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Emmanuelle Bercot, Ma Reine !


« [Jésus, c’est…] un copain d’enfance. Catéchisme, confessions, messe le vendredi… il a rythmé ma primaire et mes années collège. J’ai aussi vu un nombre incalculable de fois le film « Jésus de Nazareth » [de Franco Zeffirelli, 1977, NDLR], que projetait la salle en bas de chez moi. Je découvrais, en images, l’histoire que j’avais tant écoutée. C’était magique. De toute évidence, mon amour du cinéma vient de là. » (Emmanuelle Bercot, « Le Pèlerin » le 28 août 2019).


Emmanuelle Bercot, Ma Reine !

L’actrice et réalisatrice française Emmanuelle Bercot fête son 55e anniversaire ce dimanche 6 novembre 2022. Elle a quasiment le même âge que Julia Roberts (qui les a eus le 28 octobre). Elle fait partie des rares acteurs qui sont en même temps réalisateurs, avec une solidité professionnelle pour ces deux cordes du même arc (cinématographique), et en plus, elle fait aussi partie des rares réalisatrices femmes à être autant récompensées ou honorées par la profession. À ces deux métiers, elle en rajoute également un troisième non négligeable, celui de scénariste, ce qui en fait une cinéaste quasi-complète. Celle qui aurait voulu être chirurgienne dissèque les âmes et les corps avec la même précision pour le bonheur des spectateurs.

Emmanuelle Bercot a reçu notamment deux prix du Festival de Cannes et le Prix de l’Âge d’or, et si elle n’a pas été récompensée, pour le moment, par un César, elle a quand même été nommée cinq fois, dont quatre fois en 2016 tant pour ses qualités d’actrice (meilleure actrice) que pour ses qualités de réalisatrice (meilleur film, meilleur réalisateur) et même de scénariste (meilleur scénario original).

Parmi les films longs-métrages qu’elle a réalisés (elle a réalisé aussi plusieurs courts-métrages qui ont été très remarqués comme « Les Vacances » sorti le 17 novembre 1999), on en peut citer six intéressants : « Clément » sorti le 4 juin 2003 (avec notamment Lou Castel et Jocelyn Quivrin), « Backstage » sorti le 16 novembre 2005 (avec Emmanuelle Seigner et Isild Le Besco), « Elle s’en va » sorti le 18 septembre 2013 (avec Catherine Deneuve et Claude Gensac), « La Tête haute » sorti le 13 mai 2015 (avec Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier et Rod Paradot), « La Fille de Brest » sorti le 23 novembre 2016 (avec Benoît Magimel et Sidse Babett Knudsen) et « De son vivant » sorti le 24 novembre 2021 (avec Catherine Deneuve, Benoît Magimel et Cécile de France). Pour tous ces films, Emmanuelle Bercot a non seulement été leur réalisatrice mais également leur scénariste ou coscénariste, et pour « Clément », elle a aussi joué le personnage principal (pas dans les autres films cités).

« Clément » est le premier long-métrage d’Emmanuelle Bercot, tourné en 2001 et présenté au Festival de Cannes de 2001 (il a reçu le Prix de la Jeunesse), réalisé pour la chaîne Arte mais sorti seulement deux ans après avoir longtemps refusé la censure de deux scènes d’amour qui faisaient scandale puisqu’il s’agit de relations devenues amoureuses entre une jeune femme trentenaire (Emmanuelle Bercot) et son filleul de 13 ans (joué par Olivier Guéritée). Emmanuelle Bercot voulait dépeindre l’anormalité des situations d’un amour impossible et pas du voyeurisme pédophile : la réalisatrice voulait parler d’amour, pas de morale. Ce film a aussi reçu le Prix de l’Âge d’or en 2003 décerné par la Cinémathèque royale de Belgique.

Dans « Elle s’en va« , Emmanuelle Bercot a choisi Catherine Deneuve comme personnage principale (elle allait devenir l’actrice fétiche de la réalisatrice) avec entre autres sa mère jouée par Claude Gensac et son petit-fils joué la Nemo Schiffman, le propre fils d’Emmanuelle Bercot). L’histoire est centrée sur le personnage de Catherine Deneuve.

Sélectionné hors compétition pour l’ouverture du Festival de Cannes en 2015, « La Tête haute« , qui raconte la vie très difficile d’un adolescent devenu délinquant, est sans doute le film d’Emmanuelle Bercot qui a reçu le plus de récompenses ou de citations (en particulier, il a reçu deux Césars 2016, celui du meilleur espoir masculin pour Rod Paradot et celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Benoît Magimel). Certes authentique, mais restant toujours dans le cadre de la fiction, le film ne fait pas documentaire comme cela aurait pu en être la tentation. C’est avec ce film très ambitieux qu’Emmanuelle Bercot est entrée dans le très petit cercle des auteurs qui comptent en France.

Laurent Aknin (du site avantscenecinema.com) le considère comme très réussi : « « La Tête haute » est tout sauf un film à thèse, et s’il en plaide une, c’est sans doute uniquement le rappel de la nécessité et de l’utilité des structures de centres éducatifs pour jeunes délinquants, en montrant l’incroyable patience et le dévouement (non exempt d’autorité et de stricte fermeté) des éducateurs. (…) Car le film de Bercot, et c’est la plus grande surprise, est fondamentalement optimiste. La cinéaste prend le parti et le pari de la réussite de l’éducation, de la possibilité pour un jeune pour qui a priori tout semble perdu d’avance de, comme dit le titre, relever la tête et marcher finalement en levant les yeux. Pour ce faire, elle semble toujours adopter la bonne distance et le bon point de vue. ».

Dans « La Fille de Brest« , Emmanuelle Bercot a repris le scandale du Mediator sous l’angle de la lanceuse d’alerte, la pneumologue Irène Frachon. C’est sa rencontre avec la pneumologue qui a convaincu la réalisatrice de tourner ce film alors que la société de production qui a produit « Backstage » lui avait proposé un tel film. Six ans ont été nécessaire pour comprendre le milieu médical, avec les rencontres au CHU de Brest. La fiction a été légèrement modifiée par rapport au livre d’Irène Frachon dont c’était l’adaptation. La seule critique de la pneumologue a été que le film n’évoque pas le Ministre de la Santé de l’époque, Xavier Bertrand, qui l’avait soutenue dès le début de son combat, notamment en commandant sur le sujet un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales. Le choix de Sidse Babett Knudsen, l’actrice qui a joué la Première Ministre dans la série danoise « Borgen, une femme au pouvoir », pour jouer le rôle d’Irène Frachon, lui a été conseillé par Catherine Deneuve. Sidse Babett Knudsen venait d’être « révélée » en obtenant le César de la meilleur actrice dans un second rôle pour le personnage de la jurée donnant la réplique au juge joué par Fabrice Luchini dans « L’Hermine » (de Christian Vincent) sorti le 18 novembre 2015.

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« De son vivant » est le dernier long-métrage d’Emmanuelle Bercot qui évoque le thème de la maladie et de la mort. Une mère (Catherie Deneuve) apprend que son fils, professeur d’art dramatique, encore jeune (Benoît Magimel), est atteint d’un cancer du pancréas en phase terminale et va donc bientôt mourir. Tourné à partir d’octobre 2019, le film a été en arrêt à partir de novembre 2019 en raison de l’AVC dont a été victime Catherine Deneuve pendant le tournage dans un hôpital (où elle a été immédiatement prise en charge), puis de la crise du covid-19. Le tournage a repris en juillet 2020. Sélectionné hors compétition au Festival de Cannes 2021, le film a reçu le César 2022 du meilleur acteur pour Benoît Magimel. Ce qui n’était pas du tout ordinaire dans ce film, c’est que c’était le véritable cancérologue qui a joué son propre rôle.

Pour le site du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), Emmanuelle Bercot a expliqué le 23 novembre 2021 : « Tout est parti de la volonté d’écrire un mélodrame pour Catherine Deneuve et Benoît Magimel [déjà ensemble dans « La Tête haute »]. Très vite, je savais qu’il allait s’incarner à travers une relation mère-fils marquée par le spectre de la mort. (…) Dans mon cinéma, la fiction prime toujours. Le réel ne fait que l’enrichir mais n’agit pas en surplomb. La première question était donc de savoir quelle histoire je voulais raconter. Comme beaucoup de gens, j’ai été moi-même confrontée dans mon intimité à la maladie. J’avais donc une matière documentaire à ma disposition. ».

Comme indiqué plus haut, Emmanuelle Bercot est aussi une actrice de grand talent, elle a joué dans environ une demi-cinquantaine de films. J’en retiendrai vraiment un seul qui m’a frappé, et j’en citerai un autre, deux qu’a réalisés Maïwenn Le Besco.

Je cite le premier « Polisse » (sorti le 19 octobre 2011) parce que si Emmanuelle Bercot a joué aux côtés notamment de Karin Viard, Marina Foïs, Maïwenn, Joey Starr, Wladimir Yordanoff, etc., elle a aussi collaboré avec Maïwenn pour le scénario (ce qui lui a valu une nomination aux Césars 2012 pour le meilleur scénario original ; et bien d’autres récompenses et nominations pour Maïwenn et ce film).

L’idée de faire jouer Emmanuelle Bercot dans le rôle principal de « Mon Roi » (sorti le 21 octobre 2015) était venue assez naturellement à sa réalisatrice et coscénariste Maïwenn ; elle l’a exprimé le 25 mai 2015 : « Oui, j’avais très envie de faire un film avec Emmanuelle, mais elle a pas mal hésité. Dès « Polisse », elle s’est mise à me hanter. (…) Elle me disait : « Pourquoi moi  ? Mais je suis pas belle, je suis pas si, pas ça ». Plus elle disait ça et plus je la voulais parce que c’est justement l’histoire d’une fille qui ne comprend pas pourquoi elle est choisie par un séducteur qui pourrait avoir n’importe quelle nana. Emmanuelle, c’est quelqu’un qui rigole très fort, son rire est très communicatif, j’adore ça. Elle pleure aussi très facilement, elle est très émotive. » (« Première »).

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« Mon Roi » est un film qui est entier. Il raconte les relations très tortueuses, torturées, chaotiques (c’est du Maïwenn), au sein d’un couple, Emmanuelle Bercot (Tony) et Vincent Cassel (Giorgio). Ce dernier met d’ailleurs mal à l’aise, tant Vincent Cassel se la joue à la Patrick Dewaere, l’air assez inquiétant et troublant, grand séducteur, macho à mort. L’histoire est finement racontée, sur deux unités de temps, la pendant convalescence de la femme séparée après une chute de ski, et, bien avant, lors de la rencontre tumultueuse avec l’homme. Ce film me paraît essentiel dans l’histoire des femmes. Il me trouble encore car à la place de la femme, j’aurais immédiatement quitté cet homme infidèle, sexiste, menteur, lâche, addict, et finalement, violent. Certes, il n’y a aucune réelle violence physique, mais une violence psychologique extrême. Et ce sentiment diffus que Vincent Cassel ne méritait pas Emmanuelle Bercot (leur personnage, bien sûr !).

La scène de la fin est intéressante aussi, qui va au-delà d’une narration conjugale, pour se rapprocher d’une chronique sociale : pourquoi elle, l’avocate, préfère-t-elle fréquenter ses camarades de convalescence qui sont beaucoup plus jeunes qu’elle (qui pourraient presque être ses enfants), beaucoup moins diplômés qu’elle, d’un milieu beaucoup moins aisé (habitant dans une « cité de banlieue »)… à fréquenter des avocats, des médecins, des artistes de son milieu ? Et la réponse de la personnage principale est simplement : parce que je me sens bien avec vous, je m’y sens à l’aise. Parmi les autres acteurs, on y retrouve aussi Isild Le Besco, la petite sœur de Maïwenn.

Comme l’expliquait Maïwenn plus haut, Emmanuelle Bercot était très réticente à l’idée de jouer de ce mélodrame : « J’étais persuadée, à tort, qu’à l’écran, le couple ne serait pas crédible. Un Cassel ne pouvait pas tomber amoureux d’une Bercot. ». Et Maïwenn a tenu à la détromper : « Emmanuelle a un regard très innocent qui correspondait exactement au personnage de Tony, qui a des rêves romantiques de petite fille : c’est pour ça qu’elle ne se remet pas de ce que lui fait vivre Georgio. ».

Le tournage fut très difficile et épuisant pour Emmanuelle Bercot qui vivait complètement ce qu’elle jouait : « Avec Maïwenn, on vit autant qu’on joue. On ne triche pas. Les scènes, très dures émotionnellement, me vidaient. ». Cet effort fut largement récompensé, d’abord par la vision de ce film excellent même si gênant (une rediffusion a eu lieu récemment sur une chaîne TNT, le 27 octobre 2022), ensuite parce qu’avec sa participation à ce film, Emmanuelle Bercot a reçu le Prix d’interprétation du féminine du Festival de Cannes 2015, autrement dit, elle a été consacrée reine du cinéma français en tant qu’actrice. Le petite fille est devenue princesse dans un conte de fée ! La prochaine rediffusion du film « Mon Roi » aura lieu ce jeudi 10 novembre 2022 à 23 heures 10 sur la chaîne Chérie 25.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Emmanuelle Bercot.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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