fbpx

A Punta Cana, en République dominicaine, les dollars envolés du tourisme « tout inclus »


Sur une plage couverte d’algues sargasses, à Punta Cana, en République dominicaine, le 1er  septembre 2021.

Les routes les mieux entretenues de la République dominicaine sont celles que les Dominicains n’empruntent jamais. Pour rouler sur ces enrobés impeccables, éclairés de nuit, il faut quitter le pays du président Luis Abinader et entrer dans celui des resorts. Punta Cana, une bande de territoire sur la côte est du pays, 3 kilomètres de large, entre les plages de sable blanc et l’autoroute qui traverse ce royaume du divertissement et du farniente. Un alignement d’enclaves touristiques dotées de piscines, de buffets standardisés et d’accès privés à la plage – on en compte 70 kilomètres entre Cap Cana, au sud, et Uvero Alto, l’extrémité nord. Pour le moment, car l’affluence nourrit une expansion dévorante.

Très vite rouverte aux visiteurs durant la pandémie de Covid-19, la République dominicaine – et Punta Cana, en particulier – attire comme un aimant les touristes américains, russes et européens. Pendant que sa voisine Haïti se noie dans la violence et le chaos institutionnel, l’île caribéenne a été le premier pays du monde à retrouver autant de visiteurs qu’avant la crise sanitaire. A l’hiver 2021, elle a même été la destination étrangère la plus vendue auprès des Français.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En République dominicaine, l’inexorable essor du tourisme de masse

Punta Cana est devenue, avec Cancun au Mexique, le symbole du tourisme « tout inclus ». Au pays des resorts, certaines rues portent le nom des hôteliers, symbole de la privatisation de cette bande de terre par de grands groupes privés, notamment espagnols. La zone compte 160 000 chambres d’hôtel ou appartements de courte durée, davantage que Paris. En 2019, 4 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros) ont été dépensés par les 3,5 millions de touristes ayant atterri à Punta Cana. Un nouveau record se profile pour 2022.

Une huit-voies bordée de panneaux publicitaires à l’américaine fait office de frontière avec la réalité de la République dominicaine. Il faut franchir un carrefour pour entrer dans Friusa, où vivent une partie des Dominicains et Haïtiens qui font marcher les enclaves. Les rues piégeuses, parfois des chemins, desservent un mélange anarchique de cases créoles aux couleurs vives, de cabanes en tôle et d’immeubles bas en briques de ciment nues. Tous les 100 mètres, des dos-d’âne ravageurs, qui ne sont pas sans lien avec l’omniprésence de garages dans chaque ville du pays.

Contraste violent

Il n’y a pas l’eau courante à Friusa, pas plus qu’à Veron, le principal bourg au sortir des hôtels. Des centaines de forages privés vont puiser l’eau du sous-sol, contaminée en l’absence de système de collecte des déchets – comme la majeure partie du pays, qui compte 350 décharges sauvages. L’électricité, particulièrement chère, se consomme en cartes prépayées. C’est à Veron que l’on croise dès potron-minet des grappes d’Haïtiens à l’affût des camionnettes de chantier, dans l’espoir de travailler à la construction de nouveaux complexes touristiques.

Il vous reste 77.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.