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inflation et détresse économique au cœur de la campagne présidentielle


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A Kilgoris, dans le sud-ouest du Kenya, veille du scrutin présidentiel du 9 août 2022. Des responsables de bureaux de vote reçoivent les dernières consignes d’un représentant de la Commission électorale avant de recevoir le matériel destiné à leur circonscription.

A 60 ans passés, Beatrice Atieno n’avait encore jamais participé à aucune manifestation. Mais, lorsque, en juillet, le mouvement citoyen Njaa Revolution (« révolution de la faim » en swahili) a organisé une marche géante dans le centre-ville de Nairobi, cette mère célibataire n’a pas hésité longtemps à se joindre au cortège, tenant, entre ses mains, une pancarte : « No food, no elections ! » (« pas de nourriture, pas d’élections »). Mardi 9 août, pour la présidentielle, elle se rendra pourtant quand même aux urnes, faute de mieux. Elle y glissera un bulletin « Odinga », confie-t-elle.

Tous les jours, Beatrice quitte à pied son bidonville de Mathare, dans la capitale kényane, pour rejoindre le quartier voisin d’Eastleigh, carrefour commercial bouillonnant aux influences somaliennes. Pendant sept heures, elle lave, essore, plie du linge dans l’une des nombreuses laveries artisanales. La paie dépend de l’humeur du patron. « Souvent, il me donne 100 shillings [82 centimes d’euros], les bons jours, c’est 200 shillings, les mauvais, c’est 75 », précise-t-elle. A peine de quoi se procurer à manger une fois rentrée chez elle.

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Pour tenir, « il m’arrive d’acheter juste un citron, de le faire bouillir dans de l’eau et de boire le tout. Ça donne de l’énergie et ça remplit », raconte Beatrice devant deux collègues, qui acquiescent et précisent recourir à la même méthode. « En 2007, il y avait la violence, mais au moins le prix de la nourriture était abordable, on ne sautait pas les repas », se souvient-elle, se référant aux violences post-électorales qui avaient fait plus de mille morts dans le pays, dont 112 à Mathare.

« Combien vaut un rein »

« Il y a eu un avant et un après Covid, explique Ken Gichanga, économiste au sein du cabinet Mentoria Economics. Le désarroi de beaucoup de Kényans a recentré les enjeux de l’élection présidentielle sur l’économie. La classe politique n’a eu le choix que de s’adapter. » Jusqu’à présent, les scrutins s’articulaient principalement autour de ressorts communautaires et ethniques. La crise sociale est désormais au centre de l’attention. « C’est finalement un bon signe pour la démocratie », estime Ken Gichanga.

D’après la Banque mondiale, 33 % de la population du Kenya vivent sous le seuil de pauvreté. La pandémie de Covid a fait plonger 2 millions de Kényans dans la pauvreté, doublant au passage le taux de chômage du pays (10,4 %). En juillet, l’inflation grimpait à 8,3 % par rapport à la même période l’an passé. Un record depuis cinq ans. Les prix de la farine, de l’essence, de l’huile de cuisson et d’autres produits de base ont presque doublé en un an, piégeant une classe populaire déjà fragilisée par la crise du coronavirus.

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