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Italie: tout comprendre des origines de la crise politique


Game over pour “Super Mario”. Propulsé à la tête de l’exécutif italien en février 2021, avec la lourde tâche de sortir le pays de la crise sanitaire et économique, Mario Draghi a finalement présenté sa démission au président italien Sergio Mattarella ce jeudi 21 juillet. L’ancien chef de la Banque centrale européenne (BCE) était pourtant parvenu à regrouper presque toutes les formations politiques au sein d’une même coalition pour gouverner. Mais l’unité nationale, de la gauche radicale à la Ligue d’extrême droite, semble partir en fumée depuis quelques semaines. 

Si le Premier ministre avait affirmé à plusieurs reprises qu’il quitterait son poste en l’absence d’un large soutien, le refus de Forza Italia, parti de droite dirigé par l’ex-Premier ministre Silvio Berlusconi, de la formation d’extrême droite de Matteo Salvini, ainsi que de la formation populiste Mouvement 5 Étoiles de participer au vote de confiance demandé ce mercredi par Mario Draghi au Sénat a donné le coup de grâce. Sa démission laisse planer l’incertitude sur l’avenir de la troisième économie de la zone euro. Challenges vous explique tout ce que vous devez savoir sur la crise politique italienne. 

Quand la crise politique italienne a-t-elle éclaté? 

Pour comprendre l’origine de cette rupture politique, il faut revenir au début de l’année 2021, lorsque l’ancien Premier ministre Matteo Renzi décide de retirer son parti, Italia Viva, de la coalition au pouvoir (parti démocrate, Mouvement 5 Étoiles et petits partis centristes). En sursis face à cette défection cruciale pour son gouvernement et privé de majorité parlementaire, le Premier ministre Giuseppe Conte n’a d’autres choix que de remettre sa démission au président le 26 janvier 2021. Le chef du Mouvement 5 Etoiles et sa coalition essuyaient déjà depuis des mois de vives critiques sur leurs dépenses économiques et leur gestion de la crise sanitaire. 

Si Giuseppe Conte espérait obtenir un troisième mandat du président italien pour former un nouveau gouvernement, au mois de février 2021 Sergio Matterella lui préfère finalement Mario Draghi. A l’époque, la pandémie a déjà causé la mort de 90.000 personnes en Italie et le pays affiche une récession de 8.9% en 2020. Arrivé en sauveur à la tête de l’exécutif italien, Mario Draghi parvient à réunir au sein d’un même gouvernement la presque totalité des formations politiques, de la gauche à la Ligue d’extrême-droite. Alors qu’il dispose du plus gros groupe parlementaire, le Mouvement Cinq Etoiles accepte également de se rallier à cette nouvelle majorité, après la consultation par internet de ses militants, favorables à 59%. 

D’où proviennent les tensions au sein du gouvernement d’unité nationale en Italie?

Malgré la volonté de Mario Draghi de garantir l’unité au sein de son gouvernement, les tensions politiques et les rivalités personnelles entre les différents partis qui le compose s’intensifient au fil des mois. Avec la crise ukrainienne notamment, et l’opposition à la livraison d’armes à Kiev de l’ancien Premier ministre, Giuseppe Conte, les dissonances ne cessent de croître.

Mais c’est le décret qui prévoit des aides aux familles et aux entreprises pour lutter contre l’inflation qui donnera le coup de grâce. Le Mouvement 5 Etoiles juge les mesures insuffisantes et regrette que l’instauration d’un salaire minimum ne figure pas dans le projet. Si bien que le 14 juillet dernier, la formation populiste décide de s’abstenir de voter ce texte soumis au Sénat, alors même qu’elle appartient au gouvernement. Le problème? Ce décret est présenté comme un premier vote de confiance pour la coalition au pouvoir.

 Crédit : Sophie RAMIS, Alice PALUSSIERE / AFP

Face à ce boycott, les partis Forza Italia et la Ligue refusent de rester dans le gouvernement. Ils estiment que le Mouvement 5 Etoiles a rompu le pacte de confiance de la coalition d’unité nationale. La tension monte, l’unité nationale se déchire, et de son côté Mario Draghi préfère présenter sa démission le soir même. Il juge l’unité de son gouvernement rompue et perçoit ces défections comme un désaveu pour mener à bien sa politique. Il affirme qu’il n’y aura pas de gouvernement sans le Mouvement 5 Etoiles. Sergio Mattarella rejette immédiatement sa démission. Le président demande au Premier ministre de se rendre auparavant devant le Parlement pour évaluer la situation et relancer leur alliance.

Le mercredi 20 juillet au Sénat, Forza Italia, la Ligue, le Mouvement 5 Étoiles décident de ne pas prendre part à ce vote de confiance. S’il recueille finalement la faveur des sénateurs, avec 95 votes oui et 38 non sur 133 parlementaires présents, Mario Draghi estime qu’il ne peut plus exercer son mandat dans ce contexte d’instabilité politique. Recomposer la même majorité paraît illusoire. Le matin du jeudi 21 juillet, le Premier ministre décide donc de représenter sa démission au président, qui cette fois-ci en prend acte.

Si le gouvernement reste en place pour la gestion des affaires courantes pour le moment, le président italien a annoncé dans la même journée la dissolution du Sénat et de la Chambre des députés. Cette décision ouvre la voie à de nouvelles élections anticipées qui pourraient se tenir le 25 septembre prochain.



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