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La gauche au défi du pouvoir en Amérique latine


Une alternance historique s’est engagée en Colombie. Pour la première fois de son histoire, le pays va avoir à sa tête un président de gauche, Gustavo Petro, ancien membre d’un mouvement de guérilla d’inspiration marxiste, le M-19, qui avait abandonné la lutte armée en 1990, et une vice-présidente afrodescendante, la féministe Francia Marquez.

Dans un pays réputé pour son niveau de violence, cette victoire a été obtenue au terme d’une présidentielle qui s’est déroulée sans encombre, malgré les passions qu’elle a soulevées, et qui a été marquée par une forte participation. L’adversaire de Gustavo Petro, un excentrique populiste de droite, a accepté sa défaite sans barguiner, et le camp conservateur et centriste écarté du pouvoir a également félicité les vainqueurs. Ils ont témoigné ainsi d’une maturité politique dont on ne peut que se féliciter, tout comme on ne peut que louer la volonté de Gustavo Petro et de Francia Marquez de placer la lutte contre le réchauffement climatique au cœur de leur action.

Les racines de cette alternance sans précédent sont à chercher en grande partie dans le vaste mouvement de protestation qui avait embrasé le pays il y a un an. Un projet de hausse de la TVA sur les denrées alimentaires de première nécessité avait poussé dans la rue des dizaines de milliers de Colombiens, confrontés au même moment à une troisième vague dévastatrice de Covid-19. Ce projet, que le président Ivan Duque (qui ne pouvait pas se représenter cette année) avait été contraint de retirer, avait montré que les profondes inégalités qui affectent le pays avaient atteint un point de rupture.

L’antichambre des difficultés

Les manifestations durement réprimées en Colombie faisaient écho à celles survenues au Chili en 2019 et en 2020, également pour protester contre les inégalités devenues insoutenables dans le pays qui tenait lieu de modèle de développement néolibéral. Ces dernières avaient débouché en décembre 2021 sur la victoire d’un ancien responsable étudiant, Gabriel Boric. Cette victoire s’ajoutait à celle, au Pérou, d’un ancien syndicaliste soutenu par un parti marxiste, Pedro Castillo.

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La poussée de la gauche en Amérique latine, également vérifiée ces dernières années en Argentine et au Mexique, est en effet générale. Elle s’inscrit également dans une prise de distance des sociétés avec un catholicisme conservateur longtemps dominant. Les avancées obtenues en matière d’avortement par des mouvements féministes en Argentine, au Mexique ou en Colombie, pays pionnier par ailleurs en matière de suicide assisté, le démontrent.

Cette poussée pourrait se prolonger au Brésil, à l’occasion de l’élection présidentielle prévue cet automne. Elle met en évidence le fait que, face à la montée de la pauvreté, l’épouvantail qu’a longtemps constitué le Venezuela, contre-modèle de dévastation sociale sous couvert de réduction des inégalités, complaisamment agité par la droite latino-américaine, n’effraie plus personne.

Porteuse d’espoirs, la victoire aux élections n’est pourtant que l’antichambre des difficultés pour la gauche en Amérique latine, comme en témoignent celles auxquelles Pedro Castillo et Gabriel Boric sont confrontés. Pour Gustavo Petro, les perspectives économiques mondiales peu encourageantes s’ajoutent à une équation politique délicate : un pays profondément fracturé et l’absence d’une majorité au Congrès. Sa longue expérience politique, au Sénat et à la mairie de Bogota, ne sera pas de trop pour y faire face.

Le Monde



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