A Cucuta, en Colombie, le trafic des passeurs armés continue


Un soldat surveille le pont Simon-Bolivar à Cucuta (Colombie), le 2 juin.

L’homme en bermuda et bottes porte sur son dos les femmes qui veulent traverser la frontière sans se mouiller. « Je viens acheter de l’insuline », explique Edna, 46 ans, en posant ses pieds secs sur le sol colombien. Elle habite, côté vénézuélien, dans le village de Palotal. « Nous qui sommes de la région ne payions que 2 000 pesos [0,40 euro] pour passer, explique-t-elle. Les gens qui migrent ou qui transportent des marchandises payent évidemment beaucoup plus cher. » A qui ? « Aux hommes armés qui sont là », répond-elle en baissant la voix. Edna ne connaît ni leur nom ni celui du groupe auquel ils appartiennent. Au loin, un vieux camion avance cahotant sur les cailloux de la rivière. Les « trochas », ces dizaines de sentiers qui vont du Venezuela à la Colombie, hors du regard des autorités, restent très fréquentés.

La frontière longue de 2 200 kilomètres est officiellement fermée aux véhicules depuis 2015. Bogota, qui l’avait fermée au passage des individus au début de la pandémie de Covid-19, vient d’annoncer sa réouverture le 2 juin. La décision n’a pas été prise en concertation avec Caracas. Entre la République bolivarienne du Venezuela et la très à droite Colombie, les relations ont depuis longtemps tourné au vinaigre.

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Parti de la ville de Barquisimeto quatre jours plus tôt, Giovani a lui réglé 40 dollars (33 euros) aux passeurs armés. Une fortune, pour qui vit au Venezuela où le salaire minimum est de 2,50 dollars. Giovanni veut atteindre Bogota, à 660 kilomètres de là, à pied. « Ni la pandémie ni la fermeture de la frontière n’ont mis fin à l’exode vénézuélien », constate Victor Bautista, secrétaire départemental aux frontières et à la migration.

Tous les jours, 400 migrants en moyenne franchissent illégalement la frontière. La Colombie, où se sont établis plus de 1,7 million de Vénézuéliens en cinq ans, en reçoit 12 000 de plus tous les mois. Le gros du trafic humain se fait ici, entre le département colombien du Norte de Santander et l’Etat vénézuélien du Tachira.

« Craintes sanitaires »

« La fermeture des points de passage officiels a été un cadeau pour les groupes armés et autres mafias qui contrôlent des pans entiers de la frontière », considère le chercheur Jorge Mantilla, spécialiste du crime organisé. Les autorités colombiennes locales l’admettent, en privé. « Les groupes armés assument en toute impunité les fonctions étatiques que sont le contrôle migratoire et le service des douanes », ironise un fonctionnaire dans la ville colombienne de Cucuta. La situation n’est pas complètement nouvelle : depuis des décennies, les contrebandiers d’essence, les trafiquants de drogue, les guérillas et autres mafias ont pignon sur frontière. « Faut-il que la crise soit terrible au Venezuela, pour que les Vénézuéliens migrent dans un pays comme la Colombie », remarque M. Mantilla.

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