagande en France, on parle d’abord et avant tout des Etats-Unis.

Enfin, il faut noter qu’il y a un aspect générationnel important dans ce phénomène. D’où sans doute le succès des concepts comme « boomer », « génération Y », etc, dans la soupe médiatique ambiante. Le temps d’exposition aux médias est sans précédent, plus on est jeune, plus on est façonné par la propagande, et par une propagande, car l’hégémonie culturelle américaine n’a atteint son degré de domination quasi-absolue que progressivement, et a franchi un seuil critique à partir des années 1980. C’est le début visible de l’agonie de la production culturelle française, cinéma, littérature, audio-visuel, politique, etc. 

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Quittons les considérations théoriques pour illustrer ces assertions. Commençons par cette anecdote : il y a quelques années, une discussion en terrasse avec mes camarades de bistrot. On me vante une série, racontant le destin croisé de personnages tout à fait « honnêtes » au début de l’intrigue, et qui, par des circonstances qu’ils ne maîtrisent pas, finissent par devenir de gros trafiquants de drogue. Tiens tiens, … Vous ne reconnaissez rien ? Ça ressemble beaucoup au pilier du calvinisme, qui façonne la psychologie américaine : la prédestination, qui s’oppose au libre-arbitre des luthériens et des catholiques.

Comment fait-on l’apologie du « néo-libéralisme » dans un documentaire animalier ? RMC me l’a montré, avec des gazelles, des lions et des combats de mâles. « Dans la nature, c’est une lutte sans merci pour la survie, etc. La version estropiée d’un darwinisme mal compris, qui sert souvent à « naturaliser » le « néo-libéralisme », à le justifier par une prétendue « nature humaine », l’homme étant aussi un animal après tout. Il y a en réalité énormément de collaborations dans la nature, qui sont indispensables au maintien des écosystèmes, c’est un domaine d’étude gigantesque et passionnant, qui a définitivement relégué ce darwinisme amputé au rang de charlatanerie. Détail intéressant, lorsqu’on se penche sur la biographie de notre ami Bill Gates, on découvre qu’il trouva sa vocation de « philanthrope » lors d’un safari en Afrique. Il dit lui-même « Nous étions venu voir Darwin en action »… Bref, je vous laisse faire des hypothèses sur l’origine de ces délirants mouvements « animalistes », et sur leurs motivations profondes, et sur le degré de lucidité de leurs militants.

Une dernière pour la route. Un nanar américain assez récent, « La momie » numéro je-sais-plus-combien qui se déroule vers le début du XXe siècle. Une scène de bataille entre nos héros occidentaux et des indigènes moyen-orientaux. A plusieurs reprises en seulement quelques minutes, on entend répéter par nos héros une variation de : « attention, il y a des civils parmi les insurgés ». Il faut faire passer cette idée : un insurgé n’est pas un civil et n’est pas un militaire. Il n’entre donc dans aucune catégorie du droit international, ni la protection des civils, ni les lois de la guerre concernant les militaires. Très pratique.


Propagande de guerre, guerre de propagande (2)

Bref, on peut multiplier les exemples à l’infini, mon propos est que la propagande à la Chuck Norris, ce n’est que la minuscule portion visible de l’iceberg de la propagande. Elle est partout, et de préférence dans les programmes les plus anodins. In fine, elle converge toujours vers le capitalisme sauce américaine, pour faire progresser dans les esprits son idéologie de fond : tout est produit (humains, enfants, nature, tout le « vivant »), et tout est marché (amour, enfantement, spiritualité, etc).

J’ai remarqué un phénomène intéressant à ce propos. À plusieurs reprises, j’ai entendu des individus répétant la doxa capitaliste me dire « moi, je ne fais pas de politique ». Tiens donc ? Soutenir le capitalisme, ce n’est pas de la politique ? Non, pour eux, c’est la « nature ». Bien joué Oncle Sam.

Dans la prochaine partie, j’aborderai enfin cette « question russe » en France, et j’espère montrer qu’être « pro-russe », nationaliste français, complotiste, etc, n’est en aucun cas un gage de ne pas servir la politique et les intérêts de la clique des capitalistes américains. Je conclue par cette citation d’Henry Kissinger :

Être un ennemi de l’Amérique peut être dangereux, mais en être un ami est fatal.





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