En Allemagne, la quête d’une neutralité carbone sans nucléaire


La centrale à lignite de Jänschwalde (Allemagne), le 24 septembre 2021.

C’était un des moments les plus marquants de la campagne électorale de l’été 2021. Lors d’un débat à la télévision entre les candidats à la chancellerie, le chef de file du bloc conservateur, Armin Laschet, avait déclaré : « C’était une erreur de sortir du nucléaire avant de sortir du charbon. » Par cette phrase, Armin Laschet réglait ses comptes avec une décision emblématique de la chancelière Angela Merkel : celle, prise en 2011 au lendemain de l’accident de Fukushima (Japon), d’abandonner l’énergie nucléaire de manière anticipée.

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Politiquement, il rassemblait aussi son camp : les milieux économiques en ont beaucoup voulu à Angela Merkel d’avoir « sacrifié » l’atome alors que les centrales ne présentaient pas de risque particulier sur leur sécurité, jugent-ils, pour neutraliser le vote écologiste. Dix ans après, alors que le dernier réacteur doit être arrêté fin 2022, un début de discussion a repris dans certains cercles économiques et scientifiques. Faut-il vraiment stopper les dernières centrales, alors que l’urgence serait de se passer du charbon ? Ne faudrait-il pas, comme les Français, miser sur les miniréacteurs nucléaires ?

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L’objectif de neutralité carbone, avancé cet été à 2045 par le gouvernement, semble d’autant plus difficile à respecter que l’Allemagne n’a atteint son objectif de réduction des gaz à effet de serre pour 2020 qu’en raison de la baisse d’activité liée à la pandémie de Covid-19. En réalité, il est peu probable que le pays renoue un jour avec le nucléaire, tant il est rejeté par une grande partie de la population. C’est la différence essentielle avec la France : la querelle sur le nucléaire a divisé la société allemande pendant des décennies, et les images de Fukushima ont fait le reste.

Production trop faible

« Je ne connais personne, ni dans les milieux politiques ni dans les milieux industriels, qui envisage sérieusement de relancer le débat », tranche Carsten Rolle, expert énergie de la fédération industrielle allemande (BDI). Surtout au moment où les Verts, qui ont grandi politiquement sur le rejet de l’atome, entrent au gouvernement. Quant aux compagnies d’électricité (Vattenfall, E.ON, RWE et EnBW), qui ont clos au mois de mars 2021 le long contentieux avec l’Etat lié à l’arrêt anticipé de leurs réacteurs en obtenant une indemnité de 2,4 milliards d’euros, aucune ne souhaite rouvrir ce chapitre.

L’abandon programmé du nucléaire a permis une accélération considérable des énergies renouvelables : elles représentent 45 % de la production d’électricité en 2020, selon l’institut national des statistiques Destatis, contre 6 % en 2000. Mais cette progression a coûté cher : en raison du dispositif de financement des renouvelables, via une redevance, les ménages et les petites entreprises payent actuellement environ 32 centimes le kilowattheure (kWh), un des plus chers du monde. Alors que les prix bruts de l’énergie ont fortement augmenté ces derniers mois, le gouvernement a décidé, mi-octobre, de baisser cette taxe de 43 %.

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