Le singulier patriotisme suédois face à une stratégie sanitaire hasardeuse


Des consommateurs suédois à l’intérieur d’un restaurant de Stockholm, le 4 avril 2020, quelques mois après le début de la pandémie de Covid-19.

Lettre de Stockholm.

Emmanuel Macron se sait-il devenu l’incarnation de la raison, pour les pourfendeurs de la stratégie suédoise contre le coronavirus ? En cause : un instantané, saisi par le photographe Paul Hansen, dans les couloirs de la COP26 à Glasgow. On y voit la délégation suédoise, menée par le premier ministre Stefan Löfven, prête à poser pour une photo de groupe, quand débarque la délégation française, conduite par Emmanuel Macron. Les Français sont masqués. Les Suédois ont le visage découvert.

Peu importe que les images suivantes montrent le président français enlever son masque, pour saluer Stefan Löfven, puis poser avec lui, toujours démasqué. Ceux qui ont partagé le premier cliché voient dans la contamination d’un des membres de la délégation suédoise, quelques jours plus tard, la preuve d’une dangereuse inconscience suédoise. Sur les réseaux sociaux, ils essaient de populariser le hashtag « SparkaTegnell » – en suédois, « virez Tegnell », du nom du désormais célèbre épidémiologiste Anders Tegnell, un des architectes de la stratégie suédoise.

Mais il s’agit plus d’une campagne menée par une poignée d’internautes que d’une tendance de fond. Le mot-clé a beau avoir été, pendant quelques jours, l’un des plus utilisés en Suède sur Twitter, force est de constater que la position de l’épidémiologiste ne semble pas menacée. Son adjointe, Karin Tegmark Wisell, vient même de prendre la direction de l’Agence de la santé publique, le 1er novembre, à la suite du départ en retraite de l’ancien directeur, Johan Carlsson, âgé de 67 ans.

Des mesures « inadéquates »

Deux jours plus tôt, pourtant, la « commission corona » avait publié son second rapport d’enquête, examinant la réponse de Stockholm face à la pandémie. Ses conclusions sont dévastatrices : la réaction des autorités suédoises a été « insuffisante pour arrêter et même limiter la propagation du virus dans le pays ». La commission estime que les mesures de prévention étaient « inadéquates » et que l’absence de dépistage, au printemps 2020, a été « un échec total ». Le premier rapport, publié en juin, avait été tout aussi critique sur la gestion de la pandémie dans les maisons de retraite.

On aurait pu s’attendre à une remise en question de l’approche suédoise, pas forcément sur le choix de ne pas confiner ou de garder les écoles ouvertes mais du moins sur certaines décisions, comme celle de peu tester, de ne pas recommander le port du masque, ou même de ne pas avoir pris la mesure de l’opposition au vaccin : autour de 67,5 % de la population a reçu deux doses.

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