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A Jérusalem, une marche nationaliste israélienne massive provoque des incidents dans les quartiers arabes


Des manifestants nationalistes israéliens défilent pour leur « marche des drapeaux » en célébration de la conquête de la partie palestinienne de la ville par l’Etat hébreu, en 1967, à Jerusalem, le 29 mai 2022.

Jérusalem a subi un déferlement de haine inédit de mémoire récente, dimanche 29 mai, durant la célébration de la conquête de sa part orientale par Israël en 1967. Une « marche des drapeaux » à travers les quartiers palestiniens que les principaux responsables du gouvernement israélien ont présenté malgré l’évidence comme une fête populaire et consensuelle, ternie seulement par quelques extrémistes.

Sous la protection de 3 000 policiers, quelque 70 000 personnes ont défilé dans la Vieille Ville, cherchant à effacer deux précédents. En 2020, l’épidémie due au coronavirus avait fait annuler cette marche. En 2021, le gouvernement alors dirigé par Benyamin Nétanyahou avait interdit la traversée des quartiers arabes. Il craignait que la ville sous tension depuis des mois n’explose. En dépit de ce recul, le Hamas avait tiré une salve de roquettes sur la Ville sainte, ouvrant onze jours de guerre à Gaza.

Cette année, la journée commence par un attroupement sous le pont qui mène à l’esplanade des Mosquées – le mont du Temple pour les juifs. De jeunes gens venus de tout Israël et des colonies de Cisjordanie empilent leurs sacs à dos sous les grilles. Dans leur écrasante majorité, ils ne vivent pas à Jérusalem et connaissent mal leur capitale « réunifiée ». Ils veulent monter au saint des saints. Cet acte, défi à l’interdit des grands rabbins, se normalise d’année en année. Dimanche, près de 2 600 personnes s’y sont rendues. Un record.

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Certains brandissent des drapeaux israéliens sur l’esplanade. Ils prient et chantent, tandis que la police interdit l’accès à de jeunes musulmans et à des journalistes palestiniens. Le statu quo, cet arrangement censé réserver depuis 1967 l’esplanade du mur des Lamentations à la prière juive et préserver l’autonomie des lieux saints musulmans, vole en éclats.

Des grappes d’hommes s’égaillent dans les rues de la Vieille Ville, formant foule au fil des heures. Ils sont jeunes, très jeunes, et font éclater leur testostérone en passant la porte de Damas, l’entrée nord. Ce sont pour une bonne part les scouts, les étudiants des yeshivas et des écoles de préparation au service militaire du mouvement sioniste religieux, qui représente 12 % de la population israélienne.

La police empêche des violences ponctuelles, mais elle laisse donner des coups de bâtons et de drapeaux contre les devantures des boutiques. Elle peine à intervenir, lorsqu’un Israélien brandit un pistolet contre des Palestiniens en haut de la rue Al-Wad. Puis lorsqu’un autre asperge de gaz au poivre une vieille femme palestinienne, qui levait le poing contre lui, tandis que l’un de ses camarades la frappe du pied. Une civière du Croissant-Rouge évacue cette femme, sous des jets de bouteilles. De jeunes gens chantent : « Mort aux Arabes », « [le Prophète] Mahomet est mort », « Que votre village brûle » et ce refrain : « Shuaffat est en feu », une référence au meurtre de l’adolescent palestinien Mohammed Abou Khdeir, brûlé vif en 2014.

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