Face à la remontée de l’inflation, qui lamine le pouvoir d’achat des Américains, la Fed prévoit trois hausses de taux en 2022


Jerome Powell, président de la Fed, le 15 décembre à Washington.

Virage majeur de la Fed : la banque centrale américaine a annoncé mercredi 15 décembre qu’elle prévoyait pour 2022 trois hausses de taux d’intérêt, à l’issue des deux jours de réunion de son comité de politique monétaire. Les taux directeurs de la Fed, qui fixent le loyer de l’argent à court terme, restent fixés entre zéro et 0,25 depuis le début de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, mais le chemin d’une normalisation plus rapide que prévu est tracé : les membres de la Fed prévoient que les taux directeurs passeront en moyenne à 0,9 % fin 2022, un chiffre très supérieur à leur prévision de septembre, qui était de 0,4 %. Fin 2023, le loyer de l’argent monterait à 1,6 % avec deux hausses prévues dans l’année, puis 2,1 % en 2024 (deux hausses aussi) et 2,5 % à long terme.

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Ce revirement s’explique par la remontée de l’inflation, qui lamine le pouvoir d’achat des Américains et se transforme en épine pour la présidence de Joe Biden. Longtemps décrite comme passagère ou transitoire, celle-ci s’installe aux Etats-Unis : la hausse des prix a atteint 6,8 % en novembre, du jamais-vu depuis 1982, et concerne désormais tous les secteurs économiques. A l’origine, l’inflation était confinée aux goulets d’étranglement qui entravaient le redémarrage de l’économie (fret, semi-conducteurs, matières premières) mais ce phénomène a créé des problèmes « plus importants et plus durables qu’anticipé », a reconnu en conférence de presse le président de la Fed, Jerome Powell.

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La crainte d’une spirale inflation-salaires n’est pas complètement exclue, alors que le taux de chômage est retombé plus rapidement que prévu, à 4,2 % en novembre, et que la pénurie de main-d’œuvre se fait sentir. « Les salaires ont été dynamiques mais, jusqu’à présent, la hausse des salaires [qui a atteint 4,8 % sur un an en novembre] n’a pas été une contributrice majeure au niveau de l’inflation », a déclaré M. Powell, le « jusqu’à présent » étant un caveat important. « Nous sommes attentifs à ce qu’une hausse des salaires supérieure à la productivité puisse mettre une pression à la hausse sur l’inflation », a-t-il poursuivi.

La crainte d’une spirale inflation-salaires n’est pas exclue, alors que le taux de chômage est retombé plus vite que prévu, à 4,2 % en novembre, et que la pénurie de main-d’œuvre se fait sentir

M. Powell, qui a été renommé par Joe Biden pour un second mandat de quatre ans, à compter du 1er février, est très prudent sur les soubresauts économiques liés à la pandémie. La bonne tenue de l’emploi, mesurée par le taux de chômage, masque un phénomène moins satisfaisant, la baisse du taux de participation des Américains à l’emploi : celle-ci s’explique par le vieillissement de la population et la réticence d’une partie des Américains à reprendre le chemin de l’emploi, par crainte du Covid-19 et/ou parce qu’ils ont des réserves financières accumulées pendant la crise, faute d’avoir pu dépenser et grâce aux transferts sociaux et fiscaux. Cette pénurie peut entraîner des pressions inflationnistes.

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