les vétérans français confient leur tristesse après le retour des talibans


Le sentiment d’avoir risqué sa peau pour rien. Pendant ses treize ans de présence en Afghanistan au sein de la coalition – de 2001 à 2014 -, la France a déployé 70.000 soldats sur place. Elle en a d’ailleurs perdu 90. Ce mercredi, quelques jours après le triomphe des talibans à Kaboul, des vétérans confient leur désarroi à BFMTV.

Ils y ont pourtant remporté des succès, mené de hauts faits-d’armes, vécu des moments de bravoure que personne ne peut ni leur enlever ni leur contester. Il y a eu, entre autres, la victoire à l’issue de la bataille d’Alasaï, les opérations menées à bien comme Storm Lightning entre autres exemples, les sacrifices bien sûr. Aujourd’hui cependant, le retour triomphal des talibans à Kaboul et le rétablissement de leur régime en Afghanistan, transforment jusqu’au souvenir qu’ils ont de leur passé.

Des vétérans des troupes françaises déployées en Afghanistan durant les treize ans – de 2001 à 2014 – de la présence de la France sur place ont confié à BFMTV leur tristesse, leur incompréhension et le sentiment de l’inutilité qu’ils ressentent à l’occasion d’un reportage diffusé ce mercredi.

« L’Afghanistan fera toujours partie de nous! »

Au total, en treize ans, ce sont 70.000 soldats français qui ont posé le pied en Afghanistan pour apporter leurs bras à la coalition internationale contre les talibans. Quatre-vingt dix y sont morts, et 700 sont revenus blessés. François Pellegrin était l’un d’entre eux. Sa blessure physique d’ailleurs aggravée d’un trouble post-traumatique.

« On n’avait pas fini la mission. La preuve en est, c’est qu’à l’heure actuelle, le régime revient au pouvoir », déplore-t-il.

Des mots typiques d’un vétéran lui viennent vite en bouche: « L’Afghanistan fera toujours partie de nous! On a vraiment vécu des choses intenses là-bas ». « On se sentait vraiment utiles », explique-t-il.

Sentiment d’inutilité et de gâchis

C’est bien là le sentiment lancinant qui ne quitte plus les anciens de l’Afghanistan, depuis qu’ils ont vu les talibans balayer l’armée régulière en quelques semaines d’une campagne foudroyante, puis reprendre Kaboul dimanche et y rasseoir leur pouvoir.

« La question qui se pose, c’est: ‘Est-ce que j’ai servi à quelque-chose?’ Localement, quand j’y étais, j’avais l’impression que oui mais plus de dix ans plus tard, je me rends compte que ce que j’ai pu faire moi personnellement n’aura servi à rien. » C’est Olivier Ferrari qui s’interroge cette fois auprès de BFMTV. Il était navigateur de combat. En d’autres termes, il prenait position dans un avion de chasse et en dirigeait le vol, la trajectoire.

Il poursuit: « Quand j’ai vu les images des talibans… Oui, ça m’a remué. Ça m’a remué, parce qu’il y a douze ans, j’y étais, et dans le même cadre mais dans un camp opposé. »

Il ressaisit cette scène au vol: « Ce que je veux dire, c’est que c’était une victoire des forces françaises sur place, nous avions réussi à libérer des talibans la vallée d’Alasaï après dix jours de combat, donc le fait de les voir parader sur place 12 ans plus tard, ça m’a fait mal. Surtout quand je pense aux proches des morts qu’on a eus à ce moment-là. »

« Je ne peux pas m’empêcher d’avoir un sentiment de gâchis. Dans mon for intérieur, je me suis dit: ‘Tant de sang, de sueur et de sang français versé pour en arriver à revoir la même chose un peu plus de dix ans plus tard…’ », se tourmente Olivier Ferrari.

Il synthétise: « J’ai eu l’impression que l’histoire avait fait un tour complet et qu’on était revenu vingt ans en arrière ».

L’écoeurement

L’histoire se répète donc, et se rappelle au mauvais souvenir de tous. « Je suis complètement écoeuré », lâchaît Jean-François Buil mardi sur BFMTV. Son fils, Damien, est tombé avec neuf autres Français dans l’embuscade d’Uzbin, le 18 août 2008.

Ces temps-ci, il « s’attendai(t) un peu » à cette tournure des événements, et il pense que le tableau actuel n’est «  »malheureusement qu’un début ». Un fatalisme qui ne l’empêche pas de se sentir « lapidé » par les images de la restauration talibane. « Je ne comprends pas du tout, (…) quand je pense à tout ces soldats. Ce sont 3500 soldats de l’Otan et américains qui sont décédés là-bas », compte-t-il.

La bienveillance puis l’écroulement

Au cours des derniers mois, Antoine Daoust a souvent fréquenté les médias. Mais pour représenter le site de fact-checking qu’il a cofondé, Fact & Furious, dont l’action est souvent sollicitée par les rumeurs autour du Covid-19. Pas tellement pour évoquer son autre casquette. Ex-militaire, il a été envoyé pour six mois en Afghanistan. C’était en 2008, dans le cadre de l’opération Tamour.

Lui préfère se rappeler les relations harmonieuses entre son unité et les habitants. « On a toujours été très bien accueilli par la population afghane. Les Afghans savaient que notre présence était temporaire donc ils n’avaient absolument rien contre elle », dit-il, avant d’illustrer: « Ils ont toujours été bienveillants à notre égard, et n’ont jamais hésité à nous transmettre des informations sur des caches ou la présence de chefs régionaux aux alentours. »

Résignation, sidération… ou sympathie. La progression si rapide, en apparence si facile, des talibans jusqu’au sommet du pouvoir force désormais les observateurs à se questionner sur l’attitude de certains Afghans quant à leurs nouveaux dirigeants, et peut-être sur ce qu’il reste de leur « bienveillance » envers ceux qui luttaient pour les en protéger. La faute à la faillite d’un Etat afghan qui n’a jamais su se suffire à lui-même, et s’est enlisé dans la faillite et la corruption. Un pouvoir que des étrangers auront dû soutenir tout du long, parmi lesquels nos témoins. Et qui s’est effondré aussi sec quand il s’est agi de le laisser se tenir sur ses propres jambes.

Robin Verner

Robin Verner Journaliste BFMTV



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