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Au Pakistan, l’ex-premier ministre Imran Khan crie au complot et mobilise la rue


Des partisans du premier ministre pakistanais évincé, Imran Khan, participent à un rassemblement à Islamabad, le 26 mai 2022.

Rarement le Pakistan a été aussi divisé politiquement et affaibli économiquement. L’ancien premier ministre Imran Khan, évincé de son fauteuil le 10 avril après le vote d’une motion de défiance des députés, ne reconnaît pas sa défaite et rassemble de gigantesques foules de supporteurs pour démontrer qu’il reste l’élu du peuple. Il exige la dissolution de l’Assemblée nationale et des élections anticipées. L’ancienne star du cricket continue de soutenir qu’il a été l’objet d’un complot international et accuse les Etats-Unis de l’avoir écarté du pouvoir et de s’être alliés aux « pilleurs » du Pakistan, Nawaz Sharif et les familles Bhutto-Zardari. Sa rhétorique antiaméricaine et anticorruption a galvanisé ses partisans.

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Mercredi 25 mai, faisant fi de l’interdiction de rassemblement émise par les autorités, il a organisé dans tout le pays une « marche des libertés » qui a atteint, le lendemain, la capitale, Islamabad. Des affrontements ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. Malgré une mobilisation plus faible qu’attendue, M. Khan menace, si des élections générales ne sont pas annoncées dans les six jours, de revenir avec deux millions de personnes et de faire tomber le « gouvernement importé », installé par une « conspiration étrangère ». L’armée avait été appelée à protéger les bâtiments officiels dans la capitale.

Son successeur, Shehbaz Sharif, n’a aucune intention de céder. Devant la chambre basse du Parlement, le premier ministre pakistanais a expliqué, jeudi 26 mai, qu’il ne se laisserait pas dicter la date des élections par Imran Khan, qu’il accuse de vouloir déclencher une guerre civile. La date limite pour la tenue des élections législatives est fixée à octobre 2023.

Hausse des prix des carburants

Shehbaz Sharif doit faire face à une situation économique du pays très dégradée, qui évoque à plusieurs égards la faillite du Sri Lanka. Le pays de 227 millions d’habitants, fragilisé par le Covid-19, connaît un endettement et une inflation record, une contraction de sa devise par rapport au dollar et un amenuisement des réserves de change – 10,1 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros), juste assez pour couvrir deux mois d’importations. Comme le Sri Lanka, le Pakistan risque le défaut de paiement du remboursement de sa dette pour la deuxième fois de son histoire.

Les pourparlers menés du 18 au 25 mai au Qatar entre Islamabad et le Fonds monétaire international (FMI), pour débloquer une nouvelle tranche d’un prêt de 6 milliards de dollars conclu en 2019, se sont achevés sans succès, malgré des « progrès notables » soulignés par l’institution monétaire. Le FMI demande à Shehbaz Sharif des réformes douloureuses, en particulier la suppression des subventions sur le carburant et l’électricité mises en place par le gouvernement de M. Khan en février et qui grèvent les finances. Le pays souffre d’une sous-collecte structurelle de l’impôt. Le gouvernement craint de provoquer la colère des habitants, qui subissent déjà l’inflation des prix des denrées alimentaires.

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