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L’Italie plongée dans l’incertitude politique



L'Italie plongée dans l'incertitude politique

par Crispian Balmer et Giuseppe Fonte

ROME (Reuters) – Des élections législatives anticipées pourraient être organisées pour sortir de l’impasse politique en Italie, ont déclaré vendredi des responsables du gouvernement de Mario Draghi au lendemain du rejet par le président Sergio Mattarella de l’offre de démission du président du Conseil.

L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), à la tête d’un gouvernement d’union depuis février 2021, a souhaité jeter l’éponge jeudi après le boycott par le Mouvement 5 Etoiles (M5S) d’un vote de confiance sur un texte au Sénat.

Le chef de l’Etat lui a demandé de rester à son poste et de s’adresser au Parlement mercredi pour mieux évaluer la situation politique.

Si la coalition gouvernementale ne retrouve pas son unité rapidement, la seule option sera de convoquer des élections anticipées à l’automne, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio, qui a quitté le M5S avec une soixantaine d’élus du mouvement à la fin juin pour continuer à soutenir l’action de Mario Draghi.

« Si Draghi tombe, nous voterons », a déclaré Luigi Di Maio sur les ondes de la station RTL.

Il a cependant ajouté que sans un gouvernement pleinement à la tâche dans les mois à venir, l’Italie risquait de se priver de milliards d’euros du fonds européen de relance créé après la crise du COVID-19 et de ne pas être capable de prendre des mesures de lutte contre la flambée des prix de l’énergie.

« Des élections anticipées (…) sont un problème pour le pays », a estimé le chef de la diplomatie italienne.

Le risque d’une paralysie politique rend nerveux les marchés financiers et a accentué vendredi l’écart de rendement entre les obligations d’Etat allemandes et italiennes.

Pour les commentateurs, la décision du M5S, dirigé par l’ex-président du Conseil Giuseppe Conte, de boycotter jeudi un vote de confiance au Sénat, demandé par l’exécutif pour accélérer l’examen d’un décret-loi prévoyant quelque 23 milliards d’euros d’aides aux ménages et aux entreprises face à l’inflation, est avant tout un moyen pour le mouvement de se faire valoir auprès des électeurs après un plongeon récent dans les sondages.

CRÉDIBILITÉ ET CONFIANCE

Les prochaines élections législatives en Italie doivent normalement avoir lieu au cours du premier semestre 2023. L’organisation d’un scrutin dès la rentrée prochaine laisserait peu de temps aux formations politiques pour mettre au point leurs programmes et préparer leurs listes de candidats.

Cependant, une source au sein du palais Chigi, la présidence du Conseil, a fait part de son pessimisme sur la possibilité de remettre la coalition gouvernementale en ordre de marche, ajoutant que l’hypothèse la plus probable est désormais la tenue d’élections anticipées début octobre.

Dans ce cas de figure, Mario Draghi, 74 ans, resterait président du Conseil par intérim mais ne serait pas en mesure de préparer le budget 2023 ni mettre en oeuvre des réformes réclamées par l’Union européenne pour débloquer les fonds de relance.

« L’Italie ne peut pas s’en sortir sans Mario Draghi », a estimé Renato Brunetta, ministre de l’Administration publique et membre du parti de droite Forza Italia.

« Nous ne pouvons pas perdre la crédibilité et la confiance que nous avons gagnées en Europe et dans le monde dans une période aussi difficile », a-t-il écrit sur Twitter.

Aucun des partis représentés au sein du gouvernement d’union nationale n’a appelé à la tenue d’élections anticipées dans la foulée de l’annonce de la démission de Mario Draghi.

Le parti souverainiste et anti-immigration Fratelli d’Italia, qui progresse fortement dans les enquêtes d’opinion et pourrait devenir en cas d’élections la première force politique au Parlement, a en revanche réclamé l’organisation d’un scrutin « immédiatement ».

« Avec la démission de Draghi (…), la législature est terminée », a estimé sa dirigeante, Giorgia Meloni, sur Twitter.

Le M5S devrait être pressé dans les prochains jours par ses partenaires de la coalition de renoncer à sa confrontation avec Mario Draghi pour lui permettre de continuer à gouverner.

« Nous avons maintenant cinq jours de travail pour que le Parlement confirme sa confiance dans le gouvernement Draghi et que l’Italie sorte au plus vite de cette crise », a déclaré Enrico Letta, secrétaire du Parti démocrate (centre gauche), qui appartient à la coalition au pouvoir.

(Avec la contribution d’Alessia Pe et Giulia Segreti; version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Kate Entringer)



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