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Les obsessions de Xi Jinping


C’est l’homme le plus puissant du monde -selon le classement Forbes qu’il domine année après année- mais il reste une énigme. Qui est donc ce « prince rouge », fils d’un ancien ministre, qui depuis dix ans dirige d’une main de fer la première puissance commerciale mondiale? Que projette-t-il pour la Chine, ce pays-continent qu’il gouvernera cinq années supplémentaires -un record de longévité depuis Mao- s’il est reconduit cet automne lors du 20e congrès du Parti communiste chinois (PCC)?

Sur place, le sujet est tabou. « Xi dada » -« tonton Xi », son surnom dans les médias officiels- fait l’objet d’un culte soigneusement mis en scène et étroitement surveillé. Des gadgets à son effigie, des poèmes le glorifiant, des essais vendus à plusieurs millions d’exemplaires et une opposition bâillonnée… « J’ai reçu l’ordre de n’aborder, avec les médias étrangers, aucun sujet lié à Xi ou au prochain congrès du Parti », s’excuse un politologue basé dans la région du Guangdong. A quatre mois du grand symposium du PCC, temps fort et très formel de la vie politique chinoise qui réunira à Pékin près de 2.300 délégués du Parti, tout commentaire est ainsi proscrit.

Légitimité mise en cause

En coulisses pourtant, l’omnipotent président chinois doit composer avec d’autres caciques. « Les équilibres politiques sont fragiles. En réalité, rien n’est gagné pour Xi Jinping, analyse le Canadien Alex Payette, qui dirige la société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique Cercius. Son leadership ne fait pas l’unanimité. Il doit trouver des soutiens au sein de nombreux courants. Et la période n’est pas des plus faciles. » Entre la crise ukrainienne, face à laquelle Pékin reste en retrait, et la stratégie zéro-Covid qui fige de nombreuses mégapoles du pays et paralyse des pans entiers de l’économie nationale, les signaux d’alerte se multiplient. Au point que certains économistes n’excluent pas un risque de récession dans les prochains mois. Ce serait une première depuis l’époque maoïste! « La légitimité personnelle de Xi Jinping est directement mise en cause », assure l’expert.

En réaction, des factions au sein même du PCC s’inquiètent de sa gestion, jugée intransigeante, de la crise sanitaire. En particulier à Shanghai -qui génère 4% du PIB national- où un confinement strict a été imposé durant dix semaines à ses 25 millions d’habitants à la suite d’une flambée de cas de Covid-19. « Les forces politiques et économiques locales se sont pourtant battues jusqu’au dernier jour pour refuser le confinement complet de la mégapole », relève Alex Payette. En vain. Xi Jinping est resté inflexible. Et a dépêché, début avril, près de 40.000 personnels de santé supplémentaires et plusieurs milliers de soldats. L’enjeu est crucial et beaucoup devinent, derrière cette bataille contre le coronavirus, une lutte politique féroce dans laquelle l’homme fort du régime joue gros. D’autant que d’autres villes -dont Pékin- sont également menacées de confinement. Une situation qui inquiète, sur place, une population lassée par tant de restrictions. « De plus en plus de citoyens lambda critiquent la stratégie zéro-Covid, considère un entrepreneur français, depuis Shanghai.

Opposants réduits au silence



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