les Argentins face à la spirale inflationniste


Une boucherie dans la banlieue de Buenos Aires, la capitale argentine, le 19 mai 2021.

Emilce Peralta ne sait pas vraiment : doit-elle glisser dans sa poche 500 pesos (4,30 euros au taux officiel) ? Un peu plus ? Ou le double ne sera-t-il toujours pas suffisant pour une course d’appoint à la supérette du quartier ? « On ne sait plus. Les prix augmentent tout le temps. C’est pénible », lâche cette employée de ménage dans le secteur public, âgée de 49 ans et mère de trois adolescents, à La Plata (60 kilomètres au sud de Buenos Aires).

Face à la folle course des prix (+ 46,3 % en avril 2021 sur un an), elle et son mari, Jorge Lorenzo, 50 ans, gendarme, font comme la majorité des Argentins depuis des années : ils bricolent et subissent. « On n’achète presque plus de yaourts ni de vêtements, c’est trop cher maintenant », remarque M. Lorenzo, tandis que la revalorisation des salaires ne suit pas le rythme de l’inflation.

Pendant l’été austral, la famille est partie une semaine en vacances. « Seulement parce qu’on nous a prêté un logement », précise le père de famille, qui, issu d’un milieu populaire, comme son épouse, ne cesse de souligner leur chance : ils ont un emploi tous les deux (11 % de la population est au chômage), leur activité est déclarée (un tiers du marché du travail est informel), et ils mangent à leur faim (42 % des Argentins vivent dans la pauvreté).

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Phénomène mondial, tiré par la reprise, l’inflation devrait marquer l’année 2021. Si cette augmentation généralisée gonfle encore un peu plus les prix argentins, « ici, cela n’a rien à voir », soupire Marina Dal Poggetto, économiste et directrice du cabinet de conseil EcoGo. « On enregistre en un mois ce que va peut-être connaître le monde en une année entière, elle-même exceptionnelle », alerte-t-elle. L’Argentine et l’inflation poursuivent une vieille histoire : en moyenne, la hausse des prix annuelle s’établit à 105 %, d’après un calcul de la chambre du commerce et des services effectué en 2018, portant sur… un siècle, un chiffre gonflé par des pics de fièvre, comme en 1989 (+ 3 079 %).

Profonde méfiance envers la monnaie nationale

« Depuis plus de dix ans, l’Argentine a une inflation qui dépasse 20 %, selon nos relevés », note Matias Rajnerman, économiste et directeur du cabinet de conseil Ecolatina. La cadence s’est accélérée ces dernières années : + 47,6 % en 2018, + 53,8 % en 2019, lors de la deuxième partie de mandat du gouvernement de droite de Mauricio Macri (2015-2019). La mise à l’arrêt de l’économie, du fait de la pandémie de Covid-19, a tassé l’inflation, qui s’est élevée à 36 % en 2020. Cependant, les prix s’affolent ces derniers mois et menacent d’ores et déjà l’objectif du gouvernement d’Alberto Fernandez (centre gauche) de maintenir une inflation à 29 % pour 2021.

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