En Suède, la pandémie a relancé les débats sur la discrimination des seniors


Stig Larsson, 89 ans, reçoit une dose de vaccin Pfizer-Biontech, à Nyköping, en Suède, le 27 décembre 2020.

LETTRE DE SUÈDE

« On ne peut pas avoir une loi qui protège mieux Britt-Marie, 45 ans, qui passe son temps à la cafétéria, qu’un jeune prêt à travailler dur. » Grosse bourde ou sacré coup de pub pour le Mouvement des jeunes centristes suédois ?

En un tweet, le 18 mai, sa nouvelle présidente, Réka Tolnai, 22 ans, élue quelques jours plus tôt, a montré jusqu’où elle était prête à aller pour défendre les intérêts des jeunes, quitte à heurter le reste de la population – même quadragénaire –, et relancer la polémique sur l’âgisme et la discrimination des seniors, un phénomène jamais autant débattu en Suède que depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Pour comprendre la rancœur des plus âgés, il faut remonter au mois de mars 2020 : quand le reste de l’Europe et une bonne partie du monde se confinent, la Suède reste ouverte. Mais il est expressément demandé aux plus de 70 ans de s’isoler. Ils peuvent sortir faire de l’exercice, mais pas question d’aller faire des courses ou de se réunir.

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« Nous avons été traités avec condescendance, dénonce Christina Tallberg, la présidente de la principale association de retraités, Pro. On nous a présentés comme un groupe vulnérable, qu’il fallait protéger, sans prendre en compte qu’il y a de grosses différences entre les âges et les personnes. Mais nous n’avions plus notre mot à dire. Les responsables politiques et les autorités sanitaires se sont mis à parler au-dessus de nos têtes, comme si nous étions incapables d’avoir un avis. »

Hécatombe

Pendant ce temps-là, dans les maisons de retraite, c’est l’hécatombe. Si tout le monde le déplore, il n’est pas rare d’entendre, y compris dans la bouche d’officiels, que les personnes décédées étaient « très âgées » et seraient de toute façon « probablement mortes » dans les semaines ou les mois suivant.

Une enquête réalisée par l’inspection des services médicaux et sociaux a révélé, fin novembre 2020, qu’une toute petite minorité des résidents de ces établissements, contaminés par le Covid-19, avaient pu voir un médecin. Parmi ceux morts entre avril et mai de cette année, seuls 13 % ont été hospitalisés. Les autres sont morts dans les maisons de retraite, n’ayant souvent reçu que des calmants et des analgésiques.

Ingmar Skoog, professeur de gériatrie à l’université de Göteborg, y voit un effet de la perception du grand âge en Suède : « On semble avoir du mal à imaginer qu’un octogénaire, atteint de démence, puisse éprouver une certaine joie de vivre. On a donc décidé qu’il valait mieux épargner à certains un traitement douloureux et leur donner de la morphine, même si cela réduisait leur chance de survie. »

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