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« Un cartel européen d’acheteurs de gaz permettrait d’obtenir des producteurs un prix plus bas »


Tribune. Les Etats européens s’apprêtent à acheter en commun du gaz, comme ils l’ont fait récemment pour le vaccin. Mais réussiront-ils aussi bien ? Si les avantages sont encore plus marqués que pour le vaccin, les difficultés de mise en œuvre apparaissent autrement plus sérieuses.

L’idée d’achat en commun auprès des différents fournisseurs de gaz naturel, en particulier, le monopole d’Etat russe à l’export Gazprom, n’est pas nouvelle. Elle a déjà été défendue en 2014, après l’annexion de la Crimée. Elle a ressurgi en octobre 2021 devant l’envolée des prix du gaz. Face à l’invasion de l’Ukraine, le Conseil de l’Union européenne (UE) l’a adoptée officiellement. La Commission doit maintenant plancher pour en définir les modalités d’organisation et en préciser l’ambition.

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L’avantage attendu est le même qu’hier : obtenir un prix plus bas dans les négociations avec les producteurs. Il est atteignable par « construction ». Il s’agit en effet de constituer un cartel d’acheteurs face à des fournisseurs peu nombreux et disposant chacun d’un pouvoir de monopole par l’étendue de leurs ressources et la taille de leurs infrastructures.

Un fort pouvoir de négociation

Pour le gaz transporté en tuyau, la société algérienne Sonatrach ou l’entreprise norvégienne Equinor ne discuteraient plus alors avec plusieurs interlocuteurs en concurrence, mais avec un seul. Dans cette nouvelle configuration, l’Union européenne disposerait d’un fort pouvoir de négociation sur le prix. Elle représente les trois quarts des achats globaux de gaz de pipeline et plus de la moitié du commerce gazier de Gazprom, par exemple.

Pour le gaz transporté par bateau, la position de l’Europe est moins favorable : elle ne représente que 16 % des volumes mondiaux achetés. Mais à certains moments de l’année, lors de la période estivale du remplissage des sites de stockage notamment, cette part peut être nettement plus élevée.

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Corrélativement, et par construction toujours, l’achat groupé permet d’éviter une foire d’empoigne continentale généralisée qui verrait chaque gouvernement accompagné de ses industriels gaziers rendre visite aux pays producteurs pour signer des contrats d’approvisionnement. Les capacités gazières étant limitées à court terme et tournant quasiment à plein régime, ce que l’un obtient est ce qu’un autre n’aura pas. A moyen terme leurs possibilités d’expansion ne sont pas nulles mais elles ne sont pas non plus illimitées.

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Mais dans les faits, ces avantages vont dépendre du schéma retenu pour l’achat groupé. Il est d’ores et déjà acquis que l’adhésion à l’organisation commune s’exercera de façon volontaire. Si l’Allemagne et ses entreprises comptent poursuivre leurs négociations bilatérales récemment entamées avec le Qatar et signer un accord, elles n’en seront pas empêchées.

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