En Algérie, le gouvernement tente de réguler la « crise de la patate »


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Le marché Ali-Mellah, à Alger, en avril 2021.

Les abords du marché Ferhat-Boussaad ne désemplissent pas. Une pluie battante a beau arroser Alger depuis plusieurs jours, la fréquentation de cette rue commerçante du centre-ville reste forte. Les acheteurs se pressent sur les trottoirs, tandis que les voitures tentent de se frayer un chemin dans un brouhaha de klaxons. Une scène habituelle. Ce qui ne l’est pas, ce sont les prix affichés sur les étals des commerçants.

« La hausse des prix ? Il faut voir du côté des marchés de gros. Ce sont les intermédiaires qui tirent les tarifs vers le haut au détriment des agriculteurs et des consommateurs », se justifie un vendeur de fruits et légumes. Certains aliments de base se vendent désormais le double, voire le triple de leur tarif habituel. Ainsi, le prix du kilo de pommes de terre, qui a atteint 130 dinars (0,82 euro) contre environ 60 habituellement, est devenu le principal indicateur pour dénoncer l’augmentation du coût de la vie en Algérie.

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Pour tenter de réguler cette « crise de la patate », comme certains l’ont surnommée, le gouvernement a lancé des opérations de vente directe aux consommateurs, à un prix fixe de 50 dinars le kilo, et évoqué la possibilité d’un recours exceptionnel à des importations.

Les autorités dénoncent régulièrement l’action de spéculateurs dans le domaine agroalimentaire, visant sans distinction intermédiaires, agriculteurs et grossistes, accusés de stocker les denrées pour faire monter les prix. Un projet de loi actuellement en discussion vise même à criminaliser la spéculation, avec des peines pouvant aller jusqu’à trente ans de prison « si le crime concerne des produits de base comme les céréales, le lait, l’huile, le sucre et les légumineuses ».

Grève des enseignants

La hausse des prix commence en tout cas à peser sur les bourses des ménages. Dans le pays, l’inflation a atteint 5,66 % en juin, soit une augmentation de 3,4 points en un an, a indiqué devant les députés Aïmene Benabderrahmane, ministre des finances et chef du gouvernement. Les prix à la consommation sont repartis à la hausse en raison de l’augmentation des cours des matières premières à l’international, mais aussi de la dépréciation du dinar.

« Nous sommes entrés en crise économique dès 2018, avec le gel des grands projets publics d’infrastructures qui faisaient travailler les petites et grandes entreprises, rappelle l’économiste Smaïl Lalmas. L’épidémie de Covid-19 a fait le reste. Aujourd’hui, le pays enregistre des pertes d’emploi énormes. Tous les secteurs ont été affectés. Tout cela a été accompagné par une hausse des prix et la levée des subventions publiques sur certains produits, notamment le carburant, ce qui a affecté le pouvoir d’achat. »

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Syndicats et associations de consommateurs ont appelé le gouvernement à revaloriser les salaires. Dans la fonction publique, les rémunérations sont figées depuis 2010, alors que les prix des aliments et de l’énergie n’ont cessé d’augmenter, dénonçait en septembre Mustapha Zebdi, président de l’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (Apoce).

Depuis plusieurs mois, la gronde sociale est réelle et plusieurs secteurs, dont l’éducation et la santé, menacent de se mettre en grève. Les enseignants, principalement ceux des cycles primaire, moyen et secondaire, observent déjà des grèves de deux jours par semaine depuis début novembre. « Ce mouvement a été suivi par plus de 78 % des enseignants au niveau national, avec des pics de 90 % de grévistes dans le secondaire », souligne Messaoud Boudiba, porte-parole du Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest).

Le syndicat maintient la pression pour faire entendre ses revendications en matière de salaires, de retraite et d’accès au logement. Un enseignant est payé en moyenne 40 000 dinars (250 euros) « alors que le salaire minimum ne devrait pas se situer en dessous de 80 000 dinars pour une famille de cinq personnes », poursuit Messaoud Boudiba.

Suppression des subventions

Dans le cadre de la nouvelle loi de finance 2022, le gouvernement prévoit de réduire la pression fiscale sur les ménages avec une réduction de l’impôt sur le revenu global et une augmentation de l’indice de calcul des salaires dans la fonction publique, qui compte 2,1 millions d’employés.

« Ce sont des mesures insuffisantes, qui ne vont pas avoir d’influence sur la situation actuelle, estime l’économiste Smaïl Lalmas. On s’attendait à un programme d’économie de guerre, pour la simple raison qu’il faudrait créer des millions d’emplois, mais cette loi de finance n’actionne aucun des quatre moteurs de croissance : la dépense publique, la consommation des ménages à travers la protection du pouvoir d’achat, l’exportation et l’investissement. »

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Autre point épineux soulevé par le projet de loi : la suppression du système des subventions généralisées – l’Etat finance les produits alimentaires de base et les énergies –, estimées à 17 milliards de dollars par an (environ 15 milliards d’euros) par le ministère des finances. Les autorités veulent réformer cette politique de transferts sociaux en en faisant bénéficier exclusivement les « ménages à faibles et moyens revenus ».

Mais la tâche s’annonce difficile. « A partir du moment où on a une économie écrasée par l’informel, comment mettre en place un dispositif d’aide ciblée ?, interroge Smaïl Lalmas. Ce qui est urgent, c’est d’absorber l’informel, le convaincre de rentrer dans le circuit formel. Mais pour cela, il y a un facteur qui fait défaut : la confiance. »



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