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En Irlande, les multinationales font déborder les caisses de l’Etat


En Irlande, les multinationales font déborder les caisses de l’Etat
Un ballon représentant le logo de la société Apple lors d’une manifestation exhortant le gouvernement irlandais à accepter la décision fiscale de la Commission européenne concernant Apple, à Dublin, le 17 septembre 2016. CLODAGH KILCOYNE / REUTERS

Vingt-six mille mètres carrés de nouveaux bureaux pour le cabinet d’audit KPMG, 20 000 mètres carrés pour le réseau social chinois TikTok, 43 000 mètres carrés pour l’éditeur de logiciels américain Salesforce… Keith O’Neill égrène les récentes expansions annoncées par des entreprises à Dublin, et doit presque se pincer pour y croire. « Ces entreprises ne se contentent plus de simples agrandissements. Elles occupent à chaque fois de véritables campus », observe le patron de l’agence irlandaise d’immobilier commercial de BNP Paribas. Il n’avait pas vu ça depuis la période du « Tigre celtique », avant la grande crise financière de 2008 : « En matière de prix, on retrouve le pic de 2007. »

L’Irlande a un problème de riches. Son économie traverse une période de croissance spectaculaire : 13,4 % en 2021, grâce au rebond post-Covid-19, et encore 7 % prévus en 2022. Le pays est l’un des seuls à avoir traversé la pandémie sans récession. Cela se traduit par une pluie de recettes fiscales, qui va permettre à l’Irlande de dégager cette année un surplus budgétaire. Sur douze mois (d’août 2021 à juillet 2022), celui-ci atteint 3,4 milliards d’euros. L’explication du phénomène se trouve avant tout dans les entreprises étrangères, qui multiplient les investissements dans l’île. Meta (maison mère de Facebook), LinkedIn ou encore Amazon sont parmi les géants américains qui s’y développent.

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En conséquence, les recettes de l’impôt sur les sociétés ont fait un bond de 51 % sur les sept premiers mois de l’année, à 9 milliards d’euros. « [Elles] sont en route pour atteindre près de 20 milliards d’euros en 2022 », estime l’IBEC, l’organisation patronale irlandaise. Du jamais-vu : entre 2008 et 2014, au pire de la crise, les recettes oscillaient entre 3,5 milliards et 5 milliards d’euros par an, quatre à cinq fois moins. Depuis les années 1980, Dublin parie sur les investissements étrangers. Le pays s’est reposé pour cela sur son statut de quasi-paradis fiscal : il offre un impôt sur les sociétés de 12,5 %, mais surtout de très nombreuses possibilités de le contourner.

Géants du numérique

Un symbole de cette générosité fiscale est Apple. En 1991, l’île a offert à la multinationale américaine un accord spécial sur ses impôts. A tel point que, d’après la Commission européenne, Apple ne payait que 0,005 % d’impôt en 2014. De façon abusive, a-t-elle tranché : en 2016, l’Union européenne a condamné le groupe cofondé par Steve Jobs à verser 13 milliards d’euros au gouvernement irlandais. Mais celui-ci a… refusé l’argent – qui représentait alors 23 % de son budget – et a fait appel de la décision (l’affaire n’est pas définitivement close).

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