« Il faut se méfier de ce variant indien »

"Il faut se méfier de ce variant indien"

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La France va mettre en place « un isolement obligatoire » pour les voyageurs en provenance du Royaume-Uni, où le variant indien du coronavirus se diffuse. Pour le virologue et membre du conseil scientifique Bruno Lina, il est important de contrôler l’apparition de clusters et de poursuivre la vaccination à un rythme soutenu.

Faut-il craindre le variant B.1.617.2, dit indien ? La question est dans toutes les têtes depuis que le Royaume-Uni est confronté à sa propagation dans plusieurs régions, notamment les villes de Bolton et Bedford. Après l’Allemagne il y a quelques jours, la France a annoncé, mercredi 26 mai, qu’elle allait imposer « un isolement obligatoire » pour les voyageurs en provenance du Royaume-Uni, sans communiquer de date précise pour le moment.

À l’heure où les signaux repassent progressivement au vert sur l’ensemble du territoire français, le virologue et membre du conseil scientifique Covid-19, Bruno Lina, contacté par France 24, analyse la dangerosité de ce variant classé « préoccupant » dans le dernier bulletin de Santé Publique France.

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Le variant indien se diffuse au Royaume-Uni. On le dit encore plus contagieux que le variant britannique. Faut-il être inquiet ?

Le variant B.1.617.2 présente effectivement des caractéristiques qui semblent montrer une possibilité de transmission plus importante. Il y a eu au Royaume-Uni, grâce à la campagne de vaccination, une baisse très importante du nombre total de cas sur les trois premiers mois de l’année, mais il y a eu en même temps un arrêt, ou un arrêt partiel, des mesures barrières et une introduction répétée de ce variant indien qui a circulé dans un premier temps au sein des communautés indiennes du pays. Il touche désormais d’autres catégories de population, mais on voit qu’il s’agit de personnes non vaccinées ou n’ayant reçu qu’une seule dose. Par ailleurs, les premières données recueillies indiquent qu’il ne donne pas des formes plus sévères de la maladie.

Il faut donc se méfier de ce variant indien et essayer de contrôler au maximum l’apparition de clusters. La France est dans une bonne situation actuellement. Nous repérons bien les nouveaux clusters. Il est important de poursuivre une stratégie d’extinction en traçant toutes les personnes malades pour faire en sorte de casser les chaînes de contamination.

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Sait-on aujourd’hui si les vaccins ont démontré leur efficacité face aux variants, notamment indien ?

Oui, dans la plupart des cas, les vaccins sont efficaces. Encore une fois, les personnes touchées par le variant indien au Royaume-Uni sont des personnes non vaccinées ou qui n’ont reçu qu’une seule dose. C’est notamment le cas dans la région de Bolton, où l’on trouve des communautés parmi les moins vaccinées du Royaume-Uni. Cependant, la protection après la première dose apparaît moins efficace que pour d’autres variants, notamment le britannique. Mais avec les deux doses, les anticorps qu’on développe sont protecteurs au même niveau.

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Dans ce cas, pour être certain que la France atteigne une immunité collective, faut-il rendre la vaccination obligatoire, comme le recommande l’Académie de médecine ?

Il y a deux enjeux dans la vaccination : un enjeu individuel ou un enjeu collectif. Avoir une bonne couverture vaccinale nous permettrait de passer un été serein et je comprends pourquoi l’Académie de médecine souhaite rendre obligatoire la vaccination. Certains groupes sont particulièrement exposés et ils doivent être protégés : je pense aux soignants, aux services essentiels de l’État et aux personnes travaillant au contact du public. Peut-on arriver à convaincre les personnels indispensables qu’il est de leur devoir d’être vacciné ? Peut-on convaincre la population française qu’être vacciné, c’est un effort de fraternité ? C’est un choix politique qui devra être fait et qui, je le rappelle, n’est pas anticonstitutionnel puisqu’il existe déjà onze vaccins obligatoires pour les enfants.

Personnellement, j’ai peur de l’effet boomerang d’une telle mesure. Est-ce qu’en voulant faire la promotion de la vaccination, nous n’allons pas rendre plus audibles les anti-vaccins ? Par ailleurs, n’est-il pas trop tôt pour envisager un échec de la vaccination collective ? On observe actuellement une ruée dans les centres de vaccination. Le constat, c’est plutôt le succès que l’échec. Une fois qu’on aura vacciné tous les enthousiastes, on verra combien il en reste et ce qu’il faut faire.

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