en Jordanie, « tous les ingrédients sont réunis pour une explosion sociale »


Un jeune travailleur près de la place Jaafar, dans le quartier de Hay Al-Tafayleh, à Amman, en Jordanie, le 2 mai 2021.

Mohamad Halaiqah dirige le Conseil économique et social, organe consultatif chargé de conseiller le gouvernement et d’encourager les échanges entre secteurs privé et public. Il a été ministre et vice-premier ministre pour les affaires économiques au début des années 2000, durant les premières années au pouvoir du roi Abdallah II.

Le marasme social s’est aggravé en Jordanie avec la crise due au Covid-19. Quelles sont les principales dégradations que vous constatez ?

La pression vécue par les Jordaniens est sans précédent. Nous avons été durement touchés car notre situation économique n’était déjà pas brillante avant la pandémie. Sous son effet, 140 000 emplois ont été perdus. Chômage et pauvreté augmentent. Le secteur des services, pilier de l’économie, est fortement impacté. Le déficit budgétaire est élevé. Par le passé, les gouvernements augmentaient les impôts pour accroître les revenus, mais nous avons atteint les limites : les Jordaniens paient beaucoup de taxes. Notre dette a augmenté de façon spectaculaire, elle équivaut à près de 110 % du PIB. Les intérêts versés pour ces prêts sont de l’ordre d’1,5 milliard de dinars jordaniens [1,7 milliard d’euros] par an. La position géostratégique de la Jordanie n’aide pas non plus : nous sommes entourés par les troubles ou les mauvais amis.

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En 2019, il y avait l’ambition, en Jordanie, de relancer des relations commerciales régionales, notamment avec la Syrie. Pourquoi cela n’a-t-il pas eu lieu ?

Le commerce avec l’Irak [principal débouché économique du royaume jusqu’en 2014] n’a pas redécollé. Celui avec la Syrie reste minime, nous empêchant aussi de faire du transit terrestre vers le Liban, la Turquie et l’Europe. C’est essentiellement le résultat de pressions américaines et de la loi César [qui sanctionne toute transaction avec le régime syrien]. D’autre part, la politique syrienne envers la Jordanie reste crispée.

Avec les pays du Golfe, nous ne pouvons plus compter sur leur aide financière, comme par le passé. Le seul soutien majeur qui perdure provient des Etats-Unis. Et, sur notre flanc ouest, il n’y a pas de relations entre les sociétés jordanienne et israélienne. Les Jordaniens ne croient pas qu’Israël [avec qui la Jordanie a signé un traité de paix en 1994] veut la paix. Les seuls contacts notables se font entre cercles sécuritaires et militaires.

Quelles sont les conséquences sociales de la dégradation économique ?

La classe moyenne a toujours été la colonne vertébrale de l’économie et de la société jordaniennes – les somptueuses villas d’Amman ne représentent qu’un très petit pourcentage de cette société. Or, sa taille diminue : une partie glisse vers la pauvreté, avec autant de conséquences négatives pour la société, l’économie, les revenus de l’Etat… De même, des pauvres sombrent dans la misère : dans certains gouvernorats, la situation est vraiment mauvaise.

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