Le journaliste américain Danny Fenster libéré par la junte birmane


Agé de 37 ans, Danny Fenster, ici en 2020, qui travaille pour le magazine « Frontier Myanmar », avait été arrêté le 24 mai à l’aéroport international de Rangoun alors qu’il tentait de quitter le pays.

Après cent soixante-seize jours de prison, le journaliste américain Danny Fenster va rentrer aux Etats-Unis. Il a été libéré et sera expulsé du pays sous peu, a déclaré lundi à l’Agence France-Presse (AFP) une source gouvernementale birmane. « Il est certain qu’il est libéré, mais nous n’avons pas pris contact avec lui et ne pouvons rien dire pour l’instant », a déclaré l’éditeur de Frontier Myanmar Sonny Swe.

Sa libération a été obtenue par Bill Richardson, l’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique et secrétaire à l’énergie dans l’administration Clinton, et ambassadeur des Etats-Unis a¥ux Nations unies. M. Richardson affirme avoir négocié cette libération lors d’une visite en Birmanie, au cours de laquelle il a eu des entretiens en tête-à-tête avec le général Min Aung Hlaing, le chef militaire qui a renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi. Les deux hommes ont discuté de la livraison de vaccins contre le Covid-19 et de matériel médical.

Condamné à onze ans de prison

Agé de 37 ans, le journaliste, qui travaille pour le magazine Frontier Myanmar, avait été arrêté le 24 mai à l’aéroport international de Rangoun alors qu’il tentait de quitter le pays, et était détenu à proximité de Rangoun, la capitale économique, dans la prison d’Insein avec de nombreux prisonniers politiques. Il était le premier journaliste occidental à être détenu depuis des années en Birmanie. Vendredi 12 novembre, il avait été condamné à onze ans de prison « pour incitation à la dissidence, association illégale et violation de la loi sur les visas », avait déclaré à l’AFP son avocat, Than Zaw. Il devait comparaître mardi devant un tribunal pour terrorisme et sédition, et encourait pour cela la prison à vie.

L’ONU et les Etats-Unis avaient appelé la junte birmane à le libérer, sans délai. « Les journalistes sont attaqués depuis le 1er février, avec les chefs militaires qui tentent clairement de les empêcher d’informer sur les graves violations des droits de l’homme perpétrées dans l’ensemble de la Birmanie, mais aussi sur l’ampleur de l’opposition au régime », avait dénoncé, vendredi, Michelle Bachelet, la haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, demandant à la junte de « libérer immédiatement » Danny Fenster. La diplomatie américaine avait également exigé sa libération, estimant que « le verdict d’aujourd’hui représente une condamnation injuste d’une personne innocente ».

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Presse muselée

La Birmanie a sombré dans le chaos depuis le putsch militaire du 1er février qui a mis fin à une parenthèse démocratique de dix ans. Le régime poursuit une sanglante répression contre ses opposants avec plus de 1 200 civils tués et plus de 7 000 en détention, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. Cette ONG locale signale des cas de tortures, de viols et d’exécutions extrajudiciaires.

La presse est muselée par la junte qui tente de renforcer son contrôle de l’information, limitant l’accès à Internet et annulant les licences des médias. Plus de 100 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch, selon Reporting Asean, une association de défense des droits, qui souligne que 31 d’entre eux sont toujours en détention.

Cette sentence est « scandaleuse et inacceptable (…) les accusations ont été inventées de toutes pièces », avait réagi Phil Robertson, le directeur adjoint du département Asie de Human Rights Watch, Ming Yu Hah, directice adjointe à Amnesty International, parlant, elle, d’« une affaire viciée depuis le début ». « Ce régime ne respecte aucune règle », avait pour sa part commenté Richard Horsey, du groupe de réflexion International Crisis Group. « C’est un gros revers pour la diplomatie américaine », qui déploie beaucoup d’efforts pour tenter d’obtenir la libération de Danny Fenster.

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Le Monde avec AP et AFP



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