Au Cameroun, la garde à vue de Rebecca Enonchong suscite une vague d’indignation


Rebecca Enonchong, fondatrice d’AppsTech.

Rebecca Enonchong a passé, jeudi 12 août, sa troisième nuit en garde à vue à la légion de gendarmerie de Douala. La fondatrice d’AppsTech, une société spécialisée dans les logiciels de gestion d’entreprise ayant des clients dans plus de 40 pays, est accusée d’« outrage à magistrat » par le procureur général près la cour d’appel du Littoral. Une mise en cause très politique, selon les soutiens de l’entrepreneuse camerounaise de 54 ans.

D’après l’un de ses avocats, Sylvain Oum, interrogé par Le Monde Afrique, Rebecca Enonchong avait « simplement émis le souhait » que les différentes procédures judiciaires dans lesquelles elle est impliquée soient jointes et confiées à un seul magistrat. « Le procureur général a manifestement estimé qu’en demandant cela, elle lui donnait des ordres », note Me Oum.

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L’arrestation de cette diplômée de l’Université catholique d’Amérique, à Washington, par ailleurs cofondatrice d’African Business Angel Network, un groupe d’investisseurs qui financent les entreprises innovantes, a suscité une vague d’indignation au Cameroun. Défenseurs des droits humains, lanceurs d’alerte, hommes et femmes politiques, diplomates, internautes… Sur les réseaux sociaux, les appels à la libération de « la tata nationale » se multiplient depuis mardi. Beaucoup relaient également sur Twitter le hashtag #FreeRebecca depuis mercredi.

« On veut nous faire taire »

« C’est incompréhensible qu’elle passe trois jours à la gendarmerie pour une histoire d’outrage à magistrat », souligne Kah Walla, présidente du Cameroon People’s Party (CPP, opposition), qui a lancé l’alerte sur sa détention : « Alors que nous sommes en train de travailler à la faire sortir, on a l’impression que d’autres personnes font tout pour qu’elle soit maintenue en garde à vue sur la base de ses critiques envers le régime. »

Rebecca Enonchong est en effet connue pour ses prises de position acerbes envers le pouvoir de Paul Biya, président depuis trente-huit ans. Elle dénonce régulièrement la corruption, les arrestations arbitraires de journalistes, d’opposants, de militants… Récemment, elle a écrit, avec 19 autres Camerounaises, au Fonds monétaire international (FMI) et au Conseil de sécurité de l’ONU pour demander au premier d’enquêter sur le détournement des aides versées au Cameroun pour lutter contre le Covid-19 et au second d’intervenir dans la guerre civile qui oppose les séparatistes et les forces de défense et de sécurité dans les régions anglophones du pays.

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« Son militantisme fait d’elle la cible aujourd’hui », assure Maximilienne Ngo Mbe, directrice du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac), qui a aussi été convoquée par la gendarmerie : « Sous prétexte d’outrage à magistrat, Rebecca a passé trois jours séquestrée. La justice est devenue un problème pour les Camerounais. Une banale affaire familiale ou un problème au quartier peuvent être instrumentalisés. On veut nous faire taire. » Contacté, le ministère de la justice n’a pas donné suite.



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