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« Nous faisons face à un risque de disparition de notre diplomatie professionnelle »


A l’heure de la guerre en Ukraine, au lendemain d’une crise pandémique exceptionnelle, les agents du Quai d’Orsay ont décidé de faire grève le 2 juin à l’appel de l’intersyndicale regroupant la majorité des organisations syndicales et d’un collectif de quelque 500 agents dont de nombreux jeunes diplomates. Cette décision n’aura pas été facile à prendre tant elle n’est pas dans la culture maison.

Elle est l’expression d’une colère face à la suppression brutale du corps diplomatique, qui frappe non seulement les corps de conseillers des affaires étrangères et de ministres plénipotentiaires mais aura aussi des répercussions profondes sur l’avenir de tous les personnels, qu’ils soient secrétaires des affaires étrangères et de chancellerie, attachés et secrétaires des systèmes d’information et adjoints techniques et administratifs de chancellerie, qu’ils soient titulaires ou contractuels.

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De très nombreuses personnalités ont alerté sur les risques d’une telle décision qui permettra des nominations de complaisance au détriment de la compétence et aura pour conséquence la déstructuration des carrières, une perte de l’expertise et une crise des vocations. Nous faisons face à un risque de disparition de notre diplomatie professionnelle. Les métiers du Quai d’Orsay s’apprennent en effet sur le temps long, par la multiplication d’expériences, notamment à l’étranger et dans des postes difficiles, et la transmission des savoirs et des expériences entre les agents.

Une remise en question du ministère

Surtout, s’engager au Quai d’Orsay est une vocation et un choix de vie, passionnant et riche d’opportunités bien sûr mais comportant également son lot de contraintes personnelles et familiales souvent sous-estimées. Les agents s’insurgent également face au soupçon, qui sous-tend cette réforme, d’un ministère replié sur lui-même. Et pour cause, car le ministère des affaires étrangères, par nature tourné vers la coordination interministérielle de l’action extérieure de l’Etat, est déjà très ouvert aux autres administrations : dans les ambassades et dans les services se côtoient des diplomates, des militaires, des policiers, des agents de Bercy, des membres des ministères de la culture, de l’éducation nationale, de l’agriculture, de l’écologie, etc.

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Le ministère accueille aussi, dans des conditions souvent précaires, des contractuels talentueux qui viennent d’horizons très divers : secteur privé, ONG, organisations internationales. Au-delà, c’est la question des moyens humains donnés à notre outil diplomatique que cette grève veut poser. Déjà, en 2010, les anciens ministres Hubert Védrine et Alain Juppé alertaient : « Cessez d’affaiblir le Quai d’Orsay ! »

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