Pékin veut punir la Lituanie pour sa relation privilégiée avec Taïwan


Le ministre des affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu, lors d’un point de presse à Taipei, le 20 juillet 2021.  Cette image est extraite d’une vidéo du ministère.

Furieuse que la Lituanie accueille sur son sol un bureau de représentation commerciale de Taïwan, et non de Taipei – du nom de la capitale de l’île –, comme elle en a imposé l’usage, la Chine a rappelé mardi 10 août son ambassadeur dans cet Etat balte membre de l’Union européenne. L’ambassadrice lituanienne a annoncé mercredi qu’elle quittait la Chine, à la demande de Pékin. La porte-parole du ministère des affaires étrangères chinoises, Hua Chunying, a condamné, mercredi 11 août, un geste qui « enfreint la souveraineté et l’intégrité territoriale chinoise et va à l’encontre du principe de la Chine unique ».

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Ce premier acte de rétorsion chinoise intervient un peu moins d’un mois après que Taïwan et la Lituanie ont annoncé leur projet d’ouvrir un bureau dans leurs capitales respectives, comme Taïwan en possède dans 57 pays avec lesquels le pays n’entretient pas de relations diplomatiques. Ceux-ci ont pour nom « bureau de représentation de Taipei » et font office d’ambassades de facto : comme pour les Jeux olympiques, où les athlètes de l’île concourent sous le nom de « Chinese Taipei », il s’agit de maintenir la fiction d’une seule Chine – puisque le nom officiel de Taïwan est la République de Chine, reconnue par quinze petits pays, parmi lesquels le Vatican – tout en permettant à l’île d’exister comme entité distincte de celle de la Chine.

Partenaire économique adapté

Dans un éditorial publié le 11 août, le quotidien nationaliste chinois Global Times fustige un « comportement extrêmement imprudent » de la part de Vilnius, et propose que « la Chine et la Russie coopèrent pour punir la Lituanie » : « Si la Lituanie persiste, la Chine doit se préparer à une rupture des relations. En outre, la Chine devrait se joindre à la Russie et à la Biélorussie, les deux pays qui bordent la Lituanie, pour la punir », lit-on. La veille, le rédacteur en chef du journal, Hu Xijin, avait décrit la Lituanie comme un « pays fou et minuscule rempli d’angoisses géopolitiques » à la botte des Etats-Unis.

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Le choix par Vilnius d’accepter de nommer cette représentation « bureau taïwanais » tout en risquant l’ire de la Chine résulte de plusieurs considérations : la Lituanie fait partie des pays d’Europe du Nord et de l’Est dont les yeux se sont dessillés, à l’occasion de l’épidémie de Covid-19, vis-à-vis du géant chinois, et qui se sont rapprochés de Taïwan, même s’ils ne le reconnaissent pas formellement d’un point de vue diplomatique. Non seulement Taïwan partage leurs valeurs démocratiques, mais l’île s’avère un partenaire économique plus adapté en matière d’échelle et de niveau de développement. En outre, les représailles exercées ces dernières années par la Chine contre des pays européens aussi établis que la Suède leur ont montré combien elle pouvait être imprévisible.

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