Des millions d’Américains menacés d’expulsion, en pleine flambée du variant Delta


Des millions de familles américaines qui n’ont pas pu payer leur loyer depuis des mois à cause de la crise risquent d’être expulsées de leur logement à partir de samedi 31 juillet, alors qu’expire le moratoire qui les protégeait. Vendredi, les élus de la Chambre des représentants n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un délai supplémentaire pour les locataires en difficulté. Il y a pourtant urgence, d’autant plus en cette période où le variant Delta fait de nouveau flamber les cas de Covid-19.

Une commission parlementaire avait proposé d’aller jusqu’au 31 décembre, mais ses soutiens n’étaient pas suffisants. Un sursis jusqu’au 18 octobre avait alors été soumis à la discussion. « Malheureusement, pas un seul républicain ne soutient cette mesure. (…) Il est extrêmement décevant que les républicains de la Chambre et du Sénat aient refusé de travailler avec nous sur cette question », a déploré vendredi soir la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, dans un communiqué. « Il s’agit d’une préoccupation de santé publique », avait ainsi déclaré Karine Jean-Pierre, porte-parole de la Maison Blanche, lors du point presse quotidien le même jour. Les élus de la Chambre des représentants sont désormais en vacances jusqu’à la fin du mois d’août, et seront suivis par les sénateurs une semaine plus tard, éloignant tout espoir au sujet d’un accord rapide.

Selon le Center on Budget and Policy Priorities, un institut de recherche indépendant, ce sont plus de 10 millions d’Américains qui sont en retard sur le paiement de leur loyer. Et quelque 3,6 millions de locataires estiment qu’ils risquent de se faire expulser dans les deux mois, selon une étude du bureau des statistiques (Census) réalisée au début de juillet auprès de 51 millions de locataires.

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Le président, Joe Biden, avait lui aussi demandé jeudi au Congrès d’étendre ce moratoire. Mais les critiques fusent, beaucoup lui reprochant d’avoir attendu le dernier moment. « Nous sommes à trois jours de la fin du moratoire inconstitutionnel sur les expulsions du CDC [centres de prévention et de lutte contre les maladies], et quelle est la solution du président Biden ? Blâmer la Cour et appeler le Congrès à y remédier », avait déploré le vice-président républicain de la commission des services financiers de la Chambre des représentants, Patrick McHenry, en ajoutant que les membres républicains de cette commission avaient mis sur pied un texte pour pouvoir prolonger le moratoire, sans avoir reçu aucune réponse.

Aide financière bloquée

Cette suspension des expulsions avait été mise en place en septembre 2020, par les centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), la principale agence de santé publique des Etats-Unis, puis prolongée à plusieurs reprises.

« Garder les gens chez eux et hors des lieux surpeuplés ou de rassemblement – comme les refuges pour sans-abri – en empêchant les expulsions est une étape-clé pour contribuer à arrêter la propagation du Covid-19 », argumentent les CDC sur leur site Internet. Mais une décision de la Cour suprême, en juin dernier, stipule que la reconduction devra être adoptée par le Congrès, et non plus décidée par les centres.

Ce moratoire succédait à celui prévu en mars 2020 par l’administration Trump, pour éviter aux millions de personnes qui avaient perdu leur emploi à cause de la pandémie de se retrouver à la rue. Mais, selon les CDC, il « ne concernait pas tous les locataires ».

Pour ajouter à cette situation kafkaïenne, l’argent prévu par le gouvernement fédéral pour aider les locataires en difficulté à payer leur loyer peine à arriver sur leurs comptes en banque. Il est versé aux Etats et collectivités locales, chargés ensuite de distribuer l’aide aux ménages. Or, cela nécessite la mise en place de systèmes complexes pour recueillir les demandes, vérifier les situations, verser l’argent… Ainsi, sur les 46 milliards de dollars prévus par le gouvernement, dont 25 milliards déboursés au début de février, 3 milliards seulement sont arrivés à destination.

Le Monde avec AFP



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