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coup de chaud sur l’immobilier à Montréal


Une vue de Montréal, le 4 octobre 2021.

LETTRE DE MONTRÉAL

Après huit de mois de recherche, une cinquantaine de maisons visitées, sept offres d’achat déposées sans être retenues par les vendeurs, Geneviève N. et son mari seront d’ici quelques jours les heureux propriétaires d’un « home sweet home » situé sur la rive sud de l’île de Montréal. Enceinte de son premier enfant attendu pour juillet, la jeune femme s’autorise enfin à penser à la couleur des peintures à apposer dans la future chambre du bambin. « Mais pour en arriver là, ce fut toute une aventure », lâche-t-elle.

Ce couple de trentenaires croyait pourtant avoir toutes les cartes en main pour acheter sa première maison : des salaires confortables, dans la communication pour elle, de géophysicien pour lui, et des économies substantielles leur permettant d’obtenir facilement un prêt bancaire. Mais ils avaient sous-estimé une donnée : un marché immobilier devenu complètement fou en quelques mois dans la capitale économique du Québec, où les vendeurs – rares – sont devenus les rois du monde. Et où règne une règle d’airain : les acheteurs n’ont aucune chance de décrocher le bien convoité sans accepter le jeu des surenchères.

« C’est comme une partie de poker, tu ne sais jamais de combien d’offres les vendeurs disposent et s’ils bluffent ou pas. » Geneviève N.

Les transactions sont menées tambour battant : les maisons sont affichées à la vente le mardi avec des prix dans la fourchette basse pour attirer le plus de clients possible, les visites organisées en fin de semaine – un quart d’heure par famille au maximum – et les offres doivent être déposées le mardi suivant au plus tard. Et que le meilleur gagne, ou plus exactement que le plus généreux l’emporte !

« Pour notre premier coup de cœur, nous avons fait une offre au prix demandé, nous étions tellement naïfs », se souvient Geneviève en riant. Immédiatement écarté au profit d’offres plus alléchantes, soit quarante-six au total pour cette maison, le couple a fini par se rendre à l’évidence : pour espérer l’emporter, il lui a fallu, à son tour, ajouter quelques milliers de dollars, au total près de 10 % en plus du prix initialement affiché. « C’est comme une partie de poker, tu ne sais jamais de combien d’offres les vendeurs disposent et s’ils bluffent ou pas, donc tu surenchéris un peu ou beaucoup. Et, plus le temps passe, plus il faut te méfier de tes émotions afin de ne pas exploser ton budget. »

Des surenchères à l’aveugle

Le manque chronique de logements sur l’île de Montréal et l’attractivité croissante des maisons individuelles, plébiscitées depuis la pandémie de Covid-19 par des familles soucieuses de disposer d’un mini-espace vert et de conditions confortables de télétravail, ont fait dérailler les prix, en hausse de 18 % en 2022 par rapport à l’année précédente, mais aussi les surenchères : une maison sur deux est désormais vendue au-delà du prix affiché, c’était à peine 8 % il y a cinq ans. « C’est du jamais-vu ici », s’exclame Michel Duguay, agent immobilier à Montréal, « dans le centre-ville, comme dans les communes de la périphérie, des maisons très ordinaires, qui se vendaient 300 000 dollars en 2020 [222 000 euros], partent désormais à 500 000, avec des vendeurs qui reçoivent une vingtaine d’offres en moyenne ». Les acheteurs, tenus dans l’ignorance des offres concurrentielles, surenchérissent à l’aveugle.

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