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« C’est le moment pour les start-up d’entamer leur régime »


Géraldine Le Meur, associée du fonds FrenchFounders et forte de près de 30 ans d’expérience dans les start-up, décrypte la conjoncture actuelle.

« Une crise arrive, tous les facteurs sont là ». Géraldine Le Meur n’a pas pour habitude de mâcher ses mots. Entre un contexte économique de sortie de crise Covid compliqué, la reprise de l’inflation et la guerre en Ukraine, « les mois et les années à venir vont être compliqués », prédit-elle. Prudente, elle ne privilégie aucun scénario, dans un environnement aussi compliqué « tout est possible ». Mais alors quel avenir pour les start-up, les levées de fonds et le capital-risque ?

L’heure est au pragmatisme. « On trie, on garde la crème, mais le régime n’est pas complètement low-fat et surtout on préserve le cash, pour être en capacité de tenir 24 mois. L’argent ne vient pas que des investisseurs, mais aussi des clients. C’est le moment de prendre une place vis-à-vis des compétiteurs, de gagner du terrain avec les bons alignements de chiffres, de revenus. Avant l’été c’est le moment de passer au régime, d’enclencher le body-summer de la start-up ! », conseille Géraldine Le Meur, avec humour et non pas sans sérieux.

« Je ne suis pas certaine que les start-up vont lever moins de fonds. L’argent est toujours là, il n’y a pas d’assèchement du marché. Mais d’autres critères vont entrer en jeu ». Cette redistribution des cartes n’inquiète pas Géraldine Le Meur, rompue aux soubresauts de la conjoncture économique. Elle a lancé sa première entreprise – on ne disait pas encore start-up – dans les années 1990, sans Business Angel ni capital risque. « Nous n’avions que des fonds propres, donc des critères de pragmatisme. Les start-up et investisseurs d’aujourd’hui vont renouer avec des éléments qu’ils ne prenaient plus en compte : l’Ebitda, le chemin vers la profitabilité, la croissance, le rééquilibrage des dépenses, la maîtrise du cash… On avait oublié le bon sens avec les années sans crise ». Une page se tourne. Après des années passées sous le signe de la conquête de parts de marché, quel qu’en soit le coût, les disrupteurs de business traditionnels vont devoir jouer avec les mêmes armes que ceux qu’ils viennent concurrencer. Les dépenses en marketing et communication sont revues à la baisse. Plus question de dépenser, ni d’embaucher, à tour de bras pour anticiper la croissance. Il faudra gérer au plus serré.

« La partie humaine va être compliquée pour beaucoup d’entrepreneurs qui vont être face à des choix compliqués et devoir tailler dans les effectifs. Le phénomène a commencé aux États-Unis et va traverser l’Atlantique. Ainsi ceux qui ont beaucoup recruté pour anticiper une valorisation haute auprès des fonds d’investissement risquent d’être obligé de trancher. Et mieux vaut effectuer des coupes franches que procéder par petits bouts. Il faut montrer qu’il s’agit d’un plan stratégique et accompagner ceux qui sortent. Aux États-Unis, des entreprises qui font des listes de gens qui sortent avec des qualifications, des recommandations. Sur le long terme, c’est très important », explique Géraldine Le Meur.

Toutes les start-up ne sont pas logées à la même enseigne. Celles qui sont positionnées sur des solutions logicielles destinées à générer des gains de productivité, du pouvoir d’achat pour les entreprises ou les ménages sont bien mieux positionnées. Contrairement aux « sympathiques », ces projets parfois un peu décalés sans réel modèle économique à court terme qui ont plus de risque de péricliter.

« Il faut regarder la réalité, quand on est entrepreneur ou investisseur. Mais il faut être optimiste pour assumer la prise de risque, même si elle est un peu plus calculée et un peu plus risquée en période de crise ». Et c’est dans la tempête qu’on voit les bons capitaines.



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