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« La pandémie et la guerre en Ukraine montrent que le phénomène du complotisme et ses dangers risquent de se raviver à chaque occasion »


Depuis le début de la pandémie de covid-19, il est devenu évident que la désinformation, les « fake news » et les théories du complot propagées notamment sur Internet constituent un défi pour l’avenir de nos sociétés démocratiques. Cela a été bien visible aux Etats-Unis [en janvier 2021], où la probité d’élections démocratiques a été mise en doute, avec un embryon de tentative de révolution armée, et aussi en Europe, avec, par exemple, la tentative de « prise » du Reichstag en Allemagne par les « corona-sceptiques » [en août 2020].

Les conséquences sont d’ores et déjà graves : méfiance élevée envers les autorités notamment politiques, mais aussi scientifiques et médiatiques, surmortalité due à la défiance vaccinale, décapitation d’un professeur à la suite d’une « fake news » (l’assassinat de Samuel Paty, en France, en 2020), mise en danger d’experts et de ministres de la santé dans de nombreux pays durant la pandémie, relents d’antisémitisme dans les théories du complot, ravages du fanatisme islamiste biberonné aux théories complotistes, ou encore montée en puissance de politiciens dopés au « grand remplacement ».

Le phénomène du complotisme et ses dangers potentiels risquent de perdurer et de se raviver à chaque occasion, comme on peut le voir, après la pandémie, avec la guerre en Ukraine.

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Les centaines de recherches menées en psychologie, depuis plus de dix ans, nous permettent d’esquisser une compréhension de la véritable invasion de notre espace public par les théories du complot durant cette période. Globalement, les causes possibles du conspirationnisme peuvent être classées en trois catégories : les facteurs communicationnels, psychologiques et sociopolitiques.

A une échelle inégalée

Concernant les facteurs communicationnels, Internet et les réseaux sociaux ont rendu possible, ces dernières décennies, la diffusion et le stockage de rumeurs à une échelle inégalée dans l’histoire de l’humanité. La désinformation idéologique des sites politiques alternatifs est un autre danger évident d’Internet.

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Les facteurs psychologiques comprennent à la fois des éléments de personnalité (tendances paranoïdes, anxieuses, besoin de sentir unique, etc.), mais aussi une forme de pensée irrationnelle, intuitive et naïve, commune à nous toutes et tous, constituée de biais cognitifs, entendus comme des raccourcis de pensée menant à des erreurs de raisonnement.

Dans la sphère sociopolitique, de nombreuses études montrent que c’est parmi les personnes défavorisées dans la société (statut socio-économique bas, faible niveau d’éducation, précarité, sentiment d’exclusion, chômage, etc.) ainsi qu’aux extrêmes politiques (gauche et encore davantage droite) que l’on trouve le plus de conspirationnistes.

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