Royaume-Uni: L’ancien bras droit de Johnson dénonce sa gestion de la crise du COVID-19


par Guy Faulconbridge et Elizabeth Piper

LONDRES (Reuters) – Boris Johnson et son gouvernement n’ont pas pris la mesure de la menace mortelle que représentait le nouveau coronavirus lorsqu’il s’est répandu à travers le monde début 2020 et ils ont fait preuve d’une lenteur désastreuse avant d’imposer un confinement en Grande-Bretagne, a déclaré mercredi Dominic Cummings, ex-conseiller du Premier ministre britannique.

Stratège de la campagne en faveur du Brexit en 2016 et de la victoire électorale écrasante de Boris Johnson en 2019, Dominic Cummings a déclaré, lors d’une audition devant une commission parlementaire à Londres, que Boris Johnson considérait initialement le COVID-19 comme une « simple histoire d’épouvante ». De même, plusieurs ministres de premier plan, dont le chef du gouvernement lui-même, étaient en vacances en février 2020, certains au ski, a-t-il souligné.

Le scepticisme de Boris Johnson était tel qu’il a même envisagé de demander au conseiller médical en chef du gouvernement, Chris Whitty, de lui inoculer le nouveau coronavirus en direct à la télévision pour rassurer la population, a ajouté Dominic Cummings.

« Le 14 mars 2020, nous avons dit au Premier ministre : ‘vous allez devoir instaurer un confinement’. Mais il n’y avait pas de plan de confinement, il n’existait pas », a dit l’ancien conseiller devant les députés.

Le confinement a finalement été mis en place au Royaume-Uni le 23 mars 2020, non sans soulever l’inquiétude de certains hauts fonctionnaires, a précisé l’ancien conseiller, qui a quitté le gouvernement après s’être brouillé avec le Premier ministre fin 2020.

« La Banque d’Angleterre, les hauts fonctionnaires du Trésor, les hauts fonctionnaires du Bureau du cabinet disaient : ‘nous devons réfléchir aux conséquences de ce confinement(…) Que se passera-t-il si les marchés obligataires s’emballent soudainement et deviennent fous et refusent de nous prêter?' », s’est remémoré Dominic Cummings.

Il a décrit un gouvernement britannique complètement désorganisé, dominé par la « pensée de groupe » et dirigé par des ministres tels que celui de la Santé, Matt Hancock, qui, selon lui, devrait être limogé pour avoir menti à la population et au gouvernement.

« Je pense que le ministre de la Santé aurait dû être limogé pour au moins 15 ou 20 raisons, notamment pour avoir menti à tout le monde à de multiples occasions, réunions après réunions, dans la salle du conseil des ministres et publiquement », a insisté Dominic Cummings.

Le ministère de la Santé a refusé de commenter immédiatement cette affirmation.

GESTION « DIFFICILE »

Selon Dominic Cummings, les pays occidentaux ont échoué lors de la crise du COVID-19 et les responsables britanniques ont refusé d’accepter de suivre l’exemple des puissances asiatiques en confinant le pays.

« Lorsque la population avait le plus besoin de nous, le gouvernement a échoué », a-t-il dit. « La vérité est que les ministres de premier plan, les hauts fonctionnaires, les conseillers principaux comme moi, ont manqué de manière désastreuse aux attentes légitimes de la population dans une crise comme celle-ci. »

L’ancien allié de Boris Johnson a ensuite présenté ses excuses aux familles des personnes décédées pour ses propres erreurs et celles du gouvernement britannique.

« La gestion de la pandémie a été difficile », a réagi Boris Johnson après les critiques de son ancien conseiller, ajoutant qu’à chaque étape, l’objectif était de minimiser le nombre de décès.

Boris Johnson, qui rejette les accusations d’inaction ayant entraîné des morts inutiles, a estimé qu’il fallait désormais se concentrer sur la campagne de vaccination.

Dans une série d’enquêtes, publiées l’an dernier, Reuters a rapporté plusieurs erreurs commises par le gouvernement britannique au début de la pandémie.

Ce dernier a tardé à repérer les infections et à mettre en place un confinement. Il a par ailleurs continué à rediriger les patients infectés des hôpitaux vers des maisons de retraite.

Avec près de 128.000 décès, le Royaume-Uni affiche le cinquième bilan officiel le plus lourd au monde lié au COVID-19.

(Guy Faulconbridge, Elizabeth Piper, Michael Holden, version française Hayat Gazzane)



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