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Pour lutter contre les overdoses, le ­Canada autorise les petites doses


Le 14 avril 2021, à Vancouver, une manifestation de parents de victimes d’overdose d’opioïdes.

L’épidémie flambe d’un océan à l’autre, embrase les villes et les bourgades. Au Yukon, dans le nord-est du Canada, l’un des territoires les moins peuplés du pays, elle a fait 23 morts en 2021, en augmentation de près de 500 % par rapport à 2020. Dans les grandes plaines de l’Alberta, 576 décès ont été à déplorer au cours des six premiers mois de 2021.

A Timmins, une petite ville située à 700 kilomètres au nord de Toronto, le pic de surmortalité est lui aussi affolant. « On distribue plus de seringues que de sandwichs », s’émeut un travailleur social de la municipalité. Mais c’est en Colombie-Britannique que se trouve l’épicentre du phénomène : plus de 4 000 personnes sont mortes par overdose de drogues ces deux dernières années. Une hécatombe supérieure à celle causée par le Covid-19, avec ses 3 469 décès.

Submergée, cette province de l’ouest du pays, qui s’était déclarée en « état d’urgence sanitaire » dès 2016, s’est vu autoriser, le 31 mai, à déroger à la loi en vigueur au Canada : pendant trois ans, la possession de petites quantités de drogues dures ne sera plus pénalement répréhensible en Colombie-Britannique. Les consommateurs ne seront donc plus considérés comme des délinquants à poursuivre, mais comme des personnes à aider, voire des malades à soigner.

Les substances ciblées sont la cocaïne, les méthamphétamines, la MDMA (ecstasy) et les opioïdes, dont l’héroïne, la ­morphine et le fentanyl. Cette dernière famille d’opiacés, de puissants analgésiques particulièrement addictifs, est responsable de l’immense majorité des overdoses accidentelles, 27 000 pour tout le Canada depuis 2016.

Une consommation dopée au Covid-19

Apparue aux Etats-Unis au début des années 1990, la crise dite des « opioïdes » s’est propagée comme une traînée de poudre au Canada. Après son approbation, en 1996, par Santé Canada pour traiter « tous types de ­douleurs », l’OxyContin, distribué par la firme américaine Purdue Pharma, est devenu en quelques années le médicament le plus populaire du pays.

En 2012, après l’apparition des premières controverses liées au risque de dépendance, il est retiré du marché. Mais l’­industrie pharmaceutique lui trouve aussitôt une alternative : le fentanyl et ses dérivés. A la ­surprescription médicale, qui crée des milliers de consommateurs accros à ces opioïdes synthétiques, va s’ajouter l’engouement du crime organisé pour ce nouvel eldorado. La marge de profit ferait rêver n’importe quel investisseur : 25 grammes de fentanyl coûtent 420 dollars à produire, ils en rapportent 800 000 sur le marché noir.

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