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Le ferry « Méditerranée », petite bulle d’Ukraine sur le port de Marseille


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Publié aujourd’hui à 05h35, mis à jour à 05h38

Il y a ces bataillons de poussettes qui attendent à la porte des cabines. Ces dessins d’enfants collés aux murs du bar. Ces femmes assises dans les fauteuils des couloirs, le regard perdu ou fixant fiévreusement l’écran de leur téléphone portable. Ou cette boîte de nuit transformée en halte-garderie, dont la moquette rouge, très années 1990, est jonchée de peluches aux couleurs pétantes. Et puis il y a cette gravité générale, qui amortit les bruits et les émotions.

A bord du ferry « Méditerranée » de la Corsica Linea qui héberge des réfugiés ukrainiens, un espace pour enfants a été installé. Le 5 mai 2022, à Marseille.
L’espace pour enfants du ferry « Méditerranée » de la Corsica Linea. Le 5 mai 2022, à Marseille.
Dans le bar du ferry « Méditerranée », à Marseille, le 5 mai 2022.

Depuis le 29 mars, le ferry Méditerranée, 30 ans d’âge, est devenu le plus grand centre d’accueil de réfugiés venus d’Ukraine dans les Bouches-du-Rhône. Un site unique en France qui, au 4 mai, hébergeait plus de 830 personnes, dont 230 enfants, et centralise, dans un seul lieu, services médicaux, sociaux, d’aide à l’emploi, pour soutenir ceux qui ont fui leur pays en guerre. Une bulle hors du temps, amarrée au quai de la Joliette (2e) et protégée par les hautes grilles du port de Marseille. Un sas sécurisé et bienveillant entre un passé écrasé par les bombes et un avenir inconnu.

Vue extérieure du ferry « Méditerranée » de la compagnie Corsica Linea, le 5 mai 2022, à Marseille.
Deux cent trente enfants ukrainiens vivent à bord du ferry « Méditerranée », à Marseille. Ici, le  5 mai 2022.

« Je sais bien qu’ils ne peuvent pas être heureux d’être là. Mais je pense que les réfugiés se sentent bien sur ce bateau. » A la poupe du Méditerranée, Pierre-Antoine Villanova, directeur général de la Corsica Linea, navigue entre fierté et bouffées d’émotion. Ouvrir le ferry était son idée. Saisie au vol par le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Christophe Mirmand, et les services de l’Etat. Immédiatement soutenue par le conseil régional, la municipalité, la chambre de commerce et d’industrie de Marseille et de nombreux partenaires privés et associatifs. Un élan solidaire dont la vitesse surprend encore l’entrepreneur de 54 ans.

Sur le pont du ferry « Méditerranée », qui héberge des réfugiés ukrainiens. Le 5 mai 2022, à Marseille.
Huit cent trente ukrainiens vivent à bord du ferry « Méditerranée ». A Marseille, le 5 mai 2022.

Sur le pont, derrière lui, des vêtements sèchent sur des étendoirs. Et trois grands-mères papotent en prenant le soleil. En à peine plus d’un mois, le Méditerranée est devenu essentiel dans le dispositif d’accueil des Bouches-du-Rhône, absorbant près des deux tiers des 1 360 réfugiés officiellement recensés. Une immense majorité de femmes isolées avec leurs enfants, mais aussi des personnes âgées et quelques hommes. « Début mars, plus de cinquante réfugiés arrivaient quotidiennement sur notre territoire et nous n’avions aucune visibilité, se remémore Anthony Barraco, directeur départemental adjoint de l’emploi, du travail et des solidarités, qui pilote l’opération. Les résidences d’hébergement étaient saturées, alors que nous gérions toujours la question du Covid. Comment aurions-nous fait sans le bateau ? »

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