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A Buenos Aires, l’interdiction du langage inclusif à l’école suscite la polémique


LETTRE DE BUENOS AIRES

C’est une seule lettre qui a provoqué un flot de mises au point, critiques, questionnements mais aussi éloges. Vendredi 10 juin, le chef du gouvernement de Buenos Aires, Horacio Larreta (centre droit), déclare : « Nous voulons simplifier la façon dont les enfants apprennent », intimant aux « enseignants [du public et du privé de] respecter les règles de l’espagnol, car les enfants doivent maîtriser la langue telle qu’elle est. » Dans le viseur : le langage inclusif, qui, dans la langue de Jorge Luis Borges et Alejandra Pizarnik, effectue un pas supplémentaire en ayant recours à l’intraduisible – et nouveau – genre neutre, avec la lettre « e ». Plus que le « todos y todas » (« tous et toutes »), c’est le « todes », ni féminin, ni masculin, que les milieux les plus progressistes, y compris les enseignants, utilisent de plus en plus depuis quelques années. La lettre « x » ou le caractère « @ » se substituent parfois, à l’écrit, aux marqueurs féminin et masculin (en suivant toujours le même exemple : « todxs », « tod@s »).

Le maire de Buenos Aires Horacio Rodríguez Larreta a interdit l’usage du langage inclusif dans les écoles de la capitale, ici lors d’une visite de l’université de la ville, le 10 juin 2022.

La ville autonome de Buenos Aires – qui, dans cet Etat fédéral, a la main sur la mise en œuvre des contenus pédagogiques, comme dans les vingt-trois autres provinces du pays – invoque le recul du niveau aux examens, notamment en compréhension de texte, une « conséquence de la pandémie de Covid-19 ». Tout le calendrier scolaire de 2020, de mars à décembre dans l’hémisphère Sud, a été chamboulé par l’un des confinements les plus longs au monde, avec un enseignement virtuel quasi toute l’année. La mesure annoncée par Buenos Aires s’applique uniquement aux cours transmis par les enseignants, au contenu remis aux élèves et aux documents officiels des établissements scolaires. Afin de l’étayer, le gouvernement de la ville a notamment cité le cas français, en référence à la circulaire publiée au mois de mai 2021 par l’ancien ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer, excluant l’utilisation du point médian dans les établissements scolaires.

« Preuve d’autoritarisme »

Mais de nombreuses voix se sont élevées contre l’interdiction portègne. Parmi elles, un ensemble d’artistes et intellectuels en faveur du langage inclusif qui ont exprimé leur « perplexité » : « Le langage inclusif est le fer de lance et la victoire des femmes et du collectif LGBTI +. L’interdire dans les salles de cours est une invitation à ignorer ou mépriser, à l’école, les droits des personnes que cela représente. (…) Personne n’est obligé de l’utiliser. (…) Que les autorités l’interdisent est absolument inacceptable. » L’Union argentine des autrices et auteurs a dénoncé « une preuve d’autoritarisme » et tancé : « Il n’y a pas et il n’y aura jamais de langue “à préserver”. Les changements linguistiques surviennent de façon naturelle et permanente, et ce sont les personnes qui font usage de la langue qui décident quelle forme prendront ces changements. »

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