la tentation chinoise de Viktor Orban


Analyse. C’est une forme de recul, même si c’est encore loin d’être un abandon. Le premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban, a annoncé, jeudi 10 juin, qu’il allait soumettre à un « référendum » local son très contesté projet d’ouverture d’un campus de l’université chinoise Fudan à Budapest. Ces derniers mois, le projet est devenu le symbole du rapprochement de la Hongrie avec Pékin, également illustré par la décision d’importer massivement des vaccins Sinopharm, en dépit de l’absence d’accord de l’Agence européenne des médicaments, et la relance du projet de construction d’une ligne de chemin de fer chinoise vers la Serbie.

A la faveur de la crise due au Covid-19, le dirigeant magyar a pris des accents de plus en plus messianiques contre une Union européenne, assimilée à un « Occident » dont la Hongrie refuserait de faire partie, au profit d’un « Orient », constitué en réalité de tous les pouvoirs autoritaires, qu’ils soient russes, chinois ou turcs.

M. Orban a aussi déroulé le tapis rouge à Pékin en s’opposant plusieurs fois, à Bruxelles, à des prises de positions européennes communes sur la situation à Hongkong ou des Ouïgours. « Nous devons éviter la réémergence de politiques de guerre froide. Nous avons besoin de coopération, pas de boycotts, de sanctions, de sermons et de leçons », a justifié M. Orban dans un de ces communiqués où il défend mordicus son droit de veto.

« Une certaine amitié envers Pékin »

Cette prise de position « non alignée » peut certes convenir à toute une partie de l’opinion publique hongroise, convaincue de sa profonde unicité au sein de l’Europe, soulignée par cette langue si originale qui remonterait aux invasions venues d’Asie centrale. Le sondage publié mercredi 9 juin par le Conseil européen des relations internationales montre ainsi que la moitié des Hongrois « expriment une certaine amitié envers Pékin », sans se préoccuper du respect des droits de l’homme.

Dans les médias progouvernementaux, les commentateurs n’hésitent pas, pour défendre l’université de Fudan, à qualifier la réputée et anglophone université d’Europe centrale, qui a dû quitter Budapest sous la pression du pouvoir, de « réseau d’espions de [George] Soros », le milliardaire américain d’origine hongroise honni par M. Orban.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Hongrie, l’opposition s’unit pour essayer de battre Viktor Orban

Prévue pour ouvrir en 2024 sur un gigantesque terrain du sud de la capitale hongroise, la Fudan Hungary University est censée accueillir jusqu’à 6 000 étudiants et 500 professeurs. Cela ferait de l’antenne de cette université implantée à Shanghaï le plus gros projet universitaire chinois jamais construit en Europe. Selon des révélations du site d’investigation Direkt36, qui a eu accès au projet d’accord avec Pékin, le coût du projet atteindrait 1,5 milliard d’euros, dont 1,3 milliard financé par un prêt chinois. En échange, Budapest s’engagerait à faire travailler uniquement des entreprises de construction chinoises, ainsi que des ouvriers venus de l’empire du Milieu.

Il vous reste 49.39% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *