trois nouveaux morts dans des manifestations commémorant un mois de soulèvement social


Des secouristes placent sur un brancard le corps d’un homme mort lors d’une manifestation à Cali, le 28 mars 2021.

La colère sociale qui gronde depuis un mois en Colombie ne faiblit pas et persiste à défier, dans les rues, coronavirus et répression policière. Et elle charrie son lot de drames.

Au moins trois personnes sont mortes, vendredi 28 mai, à Cali lors de manifestations, un mois exactement après le soulèvement du 28 avril contre un projet de réforme fiscale, vite abandonné, porté par le président de droite Ivan Duque, qui visait à augmenter la TVA et à élargir la base de l’impôt sur le revenu.

« Trois personnes sont malheureusement mortes (…) Cela s’est produit entre ceux qui bloquent et ceux qui voulaient passer » à travers une barricade érigée par les manifestants, a déclaré le maire de Cali, Jorge Ivan Ospina, dans une vidéo sur les réseaux sociaux.

Des vidéos sur les réseaux sociaux tournées sur le lieu du drame montrent un homme gisant dans une mare de sang et un autre homme à proximité, armé, harcelé par des manifestants. Les images montrent ensuite l’agresseur présumé, également à terre, après avoir été apparemment lynché.

« Une bagarre a entraîné cette situation folle de mort et de douleur. Nous ne pouvons pas permettre que de telles choses continuent à se produire à Cali. Nous ne devons pas tomber dans la tentation de la violence et de la mort », a ajouté M. Ospina.

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Ce nouveau bilan porte à 49 le nombre de morts, dont deux policiers, répertoriés par les autorités. Quelque 2 000 personnes ont été blessées et 123 sont portées disparues. L’ONG Human Rights Watch évoque jusqu’à 61 morts.

Des manifestations pacifiques le jour, rebelles la nuit

Des manifestations contre le gouvernement ont régulièrement lieu dans plusieurs villes de Colombie, comme dans la capitale Bogota, ce 28 mai 2021.

Depuis le début de la contestation, le scénario est presque toujours le même : le jour, les manifestations sont pacifiques et créatives, la nuit la rébellion se transforme en émeutes où mortiers d’artifice et cocktails Molotov se mélangent aux tirs à balles réelles.

Cette révolte sans précédent secoue les grandes villes, où sont érigés des barricades et des blocages d’axes routiers qui provoquent des pénuries et exaspèrent une partie de la population. Mardi, deux personnes sont décédées dans le sud-ouest du pays lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, et mercredi soir dans le sud de Bogota, une énième manifestation a fait 25 blessés parmi les civils et quatre parmi les policiers.

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Le gouvernement, malgré des médiateurs chargés de négocier avec le Comité national de grève, initiateur du mouvement, est incapable de désactiver une crise qui, pour l’instant, ne menace pas de le renverser.

Pendant un demi-siècle, le conflit avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a occulté une réalité devenue trop criante : selon la Banque mondiale, la Colombie se classe parmi les pays les plus inégalitaires en termes de revenus et possède le marché du travail le plus informel d’Amérique latine. L’état s’est concentré dans sa lutte contre les guérillas – perdure celle contre l’ELN et les dissidents des FARC – et a totalement délaissé la demande sociale.

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Retour de bâton

En 2019, un an après l’élection d’Ivan Duque, les étudiants étaient descendus dans la rue pour réclamer un meilleur enseignement public, gratuit, des emplois, un Etat et une société plus solidaires.

La pandémie a éteint la mobilisation en 2020 sans que le chef de l’Etat de 42 ans ne concède de trop grandes concessions. Le retour de bâton est d’autant plus fort, avec une pauvreté qui s’est accélérée pour atteindre 42,5 % des 50 millions d’habitants, la pandémie plongeant les plus vulnérables dans l’indigence.

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a exprimé vendredi « sa préoccupation et ses condoléances pour les pertes de vies humaines » survenues en Colombie et a « réitéré le droit incontestable des citoyens à manifester pacifiquement », à l’issue d’un rencontre avec son homologue colombienne, Marta Lucia Ramirez, en visite cette semaine à Washington.

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Le Monde avec AFP



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