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une victoire « symbolique » pour les États-Unis après le fiasco afghan


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La mort du chef d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, ne devrait avoir que peu d’impact sur le plan sécuritaire mais représente une victoire symbolique de taille pour Joe Biden, un an après le départ chaotique des troupes américaines d’Afghanistan et à trois mois des élections de mi-mandat.

Il est considéré comme le cerveau des attentats du 11-Septembre. Pourtant, le nom d’Ayman al-Zawahiri, tué dans la nuit de samedi à dimanche 31 juillet, dans une frappe de drone américain, est loin d’avoir acquis la renommée macabre de son prédécesseur, Oussama Ben Laden. Pire, il est même synonyme du déclin d’Al-Qaida en tant qu’internationale djihadiste, dépassée par son grand rival, l’Organisation État islamique.  

Ancien bras droit et médecin personnel d’Oussama Ben Laden, celui que l’on surnomme « le professeur » prend la tête de l’organisation en 2011. Traqué par les États-Unis qui avaient promis une récompense de 25 millions de dollars pour le localiser, il aurait longtemps vécu terré entre le Pakistan et l’Afghanistan, limitant ses apparitions à des vidéos de prêches monotones.

Idéologue et gestionnaire sans charisme, c’est lui qui théorise le concept de franchises djihadistes : de la péninsule arabique au Maghreb, de la Somalie à l’Afghanistan, en Syrie et en Irak, il favorise la naissance de filiales, permettant de faire vivre le nom d’Al-Qaïda mais sans vraiment les contrôler. 

« Le plus grand succès de Zawahiri est d’avoir maintenu Al-Qaida vivante », résume auprès de l’AFP Barak Mendelsohn, professeur à l’université Haverford de Pensylvannie.

« Al-Zawahiri n’était plus que la figure tutélaire d’un mouvement qui n’avait plus conduit d’opérations ou même donné un ordre à des combattants depuis bien longtemps », rappelle Matthieu Mabin, le correspondant de France 24 à Washington.

Solder les comptes

Selon les analystes, la mort d’Ayman al-Zawahiri ne devrait donc pas changer la donne sécuritaire sur les territoires où Al-Qaïda est implanté. « Il n’y aura aucun effet substantiel, estime le directeur de Global Programs, Michael Shurkin, spécialiste des questions de sécurité. Vingt an après les attentats du 11-Septembre, Al-Qaida est affaiblie en tant qu’organisation centralisée et on a du mal à croire que la mort d’Ayman al-Zawahiri aura un quelconque impact sur ce qui se passe au Mali par exemple », ajoute-t-il.

L’élimination du chef d’Al-Qaïda représente surtout une victoire symbolique pour les États-Unis. « Les Américains soldent ainsi définitivement leurs comptes sinon avec le 11-Septembre, au moins avec ses artisans », estime Matthieu Mabin. 

>> À voir sur France24.com : l’émission Reporters : 11-Septembre, 20 ans de chaos

Lors d’une intervention télévisée, Joe Biden a rappelé le rôle prépondérant d’Ayman al-Zawahiri dans d’autres attaques visant les intérêts et les citoyens américains, en particulier les attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie en août 1998 qui avaient fait 224 morts.

une victoire "symbolique" pour les États-Unis après le fiasco afghan

À trois mois des élections de mi-novembre qui s’annoncent délicates pour le camp démocrate, Joe Biden remporte aussi une victoire personnelle, dont il a bien besoin. Isolé à la Maison Blanche après avoir été testé une nouvelle fois positif au Covid-19, le président américain voit les sondages défavorables se succéder alors que l’inflation bat des records aux États-Unis.

En 2011, Barack Obama avait vu sa cote de popularité remonter de onze points après l’opération menée par les Navy Seals pour neutraliser Oussama Ben Laden au Pakistan. Cependant, « la mort de Ben Laden avait résonné beaucoup plus fort dans les consciences », rappelle Matthieu Mabin. « Concrètement, le nom d’Al-Zawahiri ne résonne pas tout de suite pour une majorité d’Américains.

Faire oublier l’échec de l’Afghanistan

Cette frappe de drone en plein centre de Kaboul, dans un quartier résidentiel situé à proximité des ambassades occidentales, permet également au président américain d’honorer une promesse : celle de continuer la lutte contre le terrorisme malgré le départ chaotique des troupes américaines d’Afghanistan. « Cela permet à Joe Biden de montrer aux Américains que la décision de quitter l’Afghanistan n’a pas créé de menace et que le pays a encore la capacité de frapper », analyse Michael Shurkin.

« Pour le régime taliban c’est une véritable gifle. Il s’agit de la première frappe américaine connue en Afghanistan depuis que les troupes et les diplomates ont quitté le pays en août 2021″, note Sonia Ghezali, la correspondante de France 24 à Kaboul.

Annoncé mort ou mourant à plusieurs reprises, Ayman al-Zawahiri, 71 ans, aurait déménagé à Kaboul il y a plusieurs mois, selon un haut responsable américain, multipliant les signes de vie. « L’aisance et la capacité de communication apparemment accrues d’Al-Zawahiri ont coïncidé avec la prise de contrôle de l’Afghanistan par les Taliban », selon un rapport de l’ONU publié à la mi-juillet.

« Ayman al-Zawahiri se sentait suffisamment à l’aise et en sécurité pour ne plus se cacher comme il le faisait jusque-là. Prendre le risque se retrouver en plein cœur de la capitale afghane, c’est vraiment baisser la garde. Pour cela, il devait avoir une certaine confiance qu’il se trouvait en zone inoffensive ou avait peut-être des garanties sécuritaires », interroge Sonia Ghezali.

La situation est en tout cas embarrassante pour les Taliban qui ont dénoncé la frappe américaine mais sans reconnaître la présence du chef d’Al-Qaïda dans la capitale, violation flagrante des accords de Doha conclus en février 2020. Le pouvoir taliban s’était alors engagé à ne pas faire de l’Afghanistan un sanctuaire pour des terroristes islamistes.

Avec AFP



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