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« La “désobéissance européenne”, un “gloubi-boulga” mensonger et dangereux »


Jean-Luc Mélenchon, après les hypothèses vaseuses du « plan A » et du « plan B », étrenne un nouveau concept : la désobéissance européenne. Comprenant, à la suite de Marine Le Pen, que l’immense majorité des Français ne voulait quitter ni l’Union européenne ni l’euro, le chef des « insoumis » a trouvé un mot qui présente le triple avantage de jeter un flou commode (comment et à quoi désobéit-on ?), d’offrir à ses alliés ex-écologistes et ex-socialistes un cache-sexe pudique (« nous n’avons rien renié de nos convictions ») et de flatter un certain romantisme national (« nous ne nous soumettrons pas »).

Ce gloubi-boulga est mensonger et dangereux. D’abord parce qu’il entretient le mythe infantilisant d’une Europe punitive, d’une France rebelle tancée par un instituteur sévère surgi de Bruxelles ou de Berlin. Or, l’Union européenne, nous l’avons souverainement choisie, depuis plus de soixante-dix ans ; la France y est engagée au premier rang. L’Europe, ce n’est pas les autres. L’Europe, c’est nous !

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Notre Europe est la somme de nos choix depuis 1950. Confirmé à chaque élection présidentielle depuis 1965, ce choix d’intérêt national a été au cœur du vote du 24 avril. Rappelons ce qui devrait être une évidence : la France ne subit pas l’Europe, elle la bâtit. Première armée du continent, plus grande puissance politique de l’Union, deuxième économie de la zone euro, deuxième par sa population et ses droits de vote… seuls les démagogues veulent faire croire que notre pays serait impuissant ou isolé dans le concert européen.

Aveu de faiblesse

Oui, l’Europe implique des compromis. Par construction, car l’Union européenne est un collectif, une démocratie de démocraties. Elle ne peut être une France en grand, pas plus qu’elle n’est une Allemagne en grand. Mais elle fait la France plus forte. Le projet européen a remplacé les rapports de force par des rapports de droit. Procédures, compromis, alliances… sont l’essence de cette construction pacifique inédite. Pourquoi accepter ces directives complexes ou ces sommets sans fin ? Parce que sur tant de sujets, un compromis à vingt-sept vaut mieux qu’une décision tout seul. Si on ne croit pas à cela, il ne faut pas tergiverser et quitter la famille européenne. Si on pense que l’on peut arriver à des actions majeures à vingt-sept, alors il faut persévérer.

Nous en avons fait la démonstration depuis 2017, en proposant des idées, en assumant des tensions, en forgeant des accords : achat collectif des vaccins qui a protégé toute l’Europe et nous-mêmes face au virus, endettement commun pour amplifier notre plan de relance, réforme du travail détaché pour poursuivre l’activité de nos frontaliers tout en combattant le dumping social, régulation des géants du numérique, neutralité carbone en 2050 pour 450 millions d’Européens… Pense-t-on que l’on peut protéger le climat sans avoir des règles communes à vingt-sept ? Cet accord sur la suppression de nos émissions de gaz à effet de serre, en une génération, sur tout un continent, a été porté par la France ; il est la réussite européenne dont je suis le plus fier.

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