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Xianzi, l’icône contrariée du #Metoo chinois



Xianzi, l’icône contrariée du #Metoo chinois

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Zhou Xiaoxuan, aussi connue sous le nom de Xianzi, a perdu, mercredi, en appel son procès contre un présentateur vedette de télévision chinoise qu’elle accuse d’agression sexuelle. Un rappel de la fragilité du mouvement #Metoo en Chine dont Xianzi est l’une des principales figures.

La justice s’entête à trancher en sa défaveur, mais Zhou Xiaoxuan continue à vouloir se battre. Celle qui est devenue au fil des ans le visage le plus célèbre du mouvement #Metoo chinois a perdu, mercredi 10 août, son appel contre Zhu Jun, l’homme qu’elle accuse de l’avoir agressée sexuellement.

La cour a estimé qu’elle n’avait pas apporté de preuve suffisante pour étayer ses accusations. Le tribunal de première instance avait déjà utilisé le même motif, en 2020, pour juger que les faits reprochés au présentateur vedette de la chaîne publique CCTV, n’étaient pas avérés.

Message de 3 000 mots sur WeChat qui délie les langues

“Je n’abandonne pas”, a assuré au Guardian Zhou Xiaoxuan, plus connue en Chine sous le nom de Xianzi qu’elle utilisait sur Internet, à la sortie de l’audience. Mais d’un autre côté, il y avait aussi un zeste de lassitude dans les déclarations de celle qui a “sacrifié près de huit ans de sa vie” pour se battre contre l’un des hommes les plus puissants du paysage audiovisuel chinois, rappelle Dusica Ristivojevic, chercheuse au département d’histoire de l’université d’Helsinki qui a travaillé sur le mouvement #Metoo en Chine. “Je dois reconnaître qu’après cette décision, je ne sais plus trop quoi faire. J’ai l’impression d’avoir épuisé tous les recours en justice”, a ajouté Zhou Xiaoxuan.

Elle était sortie du silence en 2018, alors que le mouvement #Metoo commençait à prendre de l’ampleur en Occident à la suite des révélations du scandale Harvey Weinstein. Xianzi publie alors sur son compte WeChat un long message de 3 000 mots pour décrire comment quatre ans plus tôt, alors qu’elle était stagiaire, Zhu Jun avait abusé d’elle pendant près d’une heure dans sa loge.

>> À lire aussi sur Les Observateurs de France 24 : #MeToo en Chine : face à une censure hyper réactive, les féministes condamnées à l’anonymat

Elle précise avoir tenté de déposer plainte le lendemain des faits, mais la police lui aurait conseillé de ne pas faire de vague, car Zhu Jun était un exemple “d’énergie positive” pour le pays. Un concept au cœur de la stratégie de propagande d’État durant les premières années du règne de Xi Jinping – arrivé au pouvoir en 2012 – pour désigner la nécessité de transmettre des “messages réjouissants plutôt que critiques” dans les médias.

Son message sur WeChat devient rapidement viral, notamment parce qu’il est transféré sur Weibo (l’équivalent chinois de Twitter) par des militants d’une plus grande égalité entre les hommes et les femmes en Chine.

Les témoignages d’autres femmes affirmant avoir également été agressées sexuellement se multiplient alors sur les réseaux sociaux. Xianzi devient ainsi une figure de proue du mouvement #Metoo chinois dans les médias occidentaux qui commencent à s’intéresser à son histoire, à l’instar de la BBC.

“Elle a ouvert la voie et, en un sens, sans elle, il n’y aurait peut-être pas eu d’affaire Peng Shuai [la joueuse de tennis qui a affirmé en 2021 avoir été violée par un ancien vice-Premier ministre chinois, NDLR]”, précise Dusica Ristivojevic.

Traque aux lapins et bols de riz sur Internet

En Chine, les journaux traditionnels ont, quant à eux, tardé à traiter de ces accusations. Ils ne vont s’emparer de l’affaire que lorsque Zhu Jun lance les hostilités judiciaires en 2020 en déposant plainte contre son ex-stagiaire pour dommage moral et diffamation. L’action en justice intentée par Xianzi vient, en fait, en réponse à cette plainte du présentateur de télévision.

C’est donc l’agresseur présumé qui a été à l’origine du déchaînement médiatico-judiciaire autour de Xianzi. C’est très symptomatique “des profonds biais patriarcaux qui subsistent en Chine et font que les victimes féminines comme Zhou Xiaoxuan sont perçues comme les vrais coupables, cherchant à gagner de l’argent ou à se faire un nom sur le dos de leurs supérieurs masculins”, souligne Valarie Tan, spécialiste des questions sociales en Chine au Mercator Institute for Chinese Studies (Merics) à Berlin.

Si cette affaire entraîne une rare libération de la parole sur Internet, ce sera de courte durée. Face à ce déferlement de dénonciations et face au bruit médiatique international engendrés par l’émergence du #Metoo chinois, la machine à censurer se met à tourner à plein régime.

Xianzi est rapidement boutée hors du Net chinois, tout comme celles et ceux qui continuent à faire circuler ses messages en ligne. Les références à #Metoo sont également expurgées des réseaux sociaux. Les censeurs vont jusqu’à traquer les images de bols de riz et de lapin qui sont utilisées par les activistes car la juxtaposition des deux se prononcent [Mi] [Tu] en chinois.

Une loi de 2021 qui reconnaît le harcèlement sexuel sur le lieu de travail

En un sens, l’échec de Xianzi à faire condamner Zhu Jun serait symptomatique de l’impasse dans laquelle se trouverait le mouvement #Metoo chinois, assurent plusieurs médias occidentaux.

Un constat qui est loin d’être partagé par tous. Les autorités auraient sévi avant tout parce que le mouvement arrive au pire moment pour Pékin. “Entre la remise en cause de la politique sanitaire chinoise face au Covid-19 et les relations internationales de plus en plus tendues pour la Chine, le régime ne peut pas se permettre de tolérer tout autre phénomène qui pourrait engendrer un début de désordre social”, analyse Dusica Ristivojevic.

Pékin a d’ailleurs pris des mesures indiquant que le pouvoir n’est pas insensible à la question. Le 1er janvier 2021, une loi reconnaissant pour la première fois le problème du harcèlement sexuel sur le lieu de travail est entrée en vigueur. Elle demande, notamment, aux entreprises d’agir pour protéger les femmes.

Le texte est encore imparfait et “la charge de la preuve pèse encore trop lourdement sur les épaules des victimes qui peinent à établir la réalité des faits”, note Valarie Tan. Mais au moins il existe.

En outre, le combat de Xianzi pendant toutes ces années crée un précédent. “Elle a tenu bon malgré les obstacles et s’est battue en sachant qu’elle avait peu de chance de gagner”, souligne Dusica Ristivojevic. Peut-être que celles qui viendront après elle auront plus de chance de succès grâce à cette première grande bataille judiciaire.



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