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Au Liban, la grève dans l’administration publique fait planer un risque de paralysie de l’Etat


La dernière dépêche postée sur le site trilingue de l’Agence nationale d’information (ANI) date du vendredi 22 juillet, au petit matin : rédigée en arabe, elle annonce la grève des journalistes de cet organisme officiel rattaché au ministère de l’information, dont les nouvelles alimentent les médias libanais. Ses employés ont rejoint le mouvement de débrayage en cours au sein de l’administration publique depuis la mi-juin, qui laisse planer le spectre d’une paralysie totale de l’Etat. Les dysfonctionnements se sont aggravés depuis le début de la crise économique, en 2019.

Pour les grévistes, il n’est plus possible de continuer avec des salaires – en livres libanaises – restés inchangés malgré l’hyperinflation et la perte de valeur de la devise nationale. Les indemnités de transport, revues à la hausse, n’ont plus été versées depuis le printemps, ce qui aggrave la frustration. « Le secteur public est l’une des principales victimes de la crise. Pour beaucoup d’employés, la baisse du pouvoir d’achat est telle que venir travailler ne fait plus sens, encore moins avec le prix de l’essence », relève Sami Zoughaib, économiste au think tank libanais The Policy Initiative.

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Dans les administrations, tout tourne au ralenti : avec la grève, l’attente est allongée pour obtenir une carte d’identité ou un diplôme universitaire certifié. L’efficacité avait déjà plongé auparavant : dans les ministères, faute d’électricité, les ordinateurs sont à l’arrêt plusieurs heures par jour. Dans un rapport sur l’impact de la crise sur le secteur public en 2020-2021, l’Institut des finances Basil Fuleihan (IOF), un organisme officiel, pointe les interruptions de services (maintenance des routes, alimentation en eau et électricité…) et alerte sur le risque d’un effondrement croissant.

La fronde pourrait s’aggraver

« Avec la grève, l’absentéisme s’est aggravé. On fonctionne avec 5 % ou 10 % des effectifs à “temps complet” », affirme un fonctionnaire du ministère de la santé sous couvert d’anonymat, car il n’est pas autorisé à parler avec la presse. La « flexibilité » en présentiel, induite par la pandémie de Covid-19, a été maintenue dans diverses administrations pour faire face aux difficultés des fonctionnaires. « Travailler de la maison est un cauchemar, avec les coupures d’électricité, d’Internet. Aucuns frais ne sont pris en charge par l’Etat », dit un gréviste qui a requis l’anonymat.

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Selon le fonctionnaire du ministère de la santé, qui n’a pas rejoint le débrayage, les services urgents, comme les admissions dans les hôpitaux, continuent à être gérés au quotidien. Mais la fronde pourrait s’aggraver : des fonctionnaires ont été payés en retard pour le mois de juin, et ils pourraient ne pas recevoir leur salaire de juillet si le service en charge des paies au ministère des finances poursuit sa grève – des négociations sont en cours. Cela aurait un impact sur les forces de sécurité (armée, police), qui n’ont jusqu’ici pas rejoint le mouvement.

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