La crise sanitaire a « significativement aggravé » la situation des réfugiés


Dès le début de la pandémie de Covid-19, au printemps 2020, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, avait mis en garde les Etats contre les entorses aux droits des demandeurs d’asile. « Garantir la santé publique et protéger les réfugiés ne s’excluent pas mutuellement. Ce n’est pas un dilemme. Nous devons faire les deux. » Les lois sur les réfugiés, poursuivait-il, doivent être respectées « même si les gouvernements adoptent des mesures strictes pour protéger la santé publique, y compris aux frontières ».

Dans un travail réalisé pour la Fondation pour les sciences sociales, Jean-Louis Iten, professeur de droit à l’université Vincennes-Saint-Denis, montre que ce vœu n’a pas été respecté. Pendant la crise sanitaire, la situation des réfugiés, déjà extrêmement précaire en temps normal, s’est « significativement aggravée » : le Covid-19, constate-t-il, a entraîné une « extrême dégradation matérielle de la situation des demandeurs d’asile, mais également la fragilisation de leurs droits ».

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Au printemps 2020, 57 des 167 pays ayant fermé leurs frontières ne faisaient pas d’exceptions pour les demandeurs d’asile. « Le parcours migratoire des zones de conflits et de persécutions vers l’Union européenne, déjà singulièrement dangereux, s’est encore complexifié », souligne Jean-Louis Iten. Les migrants qui ont réussi, malgré tout, à gagner la France ont eu énormément de mal, une fois arrivés, à déposer leur demande d’asile en raison de « l’arrêt quasi-total du processus d’enregistrement ».

Alors que les Etats européens mettaient la lutte contre la pandémie au premier rang de leurs priorités, le droit à la santé des migrants, lui, a été bafoué. « Dans les centres d’accueil de demandeurs d’asile et les centres de rétention administrative, souligne Jean-Louis Iten, le respect des gestes barrières était impossible en raison de la promiscuité inhérente à la configuration des lieux et du manque de moyens. » La fermeture, pendant le confinement, de presque tous les « guichets uniques pour demandeurs d’asile » a en outre ralenti, et parfois empêché, leur accès à l’assurance-maladie.

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Ce que nous a enseigné la crise du Covid-19

La période inédite qui s’est ouverte en mars 2020 a mis en lumière les rapports, parfois complexes, que les Français entretiennent avec l’Etat. Les travaux évoqués dans les articles réunis ci-dessous ont été réalisés par les lauréats 2021 de la Fondation pour les sciences sociales, présidée par l’historien François Weil, conseiller d’Etat et ancien président de l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Créé en 2011 par Gilles de Margerie, cet organisme a pour directrice scientifique Claudia Senik, professeure à l’université Paris-Sorbonne et à l’Ecole d’économie de Paris. Chaque année, le conseil scientifique choisit un thème de réflexion et attribue des bourses à des chercheurs. En 2021, le sujet retenu était « Pandémies ». Les travaux des lauréats de la fondation sont présentés, vendredi 19 novembre, lors d’un colloque organisé à Sciences Po Paris et ils seront publiés par les éditions La Découverte.

  • Pendant le confinement, « ce sont les interactions sociales qui ont donné sa valeur à la consigne émise par l’Etat »
  • Les Français davantage circonspects qu’antivaccin
  • Les auteurs de science-fiction transformés en prophètes
  • La crise sanitaire a « significativement aggravé » la situation des réfugiés



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